Je suis homosexuel et ancien doctorant en sociologie à l’université Paris VII – D. Diderot, au sein de l’école doctorale EESC et de l’URMIS*. Leurs objets d’études principaux portent sur les migrants, les relations interethniques et le racisme. C’est dans ce cadre que je me suis intéressé aux hommes homosexuels d’origine maghrébine.

Il s’agit de se demander ici ce qui peut construire et surtout affecter la santé et le bien-être de cette population spécifique du point de vue de ses représentations symboliques et de ses conditions de vie, à différentes échelles sociales. Il s’agit d’un travail qualitatif. Et de toute façon, nous n’avons en France aucune donnée statistique corrélée à l’ethnicité, que ce soit d’un point de vue démographique ou épidémiologique, qui pourrait venir préciser les questions que nous allons aborder (cela est d’ailleurs problématique voire dommageable pour des programmes de prévention les plus efficaces possibles, en direction de ces populations).

Il convient, avant de commencer, de rappeler que l’on a affaire à une population hétérogène, du point de vue du lieu de naissance (France ou Maghreb), de l’origine ethnique (arabe et/ou berbère), de la religion (musulmane ou non, pratiquant ou non), de la classe sociale et du territoire (centre-ville, banlieue, campagne). Les aspects dont je vais parler tout de suite, et j’insiste, peuvent donc s’appliquer pleinement, partiellement ou voire nullement selon la situation personnelle des individus concernés. Il ne faut donc pas généraliser ce qui va suivre mais le prendre comme quelque chose qui existe, qui décrit des expériences de vie basées sur des témoignages et des représentations, et qui peuvent avoir un effet direct sur les populations concernées, souvent oubliées dû au fait que l’on a aucune donnée quantitative et peu de données qualitatives.

Les traditions culturelles maghrébines, et notamment religieuses, interprètent l’homosexualité masculine comme une série de défaillances :

  • défaillance familiale : absence de procréation et de filiation donc humiliation des parents et surtout du père (dont le nom ne sera pas transmis).
  • défaillance religieuse : absence de mariage (sacré) donc abandon de la foi, on devient impie.
  • défaillance individuelle : c’est un abandon de masculinité, on perd le statut d’homme (puisqu’on ferait sexuellement la femme).

Paradoxalement un maghrébin marié et père de famille peut sodomiser un autre homme sans qu’il ne se considère comme homo. Car en effet, les prescriptions (sociales) – mariage, procréation, filiation – comme les prescriptions (sexuelles) – pénétrer (ne pas être sodomisé) – qui sont définies culturellement à travers son genre masculin, sont remplies.

Donc l’homosexualité des sujets d’origine maghrébine n’est pas vraiment un problème d’orientation sexuelle en soi, mais plutôt d’impossibilité à remplir les rôles socio-sexuels qu’on attend de l’individu de sexe mâle et de genre masculin. Ce qui importe c’est son statut marital et reproductif, le rôle sexuel adopté aussi, non pas la qualité de l’orifice qu’il pénètre (même si bien sûr cela était encore plus vrai avant que de nos jours). Ainsi, c’est l’adultère, l’absence de mariage ou de filiation qui posent le plus de problèmes. Mais aussi, la question de la séparation des sphères privée et publique est ici importante. Car, dans le contexte d’un tabou sociétal généralisé sur les questions de sexualité, on observe « une volonté de ne pas savoir » l’éventuelle homosexualité dans les cultures maghrébines. Un homme (marié ou pas d’ailleurs) peut avoir des rapports sexuels avec des hommes mais à condition que cela reste discret, secret, privé. On ne parle jamais de ce qui se passe dans les hammams par exemple, sauf quelques rares exceptions lorsqu’on est entre proches copains (pour se venter ou stigmatiser un rival).

Lorsque ces représentations culturelles sont fidèlement respectées et revendiquées dans l’environnement social, familial et territorial des individus concernés, la pression homophobe est alors souvent importante : se faire insulter, séquestrer, tabasser et violer parce qu’on est homo est une réalité dont on a beaucoup de témoignages… La honte, la peur et la crise d’identité que génère et que nourrit cette homophobie induisent chez les beurs ou Maghrébins qui se sentent attirés par les garçons trois principales stratégies d’adaptations :
1 : le bannissement social, familial et géographique (subi ou choisi) qui s’accompagne souvent d’une distanciation d’avec les valeurs traditionnelles et religieuses.
2 : la dissimulation de l’homosexualité (avec double vie parfois : copine ou mariage dans le lieu de résidence, backrooms et rencontres via Internet dès que c’est possible).
3 : le refoulement total de l’orientation (homo)sexuelle (avec des troubles psychologiques qui sont alors souvent préoccupants).

