L’été dernier a eu lieu dans une atmosphère délicieusement surannée une série d’auditions d’acteurs de la lutte contre le sida (associations, experts, médecins) visant à évaluer ce que valaient les nouvelles recommandations suisses publiées en janvier dernier. Warning n’a pas été invité à cette réunion. Les conditions ayant amené à sélectionner ceux qui étaient auditionnés n’ont pas été rendues publiques. Une nouveauté par contre dans ce petit cercle habituellement très fermé, ces auditions étaient « publiques », enfin publiques mais pas trop tout de même, puisque seuls les auditionnés pouvaient s’écouter l’un l’autre, comme au bon vieux temps de l’Ancien Régime. Et bien entendu aucun des présents n’a pensé ou osé diffuser un compte rendu.

Nous avons contacté le CNS pour connaître les raisons de l’absence de Warning et s’il était possible d’obtenir une retranscription des auditions. La réponse faite par son président, le professeur Willy Rozenbaum est simple :

« Les auditions sont soumises à la confidentialité des propos qui y sont tenus. Elles servent à alimenter rapport et avis qui seuls sont rendus publics. Cet avis qui sera disponible avant la fin de l’année vous sera naturellement adressé ».

Alors que les auditions publiques auprès des députés français sont vraiment publiques car retransmises par les chaînes publiques de la télévision, on pourrait s’attendre quand même de la part du CNS à plus de transparence et plus d’ouverture. Le CNS en prend à l’aise avec la démocratie, son fonctionnement, fondé sur la culture du secret, constitue une anomalie et il est urgent de réformer cette institution qui n’est plus en phase avec notre société. Tout de même, quand des chercheurs, certes étrangers, affirment qu’on peut retirer le préso dans certains cas, il y a lieu à avoir des débats vraiment publics ! Car l’on sait bien que 20 années de rabâchage du tout capote ont clairement formaté (et même fait décrocher du réel) certains esprits au point qu’ils aient du mal à reconsidérer la question quand des éléments scientifiques viennent ouvrir une nouvelle piste. Le risque de fermeture du débat est bien réel. Les propos tenus par le professeur suisse Bernard Hirschel, venu défendre la position helvétique, nécessitaient-ils l’omerta ?
Au fait, cette institution pas encore vénérable mais en passe de l’être, a oublié de répondre à notre courrier sur le premier point : pourquoi Warning n’avait pas été invité. Probablement parce que le CNS s’est vexé de notre communiqué de presse de janvier dernier ; Ou peut-être subissons-nous une opposition en interne ? Vous me répondrez : tu penses encore à une manip d’Act Up-Paris ! Certes il y a un membre d’Act Up au bureau du CNS, un rapporteur est lui aussi membre de cette association. Mais je sais aussi qu’Act Up est actuellement en crise grave et qu’ils ont d’autres chats à fouetter.

Pour en revenir à ces fameuses auditions et ce futur rapport du CNS, force est de constater qu’ils ont nettement perdu de leur intérêt depuis la publication du rapport Yeni 2008, qui réussit le tour de force de désavouer les recommandations suisses tout en proposant de les mettre en pratique. Ainsi on y lit quelques propos un peu contorsionnés au chapitre 5 qui montrent le changement de position français : « la réduction du risque de transmission du VIH chez les patients sous traitement antirétroviral efficace pourrait constituer une justification en faveur de l’introduction de celui-ci » et qu’il « paraît cependant acceptable d’entendre et d’examiner la demande d’un patient qui souhaiterait débuter un traitement alors que son nombre de lymphocytes CD4 est supérieur à 500/mm3, notamment dans une optique de diminution du risque de transmission sexuelle du VIH ».

Il s’agit de bien faire comprendre qu’on change tout en disant que surtout on ne change rien (vérifiez au chapitre sur la prévention). Bref l’automne s’annonce prometteur en équilibrismes. Pendant ce temps les séropos commencent à voir la vie en rose, au moins certains.