Nous sommes rassurés par la réponse que M. Mercure nous a fait parvenir à propos de notre article sur le dossier prep de La Presse et que nous avons publiée en post-scriptum (puisque nous chérissons le débat). Rassurés car il n’avait pas l’intention d’être homophobe avec son article principal, « Quand le sexe ne rime plus avec peur ».

Mais le cœur de notre indignation ne résidait pas là ! Aucun journaliste n’est sans savoir que les conséquences d’un choix éditorial ne sont jamais neutres. Or, le choix éditorial de faire de l’article sur Michael le drogué sex addict qui ne contrôle pas son usage du condom, à la fois l’article le plus long du dossier mais aussi le premier article de fond du dossier, a forcément des conséquences. Car les lecteurs qui ne liront pas l’ensemble du dossier – et ils sont nombreux – s’arrêteront à cette première impression (l’utilisateur type = Michael). Sans faire un cours sur les théories médiatiques et les représentations sociales, mentionnons simplement que très souvent, les médias reflètent les équilibres stéréotypés hégémoniques de nos sociétés…

M. Mercure nous a indiqué dans un courriel avoir « reçu de nombreux commentaires positifs d’amis gais ». Mais il ne suffit pas d’avoir l’accord d’« amis gais » pour s’assurer que les propos d’un article diffusé dans un journal tel que La Presse ne portent pas atteinte à la réputation ou ne viennent pas renforcer les préjugés et stéréotypes d’une population envers un groupe stigmatisé. Comme il ne suffirait pas de « demander à des femmes » pour s’assurer que des propos ne soient pas sexistes ou misogynes. Nous nous permettons donc de souligner ici le travail en matière de traitement médiatique du VIH de Mme Maria Nengeh Mensah – que nous respectons infiniment – et qui en a même fait une thèse de doctorat. Elle continue son travail collaboratif depuis lors. Voici un outil récent que nous invitons à consulter et prendre en compte pour qui souhaite traiter de VIH et de santé sexuelle dans les médias.

Aussi, les « faits essentiels » que nous jugeons bon de rappeler dans notre article ne sont pas tousmentionnés dans le dossier comme l’explique M. Mercure dans sa réponse. Relisez-nous bien. Relisez-le bien. Et comparez. À propos des faits d’ailleurs, il convient de rappeler que le VIH est surreprésenté parmi les hommes gais, et cela nous ne le nions pas, bien au contraire. La réalité du risque est fort complexe comme celui de la prep. M. Mercure s’est dit par courriel disponible à nous rencontrer. Il nous en ferait plaisir… Et pourquoi pas une entrevue ? Car, Warning a une grande expertise sur la question de la prep : nous sommes d’ailleurs les premiers à l’avoir défendu et promu au Québec comme en France…

 

Note : La vraie drogue du viol, c’est l’alcool… Des 1274 cas d’agressions sexuelles ayant fait l’objet d’une analyse toxicologique au Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale (LSJML) du Québec entre 2008 et 2013, aucun ne mettait en cause le GHB. En fait, le GHB n’est en cause que dans 0,5 % des cas d’agressions sexuelles.