La vente libre de kits d’autotests en France n’est pas une découverte de l’UMP, cela fait même plusieurs années que la question est évoquée. Warning, association résolument positionnée dans le champ des pratiques innovantes et de progrès social, a depuis novembre 2006, publié des textes disponibles en ligne, remettant en question l’insuffisance de la position du Conseil national du sida (CNS) en matière de dépistage en France et sur la nécessité d’avancer sur la vente d’autotests en pharmacie. Le CNS ne découvre donc pas ce sujet. Mais, malgré les demandes de Warning, le CNS a refusé de l’auditionner sur les nouvelles pistes en matière de prévention. Est-il sain dans une démocratie que le CNS n’auditionne pas les associations qui défendent des points de vue différents de ses conceptions ?

Force est de constater que le CNS est depuis plusieurs années en retard par rapport à ce qui se fait à l’étranger en matière de prévention, comme l’a montré encore récemment son avis sur les nouvelles recommandations suisses de prévention pour les couples sérodifférents. Il est clair depuis 2006 que le dispositif traditionnel de prévention n’est plus adapté et que la politique de prévention doit s’engager vers des voies diversifiées d’offres et de messages.

Le résultat d’un tel repli idéologique est que le système français de prévention craque aujourd’hui de tous côtés. Ce n’est pas en faisant l’autruche et en s’enfermant derrière une ligne Maginot de la prévention que le CNS fera reculer le Sida.

Les arguments développés par le Conseil national du sida sont spécieux.

Argument 1 : « l’un des enjeux premier du dépistage est de sensibiliser les personnes qui ne se sentent pas concernées et de les amener au dépistage. Pour cela, la banalisation de la proposition du test lors des contacts avec un médecin semble plus pertinente ».

Cela fait plus de 20 ans que cette recommandation est en pratique. Est-ce-que cette stratégie a été efficace ? Non, elle est insuffisante. D’après le CNS, il y a actuellement entre 18 000 et 60 000 personnes qui ignorent leur séropositivité. Pourtant ils ou elles consultent à l’occasion des médecins.

Argument 2 et 3 : Le fait de connaître son statut ne s’accompagne pas nécessairement d’un recours aux soins, « à cause notamment des tabous d’un autre âge bien réels que sont la stigmatisation et la discrimination des personnes infectées par le VIH ».

De plus, d’après le CNS, les autotests pourraient favoriser les relations non protégées. « Ceux-ci pourraient être utilisés avant une relation sexuelle afin de justifier le non usage du préservatif ».

Quel étrange raisonnement ! Actuellement on estime que la moitié des contaminations ont lieu avec des personnes en primo-infection ne connaissant pas leur statut sérologique. Favoriser la diffusion à faible coût des autotests pourrait permettre à ces personnes de prendre conscience de leur situation et d’utiliser des préservatifs. Ainsi l’autotest est un outil intéressant en prévention pour ceux et celles qui n’utilisent pas toujours le préservatif. On objectera la fenêtre de détection. Certes. Mais elle existe aussi pour l’ensemble des tests et quand l’autotest est à la maison, ça va tout de même un tout petit peu plus vite.