Le Louvre s’exporte à Abu Dhabi, Warning lui s’exporte à San Francisco. Vous trouvez que j’en fais trop ? Non, c’est très sérieux. Puisqu’au département de santé de la ville de San Francisco on s’est dit que finalement ce truc de séroadaptation dont parlent depuis plusieurs années les petits frenchies de Warning, c’était intéressant. Bref, tout cela pour vous dire que le « HIV Prevention Planning Council » et le « HIV Health Services Planning Council » (c’est chic !) ont voté le 11 octobre 2007 une motion forte intéressante.

Motion : 
« The POI Committee moves that the term “seroadaptation” be approved by the HIV Prevention Planning Council, for recommendation to the HIV Prevention Section, to describe a range of HIV risk reduction strategies undertaken based on one’s own and one’s partner’s serostatus. »

GIF - 7.6 ko

En français, on peut résumer ainsi : le terme « séroadaptation » a été approuvé par le conseil de planification de la prévention VIH pour décrire un ensemble de stratégies de réduction des risques fondées sur le statut sérologique et celui du partenaire (Le POI Committee est la réunion des deux conseils).

Alors pourquoi en être arrivé à passer du concept de « serosorting » à celui de séroadaptation ?

C’est le chercheur Jeff Mc Connell directeur de projet à l’Université de Californie, en contact avec Warning depuis 2 ans, qui a conseillé au Comité de changer de posture. Dans un mail qu’il nous avait adressé en février 2007, il nous expliquait les raisons pour lesquelles il souhaitait emprunter notre terme : faciliter le débat et la réflexion autour des phénomènes de serosorting constatés dans les communautés gays américaines.

Pour Mc Connell la question du serosorting est devenue ces dernières années un sujet de discussion mais aussi de controverses au sein de la communauté sida de San Francisco. Une large partie de cette polémique provient du sens courant que l’on donne couramment au serosorting. Il lui est devenu évident que le serosorting était trop facilement interprété comme la restriction à une sélection sexuelle des partenaires plutôt que d’être pensé comme un ensemble de pratiques sexuelles basées sur la connaissance de son statut et celui du partenaire. Nous étions déjà arrivé aux mêmes conclusions.

En effet, le fait d’axer le serosorting sur le choix du partenaire renvoie immédiatement le débat sur des considérations éthiques et polémiques. Tout simplement parce que le mot serosorting était souvent compris par le public comme du « sérotriage ». En France, Act Up-Paris a surfé sur le problème de définition et tenté d’orienter le débat vers une question éthique bien peu crédible de discrimination des séropositifs. Or il faut se rappeler pourquoi on parle depuis 2004 de serosorting. Ceci provient d’une tentative pour expliquer un phénomène intéressant que l’on constatait à San Francisco : une baisse des contaminations VIH qu’on expliquait notamment par le fait que les gays évitaient les relations non protégées quand ils ne pouvaient s’assurer de la concordance sérologique avec les partenaires. Nous n’étions donc pas dans le rejet des personnes mais du risque VIH. Rien n’indiquait donc une discrimination des personnes, mais plutôt une adaptation de la prévention en fonction du statut du partenaire. D’où l’idée de séroadaptation que proposait Warning.

Mc Connell ajoute que l’autre polémique autour du serosorting venait du fait qu’entre séronégatifs, celui-ci était vraiment faillible comme stratégie de prévention. On s’en doute et c’est pourquoi parler de séroadaptation nous semblait plus adapté (On adapte sa protection en fonction du contexte, des pratiques et du statut sérologique des partenaires. Pour une personne séronégative, il n’y a jamais certitude de concordance du statut lors de relations occasionnelles, mais seulement lors des relations stables : donc le contexte joue aussi dans l’affaire).

Évidemment cette définition restrictive a occasionné des dégâts dans la compréhension et les débats autour des phénomènes qu’on s’efforçait d’étudier, aussi bien ici en France qu’aux Etats-Unis. Finalement Mc Connel a capitulé et cessé de tenter de redéfinir ce que pourrait être le serosorting pour proposer notre concept aux chercheurs américains, celui que le sociologue Jean-Yves Le Talec et Warning avions forgé, en espérant qu’ainsi les phénomènes à l’oeuvre puissent être mieux compris, débattus sans polémique et que l’on puisse lancer des études.

C’est dans ce sens que le comité POI s’est décidé en séparant clairement ce qui est de l’ordre

  • du serosorting strict : rencontres sexuelles entre partenaires de même statut sérologique afin de réduire la transmission du VIH ou afin d’avoir un rapport sexuel sans préservatif ;
  • de la séroadaptation qui comprend un ensemble vaste de stratégies prenant en compte les statuts sérologiques des partenaires afin de réduire le risque de transmettre ou contracter le VIH. Cet ensemble de stratégies comprend donc le serosorting strict, le positionnement stratégique ou toute autre stratégie basée sur le statut sérologique.

On le voit nous sommes très proches des définitions de Warning sur le sérochoix et la séroadaptation (voir colonne de droite).

Suite au prochain épisode : quand les experts américains publieront leurs données comportementales sur la séroadaptation et que les autorités sanitaires françaises seront alors obligées de reconnaître l’intérêt du terme. 2008 ? 2009 ?

 

Voir aussi les recommandations proposées au vote