D’après Kristen Underhill, « en sciences sociales, la compensation du risque est « un processus cognitivo-comportemental par lequel des individus peuvent prendre plus de risques comportementaux en se basant sur la croyance qu’ils sont protégés contre les conséquences négatives. […]. Les mécanismes de compensation du risque ont été étudiés dans de nombreuses situations : équipement d’autodéfense, ceinture de sécurité pour les enfants, boisson gazeuse allégée, cigarette légère, vaccination contre la maladie de Lyme, assurance pour le diabète, usage de produits psychoactifs. Ces mécanismes s’articulent sur l’« homéostasie du risque », une théorie suggérant « que chacun de nous ajuste en permanence sa prise de risque de sorte que notre perception du risque se rapproche d’un “niveau de risque ambitionné” ». Ce niveau de risque ambitionné est « le niveau nous paraissant s’approcher du compromis le plus acceptable entre les risques et les avantages. Ce niveau peut ne pas être statique, et il peut changer en fonction de facteurs tels la temporalité ou les influences sociales. Mais à un moment donné, notre niveau de risque ambitionné représente ce que nous percevons comme étant l’équilibre optimal entre la prise de risque (par exemple, le sexe sans préservatif) et les avantages potentiels des comportements à risque (par exemple, l’intimité, le plaisir sexuel). Lorsque nous percevons que nos risques ou avantages potentiels ont changé, la théorie de l’homéostasie du risque suggère que nous répondons en modifiant notre comportement dans une direction qui apporte l’équilibre perçu comme le plus proche de notre niveau de risque ambitionné » [1].

L’histoire récente de la sexualité est ponctuée par des paniques autour de la compensation du risque. De la pilule contraceptive à la prévention du VIH, les exemples sont fréquents. Au début de la crise du sida, par exemple, les moralistes sexuels nous professaient des conséquences sociales et comportementales catastrophiques, une sexualité débridée du fait de la recommandation du préservatif. Les associations au début des années 1980 ont dû se battre pour obtenir la légalisation de la publicité du préservatif et pour pouvoir distribuer des préservatifs. Ce combat est paradigmatique. Autre exemple lorsqu’il a pu être craint un abandon généralisé du préservatif quand il a été publiquement annoncé que sous traitement efficace, les personnes séropositives ne transmettaient plus le VIH.

[1] Underhill, Kristen. “Study designs for identifying risk compensation behavior among users of biomedical HIV prevention technologies : Balancing methodological rigor and research ethics”, Social Science & Medicine, 94 (2013), p.115 (traduction libre).