Du 1er au 12 février, les neuvièmes Journées nationales pour la prévention du suicide, organisées par l’UNPS (Union nationale pour la prévention du suicide), se sont tenues un peu partout en France (à Toulouse, Lyon, Béziers, Dijon, Paris, Clermont-Ferrand, Tours, Marseille, Le Mans…). Selon le ministère de la santé, la France se situe parmi les dix pays les plus concernés au monde par le suicide. Synonyme d’échec, de faiblesse et de honte, le suicide (deuxième cause de mortalité chez les jeunes de 15 à 24 ans et première cause de mortalité chez les jeunes de 25 à 34 ans) reste un tabou dans notre pays.

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Tabou dans le tabou, le suicide des personnes lesbiennes, gaies, bi ou trans et des personnes en interrogation sur leur orientation sexuelle ou identité de genre ne fait l’objet d’aucune mention sur le site Internet de l’UNPS. Or, il représenterait chaque année une part plus que significative des 12.000 suicides et 160.000 tentatives de suicide en France. Le 7 mars dernier, la Fédération française des Centres gais & lesbiens et de leurs Membres associés (qui regroupent 138 organisations et 2.546 militant/es lesbiennes, gaies, bi ou trans) avait cru pouvoir estimer cette part de 40 à 60% (alors que ces personnes ne représenteraient que 10% de la population). Cette estimation reste à valider mais n’a pas été contestée par l’État et s’est même vue évoquée devant le Parlement, le 21 décembre, par le sénateur du Nord Jean-René Lecerf qui s’exprimait sur le suicide des jeunes.

Que fait l’État contre la sursuicidalité des personnes LGBT et des personnes en interrogation sur leur orientation sexuelle ou identité de genre ? Le ministère de la santé n’en dit rien dans le dossier consacré au suicide sur son site Internet… Pourtant, Christine Boutin elle-même en parlait dans son rapport sur l’isolement et le suicide adressé au Premier ministre le 15 septembre 2003. Las, le gouvernement n’a toujours pas lancé l’étude épidémiologique qu’elle demandait alors (page 152 de son rapport) sur le lien entre suicide et homophobie. Il est vrai que la députée des Yvelines n’a guère insisté… Bien au contraire, le 7 décembre dernier, elle s’est opposée à la pénalisation des propos homophobes qu’elle demandait aussi le 15 septembre 2003 (page 150 de son rapport).

Chaque jour en France, quelque trente personnes se suicident et 400 environ tentent de le faire. Combien sont lesbiennes, gaies, bi ou trans ? Combien sont en interrogation sur leur orientation sexuelle ou identité de genre ? Dans chacune des associations membres de la Fédération des CGL, chaque bénévole connaît une personne qui a mis fin à ses jours ou tenté de le faire (restant parfois lourdement handicapée). Dans d’autres associations n’appartenant pas au mouvement LGBT, des bénévoles témoignent de la sursuicidalité des personnes LGBT et des personnes en interrogation sur leur orientation sexuelle ou identité de genre : SOS Suicide Phénix Paris indique que « les associations spécialisées dans la prévention du suicide et l’écoute téléphonique en direction des personnes suicidaires sont confrontées chaque jour à ce problème », ajoutant qu’une « forte proportion des appels émanent de gays et lesbiennes ne trouvant plus que le refuge d’une ligne téléphonique anonyme (non spécialisée dans l’écoute de la population LGBT) pour exprimer leur désespoir comme alternative au geste suicidaire » (communication du 13 février) ; Sida Info Service fait état du mal-être évoqué par les personnes qui appellent sa Ligne Azur (service d’écoute téléphonique anonyme et confidentiel destiné aux personnes qui se posent des questions sur leur orientation sexuelle ou identité de genre), 7,2% parlant de pulsions suicidaires, 3,3% évoquant une tentative de suicide (rapport d’activité 2003).

L’homophobie est le facteur clef de la sursuicidalité des personnes LGBT et des personnes en interrogation sur leur orientation sexuelle ou identité de genre. Comme le souligne en substance le sociologue Jean-Marie Firdion dans le « Dictionnaire de l’homophobie », notre société « laisse proliférer des attitudes négatives ou agressives » à leur encontre, « autant de facteurs favorisant la désespérance, la dépression, la tentative de suicide et le suicide ».

L’État doit assumer sa mission d’acteur de santé publique, et mettre un terme à son apathie face à l’ampleur du suicide des personnes LGBT et des personnes en interrogation sur leur orientation sexuelle ou identité de genre – sauf à laisser penser qu’il s’en accommode.

Pour l’INTER CENTRES LGBT,
Vu l’article R11-2, alinéas 3 à 7
du règlement intérieur,
Vu la résolution IC/8R/16,
Nadine Lejeune-Combrault :+33 (0)6 99 39 57 77
Matthieu Chaimbault : +33 (0)6 77 78 70 33
Porte-parole délégués : porteparolat@inter-centres-lgbt.org

Pour Sida Info Service – Ligne Azur
Le Président, Amédée Thévenet
Le Chargé de communication, Pierre-Olivier De Busscher : +33 (0)1 44 93 16 39
communication@sida-info-service.org

Pour Aides,
Le Président, Christian Saout
Le Directeur de la communication, Olivier Dénoue : +33 (0)1 41 83 46 56 odenoue@aides.org

Pour Act Up-Paris,
Le Président, Jérôme Martin : +33 (0)6 84 47 20 92 jeromemartin@samizdat.net

Pour Warning,
Porte-parole, Frédéric Matray : +33 (0)6 80 74 66 00 contact@thewarning.info

Pour J’En Suis, J’Y Reste,
CGL Lille,
La Présidente, Christine Debarge : cgl.lille@free.fr

Jean-Marie Firdion, Sociologue, Co-auteur avec Éric Verdier de « Homosexualités & suicide »(2003, H&O)
jean-marie.firdion@wanadoo.fr


Inter Centres LGBT


L’INTER CENTRES LGBT fédère les CGL de France et leurs Membres associés.

Les 37 Membres de l’INTER CENTRES LGBT sont les sept CGL d’Angers, Lille, Lyon, Metz, Paris et Reims, et leurs 30 Membres associés à Amiens, Bordeaux, Caen, Chartres, Chauny, Cherbourg, Clermont-Ferrand, Dijon, Grenoble et Lyon, au Mans, à Massy, Marseille, Mont-de-Marsan, Montpellier, Nancy, Nice, Nîmes, Nouméa, Orléans, Rennes, Rivière-Salée, Rouen et Sarreguemines, au Tampon, à Toulouse, Tours, Troyes, Valence et Versailles.

Les 37 Membres de l’INTER CENTRES LGBT fédèrent 138 organisations et 2.546 militant/es lesbiennes, gaies, bi ou trans à travers toute la France. Ils accueillent environ 30.104 personnes par an (données 2003/2004 recueillies auprès de 21 Membres).

L’INTER CENTRES LGBT est soutenue par le SNEG et par Connection. Elle est membre du Collectif pour une autorité indépendante universelle de lutte contre les discriminations, du Collectif « Jerusalem World Pride 2005 » et des Gais et lesbiennes branchés.

Documents joints

Annexes
Annexes
Questionnaire au ministre
Questionnaire au ministre