La politique publique de prévention contre le VIH-sida est dans une impasse. Les causes en sont bien connues mais il est utile de les rappeler. Cette politique n’intègre pas l’évolution de la société française et des gais vers des approches plus individuelles de l’existence et du souci de soi. Les gais en France ne veulent plus ou pas se soumettre tous à des injonctions provenant d’instances communautaires, pseudo-communautaires ou d’État, comme toutes les personnes vivant dans une société valorisant fortement l’individualisme. En revanche, ils sont sensibles au conseil fondé sur les réalités de leur vécu. Les campagnes de prévention sont fondées sur une vision qui date des années 1980-90, elles sont insuffisamment ciblées, pas assez proches du vécu des gais, et par conséquent ne parlent pas aux gais séropos ou séronegs.

Ces campagnes sont fondées sur le dogme de l’utilisation du préservatif par tous, dans n’importe quelle situation. Ces campagnes brouillent la notion de « risque ». Elles véhiculent l’idée que les gais font « n’importe quoi », ont un comportement irresponsable voire criminel. En induisant l’idée que les gais sont responsables du maintien de l’épidémie par leur comportement, elles véhiculent une « néohomophobie » qui repathologise les gais, ceci évoque ce que fut la politique homophobe d’État jusque dans les années 1970 où l’homosexualité était un « fléau social ».

Cette politique véhicule les idées de la « nouvelle droite gaie » dénoncée aux États-Unis par des militants et chercheurs, et qui dispose de relais actifs parmi des militants gais français. Cette expression ne désigne pas la droite politique mais désigne les gais qui ont adopté un discours conservateur ou réactionnaire vis-à-vis des nouveaux modes de vie des homos. Le film « The Gift », critiqué dès sa sortie aux États-Unis par des militants gais pour sa vision jugée homophobe, a été un des moyens privilégiés de diffusion en France et en Europe des idées de ce courant réactionnaire. On voit ces dernières années les effets de cette politique sur l’opinion avec les dépôts de plainte contre des personnes séropositives et la condamnation de séropos pour « administration de substance nuisible ».

Tout en faisant la leçon aux gais et les désignant comme des « irresponsables », le ministère de la santé met en place des franchises qui amputent lourdement le budget des personnes malades qui doivent les payer, au nom de la responsabilisation. Comme par hasard c’est la même idée de « responsabilité » que l’on retrouve véhiculée par les propagandistes de la « nouvelle droite gaie ».

Nous avons suffisamment subi les dégâts de cette politique publique archaïque.