Les résultats des essais Ipergay et Proud [1] de prophylaxie pré-exposition (prep) du VIH annoncés à la conférence de la CROI à Seattle hier sont une bonne nouvelle. Les deux études démontrent que la prep réduit le risque d’acquisition du VIH de 86% [2] dans une population séronégative d’hommes gais et de HSH « à haut risque d’infection », un taux similaire voire supérieur à l’efficacité que fournit le préservatif. Pour les sceptiques, qui depuis deux ans, jugeaient insuffisants les résultats de l’essai américain iPrEx et ignoraient intentionnellement ceux d’iPrEx-OLE, les données sont désormais très solides. Ils prouvent que la prep est un excellent outil de prévention… Le débat est définitivement clos.

Constat : les deux études ont inclu des hommes à haut risque d’infection par le VIH. En fait, très haut risque comme l’ont montré les niveaux d’incidence dans les bras contrôle : 6,75% des inclus dans le bras placébo d’Ipergay sont devenus séropositifs. La situation dans Proud était pire : 8,9% dans le bras contrôle (prise différée). À cela, on comprend donc que le « package » de prévention offert en plus de la prep dans les deux études, c’est-à-dire préservatif et counseling, a donc gravement échoué. Certes, il est maintenant clair que pour certains hommes gais, la prep permettra d’éviter de s’infecter par le VIH alors que les autres stratégies sont insuffisantes. Dommage que 33 hommes dans les deux études auront eu à devenir séropositifs pour confirmer aux yeux des sceptiques européens ce que l’on savait déjà.

De son côté, l’essai Ipergay avait la particularité de tester une prise de comprimés à la demande en fonction de l’activité sexuelle. Or celle-ci a été très active chez beaucoup de participants. De fait, malgré un schéma particulier, le nombre de jours par semaine où la pilule préventive aura été prise a été important, soit quatre à sept comprimés par semaine. Les participants d’Ipergay avaient donc un régime dont l’efficacité était fort proche de celle d’une prise quotidienne. C’est pourquoi aux Etats-Unis où il y a près de 10 000 personnes sous prep dont 5000 à San Francisco, les CDC américains mettent en garde et soulignent que les chercheurs de l’ANRS ne savent pas encore si le régime à la demande fonctionnera pour ceux ayant des rapports sexuels moins fréquents, ou chez des populations – autres que les gais – à risque élevé d’infection à VIH. Se pose aussi la question de l’intérêt en terme d’économie (un peu moins de pilules prises dans le schéma d’Ipergay qui a tout de même le risque, de part sa complexité, d’entraîner des erreurs).

Que dire des autres infections sexuellement transmissibles ? Proud démontre pour sa part, que la différence n’est pas statistiquement significative entre le bras sous prep et le bras contrôle. On pourrait perdre notre temps à affirmer que la prep ne protège pas des IST, au moins elle a protégé les hommes sous Truvada du VIH. Ce n’est pas négligeable.

En France, qu’attend-on ? D’autres études ? D’autres molécules ? Assez ! Avec un taux d’incidence entre 6 et 9% chez les populations rejointes par ces études – ce qui confirme l’urgence de la situation – il serait maintenant scandaleux, tant du point de vue de la santé publique que de l’intérêt des personnes concernées, que cette pilule préventive ne soit pas désormais accessible au plus vite.

Au Québec, le Ministère de la santé et des services sociaux doit expressément revoir son avis sur la prep, et produire des lignes directrices pour assurer un accompagnement optimal des personnes qui commencent à prendre la pilule préventive. Aussi, soulignons que les organismes communautaires doivent enfin promouvoir cette stratégie de prévention et s’assurer que les hommes qui veulent l’utiliser soient référés aux bons endroits.

 

[1Proud est un essai britannique qui visait notamment :

  • à démontrer que la prep, en prise quotidienne, réduit le risque d’infection au VIH, malgré les changements possibles de comportement sexuel ;
  • savoir si les gays du Royaume-Uni sont intéressés par ce nouvel outil de prévention ;
  • observer si les participants prennent régulièrement le médicament, car c’est une des conditions de son efficacité ;
  • étudier si la mise à disposition par la sécurité sociale britannique est une option économiquement viable en termes de prévention du VIH. Proud ne comportait pas de bras placébo mais un bras différé : la moitié des participants recevait la prep dès l’inclusion, l’autre moitié 12 mois plus tard.

[2Ipergay = 86% de réduction du risque VIH avec intervalle de confiance de 40% à 99% (p = 0.0001) : http://www.ipergay.fr/images/CP_IPE…
Proud = 86% de réduction du risque VIH avec intervalle de confiance de 58% à 96% (p = 0.0002) : http://mobile.aidsmap.com/Pre-expos…