Des millions d’euros pourraient être aisément économisés dans les dépenses de santé par la Sécurité sociale en prenant des mesures simples et efficaces. C’est ce constat accablant que pointe du doigt un article écrit dans un style clair et incisif par André Grimaldi, professeur de médecine émérite au CHU Pitié-Salpêtrière, Frédéric Pierru, sociologue au Centre d’études et de recherches administratives, politiques et sociales (Ceraps, CNRS-Université Lille-II) et François Bourdillon, président honoraire de la Société française de santé publique mais aussi vice-président du Conseil National du Sida [1].

Les auteurs citent des exemples précis qui laissent abasourdi. Si l’on en croit les auteurs : « La Sécurité sociale ne prend plus en charge à 100% les 300 000 patients atteints d’hypertension artérielle sévère, mais rembourse la seule statine non génériquée (le Crestor) pour un surcoût estimé à plusieurs centaines de millions d’euros, et elle continue à rembourser les cures thermales (400 millions). De même, elle verse chaque jour une rente de un million d’euros à Novartis pour le traitement de la dégénérescence maculaire liée à l’âge par le Lucentis, pas plus efficace que l’Avastin pourtant vingt fois moins cher ! » D’après les auteurs, il serait possible d’économiser des milliards d’euros en réduisant les dépenses injustifiées.

À Warning, nous sommes d’autant plus scandalisés d’apprendre de telles choses qu’il suffirait de quelques millions d’euros pour sauver la lutte contre le sida qui traverse une crise sans précédent, avec son cortège de licenciements et de menace de placement en redressement judiciaire.

C’est aussi la question des choix de santé publique et individuelle par le ministère des affaires sociales et de la santé qui est mis en lumière par cet article. Dans le débat sur l’introduction de la prophylaxie pré-exposition (PrEP) en France, un nouvel outil de prévention du VIH très efficace, le problème du coût du traitement est un point de focalisation. Nous savons que le traitement concernerait quelques milliers de personnes, pour beaucoup des gais lorsqu’ils sont dans des périodes de leur vie sexuelle où ils ne mettent plus toujours ou plus du tout le préservatif. En France, le prix pour 30 comprimés de Truvada est 520 euros. Un traitement Truvada pris chaque jour sur une année entière coûterait environ 6300 euros. Nous savons que le nombre annuel de découverte de séropositivités en France se situe entre 6000 et 7000. Pris par 7000 personnes, on serait à un coût de 43 millions d’euros pour la PrEP. Il est peu probable qu’un nombre aussi élevé de personnes choisisse d’adopter la PrEP et il peut aussi être envisageable de faire baisser le prix de ce médicament dans sa forme préventive. On est très loin des centaines de millions d’euros qui pourraient être économisés par la Sécurité sociale.

Le coût de la PrEP n’est donc pas un argument opposable, surtout quand des modélisations ont déjà montré son bon coût/efficacité dans le cadre d’une offre de prévention diversifiée et en ciblant des populations très exposées au risque d’acquisition du VIH [2]. Ce sont des économies réalisées du fait de la baisse du nombre de séropositivités que l’on peut espérer et ses implications (traitement, examens, suivis, maladies opportunistes, bien-être et qualité de vie). Les obstacles sont ailleurs. Il s’agit notamment des choix de politiques de santé.

 

Commentaires

Logo de tom craig
dimanche 4 mai 2014 à 14h35 – par  tom craig

Bonjour-
Votre argument qui concerne le PrEP n’est pas tres clair. D’abord vous parler de l’economie a gagner pour le Secu, si le PrEP sera administrer aux maximum des gaies en France. Au contraire payer pour une tritherapie pour la vie des nouveaux contamines, ( 6,000- 7,000/an), ce viens, moins cher. Mais vous parler que cette economie sera fait sur la prise de la PrEP en prevention, au contraire d’un seropo qui est obliger, tout la temps, de prendre, jusq’au fin de la vie, ses medicaments. Nous parlons ici de la concept de la prise sur demande, qui est la plus economique. Ma question est, pourquoi que The Warning reste campe sur la position d’etre contre l’essai Ipergay- qui est un essai pour voir si la prise sur demande, (donc moin cher), est faisable chez les gays, et pas sur le PrEP, en continue, dequelle qui l’efficacite est deja prouve avec l’essai IPREX ?

Et faut pas oblier que si le PrEP sera disponible en France un jour, il ne sera jamais disponible chez n’importe quelle medecin/pharmacie. Il faut (et qui est montre par l’essai IPERGAY), etre administre par une Centre de Sante Sexuelle (Style Centre 190, encore montre dans l’essai). Il y aura une prix pour cette prise en charge. Donc, ce n’est pas aussi simple a reduire le PrEP une simple prise de Truvada, souvent une argument contre le PrEP. L’essai IPERGAY, et le PrEP en general, est beacoup plus que ca.

