Montréal, le 5 novembre 2014,

28 octobre dernier — Annonce d’une décision prise de l’autre côté de l’Atlantique : l’ANRS met fin au bras placebo dans Ipergay. Ce que l’on ne vous dit pas ? La fin des inclusions dans l’essai à Montréal (contrairement à la France) !

 Deux ans perdus, où la responsable d’Ipergay-Mtl n’a eu de cesse d’expliquer que les résultats d’iPrEx et iPrEx-OLE n’étaient pas statistiquement significatifs à cause d’échantillons trop petits… Pourtant, l’ANRS fanfaronne avec des résultats basés sur un échantillon encore plus petit. Nous avions fait savoir notre opposition dès la 1ère rencontre communautaire censée nous vendre l’implantation de cet essai français à Montréal le 21 novembre 2012. Souhaitant rester constructifs, nous avions proposé en 2013 avec Rézo [1] la mise en place de corridors de service entre l’essai et les cliniques qui fournissent la prep quotidienne, pour réduire les méfaits d’un essai doublement inéthique. Réponse négative. Lors d’une nouvelle rencontre communautaire le 23 novembre 2013, nous avions présenté la désinformation menée par Ipergay-Mtl et réclamions alors une réécriture collégiale du formulaire de consentement [biaisé] remis aux participants de l’essai. Encore non. Warning souligne donc sa colère d’avoir assisté à l’instrumentalisation des organismes communautaires.Alors même que la pilule préventive est disponible hors indication au Québec, ces derniers ont regardé le train passer en direction des cliniques privées, dans un cafouillis total : depuis les derniers mois, des dizaines et des dizaines d’histoires s’accumulent. Des personnes ayant des difficultés d’accès. Des personnes ne connaissant pas ce nouvel outil de prévention. D’autres rapportant devoir exagérer leurs prises de risque pour pouvoir bénéficier de la technologie. Beaucoup faisant face à des refus catégoriques du milieu médical alors qu’une publicité pour la prep fait mensuellement la pleine page du Fugues. Nous dépassons l’anecdotique.

Deux ans à enfumer la communauté sur le maintien du placebo en expliquant comme justification que l’essai aurait des « impacts communautaires significatifs » ? Où sont-ils ?

Maintenant, il est temps d’agir ! Comment et où diriger les personnes qui s’intéressent à la pilule préventive ? Quels sont leurs besoins spécifiques ? Quels sont les obstacles à son accès ? Comment communiquer de manière ciblée à chacun des groupes démographiques et sociosexuels qui pourraient en bénéficier ? Il faut se mettre au travail et penser la prep comme efficiente pour certaines personnes dans certains contextes à certains moments [2].

Avec une efficacité démontrée de la pilule préventive à plus de 99% avec une adhérence de 4 à 7 comprimés par semainenous exhortons les organisations communautaires et les acteurs de première ligne du système de santé à se coordonner pour de bon. Il est primordial de promouvoir la prep, d’en faciliter l’accès via des fournisseurs de soins de santé compétents et d’assurer une meilleure prise en charge des besoins de toutes les personnes séroconcernées.

De ce point de vue, Warning demande expressément au Ministère de la santé et des services sociaux du Québec de revoir et de donner suite à son Avis intérimaire sur la pilule préventive. Si Ipergay démontre plus tard que son modèle de prise à la demande est efficace pour certaines personnes, nous y penserons à ce moment-là. En attendant, fini le niaisage !

[1« Co-chercheur » de l’essai.

[2La professeure Judith D. Auerbach du Centre d’études sur la prévention du VIH de San Francisco parle ainsi de la prep comme d’un phénomène « situé ». Lors du dernier Congrès international sur le sida de Melbourne (20-25 juillet 2014), elle a fait une présentation-synthèse fondamentale à propos de la pilule préventive. Voici la vidéo en anglais à écouter à partir de 22m52s : https://www.youtube.com/watch?v=Iye….