Plus de 6 ans après les Déclarations suisses, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) vient de publier un rapport intitulé « Consensus d’experts : charge virale et risque de transmission du VIH ». Le rapport est accompagné d’un avis favorable du Ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). C’est la première autorité de santé publique au Canada qui adopte une telle position officielle. Il s’agira des lignes directrices standards pour l’ensemble des professionnels de la santé de la Belle province.

Évidemment, Warning accueille favorablement – avec certaines réserves – le fait que les autorités sanitaires reconnaissent enfin qu’une personne vivant avec le VIH ayant une charge virale indétectable a un risque « négligeable ou très faible » de le transmettre lors des relations sexuelles (anales, vaginales ou orales sans préservatif), à condition :

  • D’avoir une charge virale plasmatique indétectable depuis au moins 6 mois et sur deux mesures consécutives ;
  • Que le couple soit stable et exclusif ;
  • Qu’il n’y ait pas d’autres ITSS ;
  • Qu’il y ait adhésion minimum de 95% au traitement ARV [1] ;
  • D’avoir un suivi médical pour les partenaires 3-4 fois/année, incluant dépistage mesure de charge virale ;
  • D’avoir un counseling régulier sur la prévention.

Pourquoi insister encore sur les ITSS ?

Sur ce point, l’avis nous parait trop dépassé. S’il y a quelques années on pouvait penser que les ITSS avaient un impact sur la transmission du VIH dans cette situation où l’un des partenaires est séropositif, c’est nettement moins évident maintenant au regard des études récentes. Prenons l’exemple de l’étude PARTNER où il n’y a pas eu de transmission dans les couples sérodifférents où le partenaire séropositif était traité, même si parfois l’un des partenaires avait une ITSS. De même, l’étude Evarist a montré que les ITSS n’augmentaient pas la charge virale.

Faut-il être en couple ? Et pour les célibataires ?

La réaction à l’avis par Mark Wainberg du Centre de recherche sur le sida fait mouche. Pour lui la nouvelle position de l’INSPQ reste trop prudente. « Je ne vois pas la différence entre une relation stable et une histoire d’un soir, pour ce qui est du risque de transmission du VIH ». Et oui, quand on ne transmet plus, c’est quelque soit la situation, que l’on soit en couple ou pas.

Est-ce fini les aventures en dehors du couple ?

Là aussi, on retrouve encore la même prudence de l’INSPQ, qui réserve son avis aux couples exclusifs et stables. C’est oublier que beaucoup de couples sont ouverts aux aventures extérieures et que pour eux, plutôt que leur faire sous entendre que l’avis n’est pas adapté, plutôt que de limiter l’avis à certains couples, il aurait été plus judicieux de conseiller, qu’en dehors du couple, une méthode de prévention sur le principe de la sécurité négocié soit appliquée (par exemple que le partenaire séronégatif utilise des condoms ou une PrEP ou si besoin prenne un traitement d’urgence après une prise de risque). C’est la même chose que nous voyons en recommandations pour les couples de personnes séronégatives. Nous avons affaire, dans cet avis, à un usage abusif du principe de précaution, déconnecté de la réalité et du vécu des personnes, qui considère encore la personne séropositive sous un angle défavorable.

Cette prise de position officielle reste toutefois une bonne nouvelle. Dorénavant, on pourra s’attendre à ce que les personnes séroconcernées au Québec ne reçoivent plus de messages contradictoires de leurs cliniciens et intervenants communautaires en fonction des croyances de ces derniers sur l’efficacité du traitement anti-VIH en prévention. Il ne faut pas s’arrêter là. Le MSSS doit déployer les efforts nécessaires pour faire connaître les conclusions du rapport et pas seulement dans le milieu VIH. L’ensemble de la population doit en être informé pour lutter contre la sérophobie. WARNING demande donc qu’une campagne d’information soit rapidement développée à l’attention des publics concernés.

 

[1Soit moins de deux oublis de prise sur un mois ou moins de 20 jours par an…