Suite du feuilleton de l’été sur le SNEG…

Certes l’Institut national de la prévention et d’éducation pour la santé (INPES) n’est pas renommée pour ses grands discours, mais par-ci, par-là, sur son site web, on trouve quelques propos édifiants. Et c’est l’occasion pour nous de revenir sur les manipulations du Syndicat national des entreprises gaies (SNEG) dans la prévention et sur ses pressions auprès de l’institut. Il y a quelques jours nous dénoncions la campagne menée par le SNEG et Act Up-Paris en vue d’imposer leur idéologie en prévention. Le bruit court à Paris que cette charge aurait eu aussi pour visée à ce que l’INPES relance la campagne sur les rumeurs, décriée à l’époque par Aides et Warning. Rappelons qu’au moment de sa sortie, cette campagne était déjà en contradiction avec les connaissances scientifiques et depuis, l’avis du Conseil national du sida sur le traitement comme outil novateur de prévention a mis les choses au point. Et oui, quand la charge virale baisse, on est moins contaminant contrairement à ce qu’affirmait de façon péremptoire les campagnes de l’INPES et du SNEG en 2006.

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A l’occasion des résultats de l’appel d’offre national VIH/sida 2009, l’INPES, qui ne souhaite pas être embarquée à nouveau dans une telle galère, prend désormais ses précautions et tient à cadrer le projet d’Act Up et celui du SNEG.

A cet appel d’offre, de nombreuses associations ont présenté leurs dossiers pour un total de subventions octroyées de près d’1 299 533 €. Parmi celles-ci, Act Up obtient 35 000 € de l’INPES pour son projet de site internet de vulgarisation scientifique. L’Inpes commente ainsi son accord : 
« Il est proposé de soutenir le projet « React up ! Remobilisation des gays sur la prévention, un projet de vulgarisation scientifique et d’empowerment » à hauteur de 35 000 €. Le montant proposé tient compte de l’enveloppe globale de l’appel à projets. L’association veillera à s’articuler avec les travaux en cours sur les nouvelles méthodes de prévention de France Lert et Gilles Pialoux. » [1]

La mission Pialoux-Lert, commanditée par la ministre de la santé Roselyne Bachelot est en train de mener une expertise sur les « nouvelles méthodes de prévention », dont celle du traitement anti-VIH comme outil de prévention (en gros « si tu es séropos en couple sérodifférent, tu prends un traitement et tu n’es pas ou très peu contaminant ». Les avis divergent entre le « pas » ou « très peu », mais l’idée est là. Il sera toujours difficile de quantifier objectivement le risque « résiduel » de transmission du VIH au sein d’un couple sérodifférent en présence d’un traitement anti-VIH efficace). Cette expertise a été demandée après la sortie de cet avis du Conseil national du sida qui a fait grand bruit. Le rapport Pialoux-Lert est attendu fin décembre et on image facilement qu’il déplaira par son contenu à l’association d’activistes de la rue Sedaine, tant Act Up est, enfermée dans ses seuls principes, isolée dans le monde sida sur le sujet des techniques alternatives au « tout capote » et à l’idéologie du « risque zéro ». À la publication de l’avis, Act Up a exprimé son rejet, trouvant les recommandations simplistes et dénonçant le manque de cadrage. On comprend mieux alors la remarque de l’INPES sur le projet « React Up ». On peut penser que l’INPES a tout lieu de craindre que l’information sur ce site web soit exclusivement orientée en faveur de l’idéologie du « risque zéro » et prenne position contre l’intérêt du traitement comme outil de prévention (un des outils s’intégrant dans une approche de réduction des risques, au même titre que le préservatif).

JPEG - 8.2 koDe son côté, le SNEG a lui récolté 129 000 € lors du même appel d’offre INPES (l’association a déjà reçu 734 206 € de l’institut entre 2003 et 2008 pour divers projets). Parmi les projets financés, on découvre avec étonnement que l’INPES va financer la fabrication de distributeurs de préservatifs destinés à être installés dans les établissements de sexe des établissements affiliés au syndicat. Etonnante demande de la part du SNEG. Ce dernier s’était plaint il y a quelques années du coût d’achat des préservatifs, coût qu’il a finalement intégré dans le prix d’entrée de ces établissements. Et oui, pour faire du commerce, faut pas être idiot, il suffit de faire payer le client. Mais pour les « pipe-life », la grande invention du SNEG, celui-ci a préféré les faire financer par le contribuable. A croire que les établissements commerciaux de sexe subissent la crise de plein fouet au point de ne pouvoir financer eux-mêmes ces distributeurs pourtant à même d’éviter que la santé de leurs clients n’en prenne un coup. Dans le même genre, le SNEG demande à l’INPES de financer l’achat de 10 000 bracelets pour les exploitants de sauna. Ces bracelets que l’on donne aux clients à l’entrée contiennent une pochette où est glissé un préservatif. Certes c’est de la prévention, mais tout de même, n’est-ce pas un peu osé ? On pourrait tout autant imaginer par exemple que les instituts de bronzage demandent à l’INPES de financer l’achat de lunettes de protection anti-UV pour les yeux ou encore que les ceintures de sécurité des voitures soient financées par la prévention routière ? Je sais, les instituts de bronzage n’ont pas encore adhéré au SNEG, mais un marché pourrait s’ouvrir, celui du transfert de la responsabilité et des coûts commerciaux vers le service public. La fin du libéralisme quoi. Il suffirait pourtant de rendre obligatoire ces dispositifs, par la loi, pour que le coût soit alors pris en charge par les établissements eux-mêmes. Mais pour cela il faudrait que la Direction générale de la santé cesse de pratiquer l’immobilisme indécis qu’on observe avec désœuvrement depuis plusieurs années.

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Le SNEG prévoit aussi dans sa demande de financement, la réalisation de plusieurs campagnes de prévention pour un montant de 37 000 euros. Là, prudence, car il y a des précédents qui inquiètent, par exemple la dernière campagne de 2009 du SNEG clairement stigmatisante (regardez les petites cases blanches) et qui est directement en opposition avec le nouveau paradigme de prévention qui vise à inciter les personnes à se faire dépister et si besoin à prendre un traitement antirétroviral. Oui il faut arrêter de faire peur avec les médicaments. C’est complètement has-been et pas du tout productif dans la lutte contre le sida, ce que le Conseil national du sida n’hésite plus à dire. Mais cela le SNEG, engagé comme il l’est dans son mariage avec Act Up-Paris a du mal à le comprendre. On saisit beaucoup mieux pourquoi l’INPES a ajouté au résultat de l’appel d’offre 2009 la recommandation suivante adressée au SNEG : «  L’association devra se rapprocher d’autres associations pour être en cohérence avec les messages. » (Notez les pluriels).

Ainsi, si l’INPES accepte de soutenir financièrement ces deux organisations, d’un côté une association de lutte contre le sida, de l’autre un syndicat patronal, on peut penser qu’il n’est pas dupe du jeu qu’elles jouent et les avertit de la nécessité de cohérence des contenus qu’elles s’apprêtent à diffuser, d’un côté via le futur site hight tech d’Act Up, de l’autre dans les présentoirs (ah non, des « cadres muraux fixes » ! ) – financés encore une fois par l’INPES – des établissements affiliés au SNEG. Nous souhaitons bien du courage à l’INPES, encore un effort !

 

[1délibérations 2009 , http://www.inpes.sante.fr/