Logo de SB
mercredi 7 mai 2014 à 05h58 – par  SB

[Pardon pour le bug au niveau des accents]

Quand l idee d Ipergay a germe en 2009, nous avons tout de suite ete emballes par une recherche necessaire sur un nouvel outil de prevention la prophylaxie pre-exposition (PrEP) orale au Truvada car Warning a toujours soutenu la diversification des outils efficaces de prevention. L auto-habilitation des sujets face a leur prise de risque et leur prise en charge en termes de sante physique, mentale, emotionnelle et donc sexuelle est au coeur de la definition que nous avons de la sante gaie. Chaque personne devrait avoir le choix parmi toutes les strategies de souci de soi disponibles, sans injonction ni obligation. De cette facon, elle peut mettre en actions une ou plusieurs de ces strategies en fonction de ses besoins et du contexte (prevention diversifiee).
Nous etions deja sceptiques sur l ethique du bras placebo, dont les actupiens newyorkais avaient mis au jour les limites depuis longtemps, mais comme nous n avions cette epoque aucune donnee probante sur la PrEP, et que nous trouvions qu une recherche qui allait beneficier d abord aux pays du Nord allait pour une fois se derouler dans un pays du Nord plutot qu au Sud, nous avons decide de participer au Comite [inter-]associatif. Ainsi, nous avions travaille en amont a l aide de rencontres informelles avec des responsables d Ipergay, pour definir les comportements sexuels a partir desquels des participants seraient enroles : soit d avoir eu au moins 2 penetrations anales sans condom avec 2 personnes differentes lors des 6 derniers mois. C est ce critere qui a d ailleurs ete retenu en France.
Effectivement une PrEP a la demande, c’est a dire qui ne necessiterait pas une prise tous les jours serait plus economique (il y a deux essais en cours dont celui Ipergay de l’ANRS et l’essai HPTN 067 : http://www.hptn.org/web%20documents…). Encore faut-il que le concept soit valide… et devant les difficultes de recrutement de l’essai Ipergay qui comporte un placebo, il y a la une vraie incertitude. Une PrEP a la demande pourrait etre interessante pour reduire les couts et les effets des traitements ARV (voir les schemas des groupes 2 et 3 proposes par HPTN 067 : schemas plus compliques qu 1 comprime par jour. Si vous vous souvenez du bras actif d iPrEx : pas de contamination quand les participants avaient pris au moins 4 comprimes (sur 7) par semaine (http://thewarning.info/spip.php?art…). Le schema PrEP a la demande ce n est pas evident pour tout le monde, surtout en cas d oubli de comprime(s). Comprime de rattrapage ? Quel schema ? Du coup quelle protection ?

Warning s’est largement exprime sur les raisons qui font que l’on denonce cet essai. http://thewarning.info/spip.php?art…). Nous ne sommes pas contre l intermittence mais contre le placebo ! Ipergay qui a d ailleurs bien du mal a recruter : comparez avec l’essai PROUD au Royaume-Uni qui avance plus vite et sans placebo (http://www.aidsmap.com/page/2845218…;: lisez les conclusions sur l acceptabilite de la PrEP a la demande, c est edifiant). Ipergay ne donnera rien, ou trop tard, alors meme qu’on sait l’efficacite de la PrEP en prise journaliere et qu’on est bien peu a revendiquer l’acces des maintenant a la PrEP quotidienne. On va attendre 2017 apres les hypothetiques resultats d’Ipergay ? Comme on a attendu avec le TasP dont on nous disait que a ne marchait pas ? Combien de contaminations supplementaires aurait-on pu eviter ? On peut meme se demander si les prochains resultats de l’essai HPTN 067 ne vont pas flinguer d’un coup Ipergay.

Enfin, s’il est effectivement interessant de developper des centres de sante sexuelle a l’initiative du 190, limiter l’acces a la PrEP a ces centres ne serait pas judicieux. Ce genre de centre a beaucoup de mal a vivre d’un point de vue economique, et meme si on en parle depuis 10 ans (souvenez-vous c’etait a l’occasion de la conference de Warning sur la sante gaie en 2005), il n’y a en a pour l’instant qu’un seul d’implante… a Paris. C’est la certes une forte limitation a l’acces a la future PrEP.

Par ailleurs, pourquoi ajouter des couts a la prise en charge ? Est-ce a faire croire que les medecins generalistes seraient incapables de prescrire ce genre de medicaments et de faire le suivi medical approprie qui n’est quand meme pas bien complique ? Les Etats-Unis et le Quebec notamment ont deja donne des directives en la matiere (http://www.thewarning.info/spip.php…). On nous expliquait la meme chose a propos des trithrapies il n y a pas si longtemps, jusqu a ce que le CNS recommande qu il y ait de plus en plus de seropositifs qui se soignent chez leur medecin traitant. Bref, la dispensation d’ARV en medecine de ville, ca existe deja ! Attention a ne pas se faire influencer par les discours des chercheurs ou des associatifs dont l’objectif au travers d’Ipergay est de convaincre le ministre de mettre en place des centres de sante sexuelle qui sont certes utiles mais toujours absents de la geographie francaise. Nous les promouvons depuis 2005 (http://www.thewarning.info/spip.php…), nous avons parle du 190 des son ouverture (http://www.thewarning.info/spip.php…), et nous sommes revenu a la charge sur la question en 2013 (http://www.thewarning.info/spip.php…). Mais ils ne seront pas l unique solution pour enrayer la pandemie.