Paris, le 4 août 2014,

Le 16 juillet dernier, Jean-Michel Molina, investigateur coordonnateur de l’essai ANRS-Ipergay [1] , qui se déroule en France et au Québec (Montréal), a publié une lettre adressée aux participants de l’essai. Dans ce texte, il critique la récente prise de position de l’OMS, qui recommande le recours à la prep (prophylaxie à base de Truvada visant à éviter l’infection à VIH) comme méthode complémentaire de prévention pour les homosexuels.

Ne cherchez plus ce texte, il a disparu du site Ipergay ! Mais Warning veille pour vous et l’a précieusement conservé comme un témoignage essentiel des pratiques curieuses en vigueur dans l’essai Ipergay. Il est en effet pour le moins critiquable sur le plan éthique qu’un investigateur principal d’une recherche biomédicale s’adresse publiquement aux participants d’un essai qu’il dirige, et tente d’influencer leur compréhension d’une recommandation qui les concerne au premier plan, avec des arguments qui tiennent largement de la désinformation.

En lieu et place, en date du 27 juillet, M. Molina publie un « Point d’information sur la Prep après la conférence internationale sur le sida de Melbourne ». Cette fois, il ne s’adresse plus directement aux participants d’Ipergay, mais poursuit avec constance un plaidoyer pro domo en faveur de la prep à la demande contre placebo, basé sur une lecture pour le moins sélective de la littérature scientifique.

Ipergay ou l’éthique élastique

À Warning, on s’étonne que ni l’ANRS (promoteur de l’essai), ni le Conseil scientifique d’Ipergay, ni son Comité de surveillance indépendant n’aient empêché la publication d’une telle « lettre aux participants »… On imagine en revanche qu’éventuellement l’une ou l’autre de ces instances, voire le Comité de protection des personnes ayant autorisé l’essai, est finalement intervenue pour censurer cette « lettre », tant l’entorse à l’éthique confine à la luxation.

Mais quand s’arrêtera cette folie ?

Depuis son lancement, Ipergay accumule les éléments scandaleux : bras placeboconflits d’intérêts, discrédit volontaire des recherches qui se déroulent ailleurs, une communication qui trompe les participants présents et futurs [2] à l’heure où il reçoit un financement de la fondation Gates. Des questions se posent aussi sur la modification du protocole en cours de route (nombre de participants revu à la baisse, nombre de centres en augmentation) et sa conformité avec le code français de santé publique. La fuite en avant est réelle et montre une conception de la démocratie sanitaire à revoir.

Que font les autorités médicales ? Ont-elles conscience que c’est la procédure même de protection des personnes dans un essai médical en France qui est maintenant en cause ? Nous pensons qu’une enquête administrative doit être ouverte sur ce qui se passe à l’ANRS et dans la gouvernance de l’essai Ipergay.

Pour comprendre plus en détails, lire notre article : Campagne « d’intox » menée par le professeur Molina dans ses deux textes publiés sur le site web de l’essai Ipergay

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Contact Presse : 06 63 09 50 50

 

[1Contrairement à la prep en prise quotidienne que recommande l’OMS, Ipergay vise à évaluer une stratégie alternative de prep : la prise de Truvada se fait par intermittence, « à la demande », pendant les périodes d’activité sexuelle. L’essai s’adresse aux gays.

[2Voir à ce sujet les affiches installées dans les bars LGBT qui masquent la vraie raison de l’essai : un essai de prep.