Pour 2013, nous avons eu envie de vous parler autrement. Outre nos textes d’analyses, respectés pour leur sérieux, nos communiqués de presse parfois incendiaires mais toujours justifiés, parole est cette fois donnée en ce début d’année à nos militants, les anciens mais surtout les nouveaux. Une parole à la première personne, donc plus intime, pour poser les questions qui fâchent, celles qui ne sont pas suffisamment d’actualité alors même qu’il faudrait se battre pour les voir résoudre. Bonne lecture.

Quand j’ai été testé séropositif au VIH en 2004, j’avais cette chance de connaître Sylvain, un militant de la lutte contre le sida. Ainsi, il me parla très vite d’un autre virus que je ne connaissais pas mais dont j’étais porteur sans le savoir : le virus du papillome humain (HPV). « Attention, m’expliqua-t-il, le HPV peut provoquer des condylomes ou même des lésions précancéreuses dans le rectum, sur l’anus et sur le pénis. Traitables mais d’autant plus récurrents que le système immunitaire est déficient ». Bref, les séropos y sont plus sensibles et sont plus concernés. Je pris donc l’initiative d’aller consulter un proctologue, et à bon escient, étant donné que j’avais deux condylomes rectaux. Je commençais là 7 années de relation intime, cyclique et douloureuse avec le HPV.

Quand je n’en avais pas plein le rectum – ce qui m’a même valu une fois 24h d’hospitalisation car leur suppression nécessitait une anesthésie du bassin aux orteils – c’est sur le pénis qu’ils apparaissaient. Pendant 7 ans, j’alternais les séances trimestrielles d’électro-cautérisation chez mon proctologue ou ma dermatologue. J’en ai même perdu mon frein, à force de griller ces sales petites verrues tenaces sur le gland. Je n’ai toujours pas retrouvé les sensations charnelles que j’éprouvais précédemment. Comme j’étais un progresseur moyen de l’infection à VIH, je n’ai commencé ma trithérapie qu’au bout de 6 ans et demi de séropositivité. Depuis, mon taux de CD4 étant redevenu normal, ma charge virale indétectable, les condylomes m’ont foutu la paix.

En 2012, un camarade de Warning-Bruxelles a décidé de monter un dossier à charge sur l’impact du HPV chez les hommes, notamment gais et bisexuels, spécialement les séropositifs (lire ci-dessous le dossier synthétique de Warning-Bruxelles sur la question [1]). Le nombre de cancers colorectaux reliés au HPV est chez nous bien plus important que dans la population masculine générale ; alors même que des vaccins créés pour les femmes existent, sont efficaces pour protéger les jeunes garçons et les jeunes hommes contre certaines des souches de HPV qui les concernent, et réduisent la fréquence et la virulence de condylomes ou de lésions chez les hommes séropositifs infectés par le HPV [2].

Comme je sais que le HPV affecte considérablement la santé sexuelle, je souhaite pour 2013 que nos autorités sanitaires respectives prennent enfin en compte pleinement la santé masculine entourant le HPV, pour laquelle de nombreux scientifiques mettent en garde à travers le monde. S’il n’existe pas encore de test de dépistage du HPV (ce que Warning déplore) – et seulement des tests PAP qui détectent les cellules « anormales » (moins précis pour les hommes que pour les femmes) – cette discrimination sanitaire à l’encontre des gais doit cesser. Quelques pays vaccinent les jeunes garçons et les jeunes homos alors que d’autres le recommandent, à la charge des patients. Mais ce vaccin coûte cher : 135$ la dose au Québec, 123,44€ en France, à raison de trois doses par personne ! Dans chacun des pays où nous sommes présents, il est temps de mettre en place des campagnes gratuites de vaccination au HPV parmi les jeunes garçons, les jeunes hommes gais et bisexuels et toutes les personnes vivant avec le VIH.

 

infoVPH.ca : un site canadien d’information sur le HPV

 

[1Merci Jacques !

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