Michael, tu dis que « les gais sont les plus grands aventuriers des terrains affectifs et sexuels de notre temps » : que peut alors leur apporter un projet de santé gaie ?

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Michael Häusermann (association Dialogai – Genève) : Essentiellement des guides, des espaces de bilan et d’échange et des passerelles. Je m’explique : l’aventurier affectif et sexuel gai, bien qu’il consacre, en majorité, son temps et son énergie à la recherche et à la rencontre de l’autre, se retrouve beaucoup plus souvent à vivre seul que la moyenne de la population. La vie solitaire que mène la majorité des gais est vraisemblablement la source principale de leur vulnérabilité particulière dans le domaine de la santé. Le projet santé gaie apporte des guides dans les domaines de la sexualité et, en projet, de la santé mentale. Il propose des espaces structurés de manière à permettre l’expression de la souffrance comme de la joie en groupe et en entretien individuel et des lieux pour faire le point. Il propose enfin des passerelles vers des professionnels et des services de la santé gay-friendly.

Les gays sont particulièrement vulnérables aux problèmes de santé mentale. Peux-tu développer ?

Sur cette question, il faut distinguer la manière lamentable avec laquelle les autorités psychiatriques et médicales occidentales ont traité les homosexuels pendant des décennies, du fait que beaucoup de gais souffrent aujourd’hui de symptômes comme la dépression et l’anxiété. L’aventure de la recherche du plaisir est semée d’embûches et comprend des risques. Les gais, comme d’autres groupes sociaux minoritaires, sont donc confrontés à un nombre plus important de facteurs de risque, pas seulement dans le domaine de la santé sexuelle mais aussi dans celui de la santé mentale.

Comment réussir à atteindre les gais plus vulnérables, en particulier ceux qui justement ne s’identifient pas comme gais ? Quelles réponses peut apporter un projet de santé gaie ?

Par une offre de prestations à bas seuil, ce qui est vite dit mais n’est pas facile à réaliser. En ce qui concerne les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes mais qui ne s’identifient pas comme gais, si l’on prend l’exemple de la prévention du sida, il faut en parler dans les services et médias destinés au grand public et ne pas compter seulement sur les homosexuels pour s’en occuper. Enfin, il faut avoir clairement en tête que le citoyen gai « moyen » qui se reconnaît comme tel est déjà très vulnérable. En travaillant avec lui, nous faisons déjà beaucoup.

À Dialogai, vous proposez des tests VIH rapides depuis début janvier 2005. Pouvez-vous faire un bilan de cette opération ?

Le premier bilan des 8 premiers mois du Checkpoint est très positif. Le taux d’occupation des plages de consultation offertes atteint 80%. L’objectif principal de ce service est, outre le dépistage proprement dit, est d’offrir un espace qui permette de parler librement de son mode de vie et de ses pratiques sexuelles et de recevoir un conseil individuel visant la gestion des risques dans ces domaines.

Merci Michael

 

Vidéos conférence VIH et santé gaie

Diplômé en service social, Michael Häusermann, a une longue expérience de développement d’organisations gays, d’associations sida, de direction de projets de prévention et de travail communautaire dans ce cadre. Co-fondateur de l’association Dialogai à Genève, il a travaillé pendant 8 ans à l’Aide suisse contre le sida (ASS), d’abord comme coordinateur de la prévention en Suisse romande puis comme directeur du secrétariat national à Zurich. Il a été le coordinateur du programme culturel de la conférence mondiale sida à Genève en 1998. A partir de l’an 2000, Il coordonne le projet « santé gai » de l’association Dialogai à Genève. Dans ce cadre, il a rédigé [le concept de base->http://www.dialogai.org/pdfs/sante_…, participé aux recherches, présenté son travail dans plusieurs conférences internationales et dirige le projet pilote de centre de tests et conseils gay-friendly Checkpoint.