Yaoundé : Vendredi 21 avril, le juge TONYE a ordonné la mise en liberté des neuf présumés homosexuels de Kondengui, en déclarant la procédure nulle. Une décision qui survient alors que les 8 hommes et 1 mineur achevaient leur 11ième mois à la prison centrale de Kondengui pour homosexualité et complicité. Bien qu’ils n’aient pas été reconnus coupables au titre de l’article 347 bis du Code pénal camerounais, leur durée de détention a été supérieure à la peine minimale que prévoit cet article.

L’article 347 bis du Code pénal punit « toute personne qui a des rapports sexuels avec une personne de son sexe » d’une peine allant de 6 mois à 5 ans de prison et d’une amende de 20 000 Fcfa à 200 000 Fcfa (31 à 305 Euros)

Les neuf avaient été arrêtés dans un bar « gay » le 22 mai 2005 avec 28 autres personnes alors qu’ils étaient allés prendre un verre « question de finir le week-end en beauté » comme dit Marc LAMBA l’un des détenus. Ils n’ont étés jugés pour la première fois que le 17 mars 2006 donc dix mois après leur arrestation. Une audience qui s’était soldée alors par l’ opposition de Mme le Procureur de la République à leur demande de liberté provisoire.

Pour fournir la preuve de la culpabilité des 9 (onze à l’époque), l’ordonnance N° 05-B4 Maj- 3241 de commission d’expert, signée par le substitut du Procureur de la République auprès du Tribunal de Première Instance de Yaoundé Centre Administratif le 07 septembre 2005, commettait un professeur en service au CUSS à Yaoundé de procéder à l’analyse de leurs voies anales, aux fins de déterminer s’ils s’étaient livrés à des rapports homosexuels lors de leur arrestation (22 Mai 2005). Mais vu qu’aucun médecin n’acceptait de faire ces examens humiliants et dégradants qui concourent à la violation des libertés les plus individuelles des personnes concernées, Mme le Procureur a reporté le délai qu’elle s’était fixé pour obtention des preuves de un à huit mois. N’hésitant pas à demander de trouver un médecin plus convaincu et non respectueux de la déontologie, elle a décidé de retarder la procédure dédiée à ce que la presse a appelé l’extermination de cette race d’humanoïdes aussi bas que les cochons.

Le Procureur a convoqué le chef de quartier dans lequel le bar gay est situé ainsi que le commandant de gendarmerie qui avait appréhendé les 9 détenus et conduit leurs interrogatoires, à se présenter au tribunal comme témoins mais aucun d’eux n’étaient présents au Palais de justice. Une absence remarquée précédemment lors de l’audience du 17 mars dernier. Faute de preuve, les avocats de la défense, Maîtres Alice NKOM et Duga TITANJI ont demandé la nullité de la procédure. Ce qui leur a été accordé au vu de l’article 347 bis le 21 avril.

Cette décision du juge acclamée par plusieurs est venue mettre fin à la vague d’arrestations arbitraires dont sont victimes plusieurs citoyens camerounais des mois après la publication d’une liste de présumés homosexuels. Cependant les neuf restent inquiets quant à leur avenir. Eloignés de leurs familles pendant une si longue période, la raison de leur arrestation et le fait qu’ils soient sortis du placard ne pourront que leur porter préjudice. Pour eux, c’est une joie d’être libres mais avec une situation à l’extérieur aussi précaire que dans leurs cellules.

Ils ont étés arrachés à la société, envoyés en prison, leurs visages ont été publiés aussi bien dans les journaux qu’à la télévision, ils sont connus de tous comme étant des homosexuels. Sortir de la prison revient à accepter cette identité, apprendre à vivre avec ou bien à mieux la cacher, regagner une place dans la société, tout en sachant qu’à n’importe quel moment ils peuvent être battus, tués ou arrêtés par un de ces policiers qui pensent, comme Mme le procureur, qu’ils n’ont pas le droit de vivre ou bien qu’on a même à s’indigner que des personnes veuillent les défendre.

Signataires : ADEFHO (Cameroun), ALTERNATIVES CAMEROUN, Fédération mOules frItes (France), Solidarité Internationale LGBT (France), WARNING (France)