Lundi 12 juin, les 9 personnes emprisonnées au Cameroun, accusées de pratiques homosexuelles ont enfin été libérées. L’affaire ne se termine toutefois pas de la meilleure manière. L’un des détenus du surnom de Monaco, avait été agressé la semaine dernière au sein même de la prion et était resté une certain temps dans le coma. Un autre détenu est par ailleurs tombé gravement malade lors de son séjour en prison.

Sept des prévenus ont été reconnus coupables et condamnés à 10 mois d’emprisonnement ferme. Ils ont été libérés, puisque la détention préventive dépassait déjà 12 mois. Les deux autres ont été acquittés de faits d’homosexualité non établis. L’homosexualité reste toujours interdite au Camedoun. Par ailleurs 4 femmes sont actuellement en attente de judement pour fait d’homosexualité. La jeune association Alternatives-Cameroun a réalisé un entretien avec de deux détenus juste libérés.

Alternatives-Cameroun : Bonjour, je suis très heureux de vous retrouvez. Enfin libre, comment percevez-vous cette liberté ?

Monaco ( il a tenu à ce que je l’appelle comme cela durant l’entretien) : Je comprends que la liberté n’a pas de prix. Je suis vraiment fier de me retrouver dehors. Le sentiment que j’ai c’est un vif désir de retrouver mes amis, mais aussi de remercier tous ceux qui nous ont soutenu, parce que je ne peux pas vraiment jouir de cette liberté sans dire merci à tous ceux qui nous ont soutenu.

Baba : Depuis hier je me sens vraiment libéré, malgré les difficultés, on a tenu le coup. Je tiens à remercier les ami(es) qui ont été à notre secours. Je leur dis merci et continuerai toujours à leur dire merci.

A-C : Jusqu’à 19h hier nous étions aux portes de la prison de Kodengui à Yaoundé et vous n’étiez toujours pas dehors, qu’est ce qui s’est passé ?

Monaco : On a traîné jusqu’à 22h du soir, il fallait signer les derniers papiers. Le régisseur n’étant pas sur place, cela n’a pas facilité les choses et c’est ce qui a fait que les choses ont pris du temps. Nous disons encore merci à tous ceux qui nous ont soutenu pour sortir de cette prison.

Baba : Nous sommes sortis à environ 22h. Les ami(es) ont tout fait sur place pour nous sortir de là.

A-C : Dis-nous Monaco, qu’est-il advenu d’Alim au sortir de la prison ? Nous rappelons que c’est le détenu qui était dans un état comateux.

Monaco : a l’heure actuelle il est aux urgences de l’hôpital Central de yaoundé. Il doit recevoir beaucoup de soin mais pour le moment il n’y a pas de moyens financiers pour administrer ces soins. Nous sommes démoralisés, nous espérons recevoir l’aide de plusieurs personnes pour son cas, parce que sa famille l’a totalement délaissé.

A-C : Comment a été l’accueil lorsque vous êtes rentré à la maison ?

Baba : C’était chaleureux ! On ne pensait pas que ça devait être comme ça et on était très fier d’être dehors. Ce sera à nous maintenant de gérer cette liberté.

Monaco : Le retour en famille est très difficile. Bon, ils ont accepté cela parce que c’était hier dans la nuit, mais je pense qu’avec le temps la famille ne va plus accepter un homosexuel chez elle. Ma grand-mère chez qui je suis pour le moment me supporte parce qu’elle sait que je sors d’une grande souffrance. Mais avec le temps, pour elle ce sera impossible, d’autant que je ne suis jamais resté avec elle. Je ne sais pas ce qu’il adviendra pour l’avenir.

A-C : Parlant justement d’avenir, quelles sont vos perspectives, qu’est ce que vous envisagez faire ?

Monaco : Nous voulons nous réinsérer dans la société, avec si possible le soutien de tout ce monde qui a pensé à nous quand nous étions en prison. J’espère vivement qu’ils ne nous laisserons pas tomber aujourd’hui. Après un an de détention, ce n’est pas facile, on ne peut même pas joindre les deux bouts. Nous lançons un appel à toutes ces personnes pour qu’ils nous viennent en aide et c’est le Seigneur qui va les aider.

