George Pau Langevin, ministre déléguée à la réussite éducative, en charge de la santé dans l’Education Nationale a reçu le 12 septembre l’association Warning de lutte contre le sida et de promotion de la santé LGBT. Notre association avait demandé à être entendue sur les chiffres alarmants de contamination du VIH chez les jeunes homosexuels et l’insuffisance de la politique de prévention du VIH dans l’Education Nationale. Georges Sidéris, président de Warning et Olivier Jablonski, secrétaire, ont présenté 12 propositions à même de refonder la prévention du VIH et des IST dans le système éducatif.

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L’accueil de la part de la ministre fut très chaleureux lors de cette rencontre qui a duré une heure. La ministre a été très attentive à la présentation des chiffres indiquant une montée continue depuis dix ans des contaminations VIH et des IST chez les jeunes homosexuels (multiplication par 2,5 des diagnostics d’infections à VIH chez les 15-24 ans entre 2003 et 2010) et un abandon de plus en plus important du préservatif après le premier rapport sexuel. Plus largement, dans la jeunesse en général, on observe une baisse en âge du premier rapport sexuel, la banalisation du VIH, une profonde méconnaissance des traitements antirétroviraux et une peur majoritaire vis-à-vis des personnes séropositives (séropophobie).

Warning a insisté sur le fait que l’Education Nationale n’avait toujours pas mis en place les recommandations du rapport France Lert-Gilles Pialoux (« Prévention et réduction des risques dans les groupes à haut risque vis-à-vis du VIH et des IST »), et qu’une grande partie des Comités d’Education à la Santé et à la Citoyenneté (CESC) dans les établissements n’avaient pas mis en place de programmes de prévention du VIH faute d’équipes éducatives formées et motivées.

Warning a plaidé pour la mise en place d’une véritable formation à la vie affective et sexuelle dès l’école maternelle pour tous et intégrant les spécificités de la « santé gaie », en particulier le fait homosexuel, l’épidémie VIH, dans les programmes des différentes disciplines scolaires du primaire jusqu’au lycée, l’information sur les déterminants de santé pour les jeunes lesbiennes, gais, bisexuels et transsexuels : santé sexuelle et santé mentale, la formation des personnels enseignants et médicaux à ces questions. Georges Sidéris a remis un dossier comprenant douze propositions pour refonder la prévention du VIH et des IST dans le système éducatif ainsi qu’un exemplaire du livre « Santé gaie » édité par Warning, premier ouvrage francophone sur la question. Warning attend maintenant l’annonce de mesures concrètes d’ici le 1er décembre 2012, journée de la lutte internationale contre le sida.

Douze propositions pour une véritable politique de réussite éducative concernant les jeunes et les jeunes HSH

  • Emettre une circulaire exigeant des Comités d’Education à la Santé et à la Citoyenneté (CESC) dans les établissements scolaires qu’ils mettent en place des programmes de prévention du VIH et d’information des élèves sur la vie sexuelle et affective, comprenant les dimensions LGBT (Lesbiennes, Gais, Bisexuels et Transsexuels) et que les établissements intègrent dans le règlement intérieur la lutte contre l’homophobie.
  • Mettre en place de véritables parcours éducatifs à la vie affective et sexuelle tout au long de la scolarité de la maternelle jusqu’au lycée qui intègrent les spécificités LGBT.
  • Intégrer le fait homosexuel dans les programmes des disciplines scolaires et activités de la maternelle jusqu’au lycée. Notamment dans cette démarche développer la déconstruction des stéréotypes sexistes et homophobes.
  • Intégrer les études de genre, l’histoire de l’épidémie de VIH, du rôle du militantisme associatif homosexuel, de l’approche de santé gaie, de la prévention, dans les programmes scolaires.
  • Intégrer dans les outils d’information les recommandations du rapport Lert/Pialoux, apporter des connaissances sur les différentes stratégies préventives, former aux compétences et à l’autonomie en matière préventive.
  • Développer les outils d’information préventive, les campagnes sur l’emploi du préservatif, le rôle des antirétroviraux, l’existence du traitement post-exposition.
  • Informer sur la nécessité du dépistage régulier, des lieux où on peut se faire dépister, notamment ceux accessibles aux mineurs et gratuits.
  • Mettre en place dans les IUFM et les délégations académiques à la formation des personnels de l’Education nationale (Dafor) des programmes de formation des enseignants afin de remplir ces objectifs et permettre de créer des équipes éducatives motivées sur ces questions.
  • Développer dans les CDI la présence d’ouvrages sur les LGBT, le VIH, la prévention.
  • Favoriser les débats dans les établissements scolaires avec des intervenants extérieurs (intervenants d’associations LGBT ou de lutte contre le VIH, CRIPS et autres).
  • Promouvoir les recherches éducatives dans ces domaines.
  • Renforcer le rôle primordial de l’équipe éducative mais aussi des infirmières et médecins scolaires qui doivent pouvoir disposer de temps dans les établissements scolaires pour pouvoir recevoir les jeunes qui souhaitent trouver un espace de parole et de confidentialité.