Nous publions ici bas la réponse de la Fondation Farha à notre article. Suite à notre publication, un échange a eu lieu sur Twitter. En premier lieu, la Fondation nous a référé à un communiqué de presse du 17 juillet 2014 où ils parlent d’une campagne humoristique qui vise à rejoindre les « jeunes ». Il paraitrait que les images que nous avons recensées font partie de cette campagne qui vise à « tirer la langue sur les réseaux sociaux ». On peut y lire d’ailleurs Linda Farha qui réduit les personnes vivant avec le VIH à des victimes. Pourtant, nous avons toujours refuser l’étiquette de victime, notamment depuis les Principes de Denver de 1983, un manifeste phare du mouvement de lutte contre le VIH.

Dans sa réponse, la Fondation avance ses bonnes intentions pour justifier ses actions. Malheureusement, cette réponse n’est pas digne du « chef de file québécois en collecte de fonds pour venir en aide aux hommes, femmes et enfants vivant avec le VIH/SIDA ». La Fondation nous dit aussi qu’elle compte parmi ses « participants » des personnes vivant avec le VIH. Ont-elles été consultées ? Se vivent-elles comme des victimes ?

Nous ne remettons pas en question les intentions ni la sincérité des personnes qui travaillent à la Fondation. Nous les invitons simplement à assumer le rôle qu’ils se donnent et les responsabilités qui viennent avec. Il nous paraît clair en lisant leur réponse, qu’ils ne saisissent pas les enjeux des messages qu’ils propagent dans l’espace public et médiatique. Nous, Warning, séropositifs et séroconcernés, sommes choqués et attristés de voir un organisme qui s’auto-proclame porte-parole nous stigmatiser. Ces images auraient dû être retirées, point. De plus, la Fondation devrait développer un processus de validation plus inclusif et représentatif pour leurs communications futures. Il n’est jamais acceptable de se réfugier derrière une intention bienveillante sans proposer des mesures correctives.

Nous tenons à souligner que la Fondation nous a proposé une rencontre avec ses représentants dans le but de paraphraser leurs bonnes intentions. S’ils ont réellement une prise de conscience et une remise en question de leur message (parce que c’est ça qui cloche et non pas l’intention), nous les invitons à convoquer les organismes partenaires qui représentent les différentes communautés.

 

Bonjour,

Suite à la découverte de votre article, nous tenons à vous répondre afin d’éliminer tout malentendu.

En effet, il nous est un peu plus difficile a chaque année d’atteindre notre objectif de levée de fonds de 400 000 $ car nous constatons malheureusement que les gens semblent se désintéresser de cette cause et de ce combat qui est loin d’être terminé. Nous avons pourtant toujours autant besoin de fonds pour subventionner nos associations partenaires.

Concernant nos infographies, nous vous invitons à consulter le communiqué de presse, expliquant plus en détail l’objectif de notre initiative. Nous avions commencé à créer des illustrations pour « alarmer » et rappeler aux gens que le VIH/SIDA était encore un sujet d’actualité et que personne n’en était à l’abri. Nous n’affirmons en aucun cas que le virus est un envahisseur des villes. Ce que nous affirmons c’est que le préservatif est définitivement l’un des moyens les plus sûrs de garantir que ce virus ne se répandra pas. Comme on ne peut pas le guérir, ce que nous nous efforçons de faire, c’est de prévenir. Encourager le port du préservatif. En aucun cas nous n’encourageons la stigmatisation. Vous avez fait une sélection de deux graphiques qui ont, en effet, une symbolique forte que nous avons tenu à changer par la suite avec d’autres illustrations plus humoristiques ou légères véhiculant le même message : mettez des préservatifs, protégez-vous. Nous apprenons nous aussi de nos « erreurs » mais nos intentions ont toujours été des plus saines et bienveillantes envers la communauté, les personnes atteintes du VIH/SIDA et leurs proches. Nous véhiculons également de nombreux messages pour lutter contre la stigmatisation, justement.

Il est vrai que les nouveaux traitements sont désormais plus simples a prendre qu’ils ne l’étaient auparavant, nous contribuons au financement de ces derniers. Encore une fois, notre message se situe en amont de cela. Nous voulons épargner aux gens trop peu conscients de l’existence des risques d’avoir à prendre ces traitements. Nous leur conseillons le préservatif. Tout simplement.

Il est important pour nous que nos intentions soient justement perçues. Nous luttons contre le VIH/SIDA et non pas contre ceux qui en sont porteurs. C’est de cette façon que nous avons perdu notre frère et il nous tient à cœur d’éviter à la génération future d’avoir à connaitre le même drame.

En espérant avoir contribue à rétablir ce qu’il en est vraiment de nos intentions, veuillez recevoir nos sincères salutations.