Baba : Je me suis toujours battu seul et avec l’aide des amis aussi. Durant mon séjour en prison, je n’ai pas reçu le soutien de ma famille. J’ai été rejeté depuis longtemps à cause de mon homosexualité, donc j’en appelle aussi aux ami(es) pour un soutien financier et matériel.

A-C : Qu’est ce que vous faites dans la vie ?

Baba : Je suis tailleur.

Monaco : Je fais dans la restauration. J’ai un BTS en restauration.

A-C : Comment est-ce que vous pensez qu’on pourrait vous soutenir concrètement ?

Baba : Si c’est possible j’aimerais qu’on me soutienne matériellement pour pouvoir installer mon atelier de couture et continuer ainsi de vivre par moi-même.

Monaco : Si je peux avoir un local où je pourrais m’installer et exercer ma profession, ce serait bien, parce qu’au Cameroun de nos jours obtenir un emploi ce n’est pas évident.

A-C : Faisons un peu un bref rappel de votre séjour en prison. Nous savons que ce furent des moments difficiles que vous souhaiteriez peut être oublier, mais comment ce séjour s’est passé grosso modo ?

Monaco : Grosso modo nous avons connu des hauts et des bas, des bons moments et des mauvais moments. Le séjour en prison a été très difficile. Nous avons été victimes de plusieurs agressions, verbales, des coups, des blessures : tout cela à cause de notre orientation homosexuelle. Il a parfois fallu l’intervention de certains détenus matures pour faire comprendre aux autres que nous sommes aussi des êtres humains. Ils leur disaient par exemple : « nous nous sommes des bandits, eux ils sont des homosexuels, ils ne nous jugent pas, nous aussi ne les jugeons pas. »

Baba : Nous avons connu beaucoup de souffrances, des menaces et consort, mais nous avons obtenu le soutien physique et morale de certains autres détenus.

A-C : Quelles ont été vos relations avec les autorités de la prison ?

Monaco : C’était de très bonnes relations. Ils nous respectaient beaucoup à cause du soutien externe venant de vous que nous avions.

A-C : Comment est-ce qu’on pourrait vous joindre ?

Baba : Je réside à Douala, mais je serais là à chaque fois que vous aurez besoin de moi pour témoigner.

Monaco : Nous sommes à la disposition de tout le monde, journalistes nationaux et internationaux, parce que même étant en prison, vous nous avez montré que vous pensiez à nous. Ce n’est pas une fois que nous sommes en liberté qu’on va vous fuir. On vous aidera à poursuivre votre lutte jusqu’au bout.

A-C : Une dernière question, à quoi avez-vous pensé quand vous vous êtes levés hors de prison ce matin ?

Monaco : J’ai d’abord pensé réactiver mon e-mail, parce que les amis m’ont parlé de certaines personnes comme Cary Allan et son organisation (IGLHRC ndlr) qui nous ont beaucoup soutenu quand nous étions en prison et que je voudrais remercier. J’oublie peut être les autres, mais je voudrais envoyer à chacun un mail personnel quand j’aurais leur contact pour leur dire merci et pour leur dire que nous serons toujours à leur disposition.

Baba : J’ai pensé la même chose que lui, mais je n’ai pas encore de mail. Monaco va m’aider à en avoir.

A-C : Nous vous remercions pour toute votre disponibilité et votre amabilité. C’était Charles Gueboguo pour Alternatives-Cameroun. Monaco peut être joint par tous ceux qui le voudront par ce mail : atangana_serge@yahoo.fr ou alors faites un mail à Alternatives et nous vous mettrons en contact avec les autres au fur et à mesure que nous les rencontrerons pour discuter : alternatives.cameroun@gmail.com

 

Voir aussi

Cameroun : « l’homophobie : un manque de culture notoire », illico, juin 2006

et

Cameroun : l’homosexualité bouc émissaire, illico, juin 2006