On peut dire que les représentations traditionnelles des cultures maghrébines en matière de genre accentuent les violences symboliques et physiques que peuvent vivre les sujets concernés, et freinent ainsi la construction individuelle menant au coming-out. Cela entrave conséquemment la possibilité des homos beurs d’avoir des représentations et des interactions sociales semblables à celles des homosexuels de la culture dominante, les gais de la culture française ; l’identification au modèle gai est difficile et la perte d’estime de soi souvent importante.

Elargissons maintenant l’échelle d’analyse et parlons racisme. Personne ne peut nier qu’il existe des discriminations ethniques et raciales en France. D’un point de vue général, le racisme peut induire, par réaction, chez certains membres de la population d’origine maghrébine, une perception de l’homosexualité comme étant occidentale. Pour ces personnes, l’Occident ayant perdu ses valeurs comme la famille, la solidarité, il se serait alors produit l’émergence de l’homosexualité… Accepter le développement de la culture gaie c’est accepter la perte des valeurs morales et religieuses. Certains parents en viennent à penser que c’est la France qui a rendu leur fils homosexuel. Ainsi, celui qui « devient » homosexuel a renié sa culture et ses origines, il n’est plus arabe, berbère, maghrébin, musulman, etc.. On a là une forme de contre-racisme, c’est-à-dire un racisme culturel inversé qui prend l’homosexualité comme expression cardinale de l’infériorité d’une culture par rapport à une autre. Le problème c’est que ces considérations ont une force d’enculturation[1] très importante, elles sont intériorisées par un certain nombres de jeunes beurs, homos ou pas. Il est intéressant de noter qu’au moment des Croisades, c’est le procès inverse qui était fait aux cultures arabo-musulmanes[2].

Le milieu gai n’est pas épargné par les rapports sociaux racistes. Comme dans la société en général, le Maghrébin ou le beur sont souvent représentés d’abord comme des racailles, des lascars. Dans l’imaginaire culturel gai, ils sont toujours des amants bien montés et dominants, voire violents, uniquement actifs ; ils baisent et ne font jamais l’amour, et surtout n’assument pas leur orientation sexuelle. Il s’agit d’une représentation fantasmée qui enferme toute une ethnie dans ce rôle et que des films, des magazines, des sites Internet, des réseaux téléphoniques ou des romans érotiques diffusent et cultivent. Il y a donc d’abord une discrimination par amalgame (« tous des racailles »), qui est renforcée par une instrumentalisation commerciale, mais surtout sexuelle.

Acculés à cette représentation fantasmagorique, les beurs, même si certains d’entre eux sont réellement des racailles (du point de vue esthétique et comportemental) ou singent le look lascar dans le but d’obtenir des faveurs sexuelles, sont de toute manière réduits à des objets sexuels pour français « de souche ». Si l’esthétisation du look racaille permet à ces jeunes de rentrer dans un rôle, un personnage et d’être à l’aise dans les lieux de sexualité récréative ou simplement de séduire et d’avoir une sexualité, cela induit un rapport hiérarchique : on a le beur qui baise bien, le black qui a un gros sexe et ils sont là pour servir le plaisir des blancs.

Ces relents colonialistes du racisme des gais[3] dont sont victimes les beurs homos se sont constitués pour une part au travers de la littérature qui forme une partie des références culturelles du milieu gai : André Gide[4] (qui dénonce cependant les abus de la colonisation dans Voyage au Congo), François Augérias[5] (dont l’influence est plus tardive car peu connu de ses contemporains – en effet il ne publie que sous le manteau) ou Jean Genet (qui a par ailleurs eu le mérite d’être un fervent et actif partisan des luttes anti-coloniales[6]). Ces écrivains ont participé involontairement à la constitution d’un stéréotype du « mâle arabe universel hyper viril »[7] – pas exclusivement actif d’ailleurs (au travers des expériences que ces derniers rapportent) – encore prégnant dans les représentations socioculturelles françaises, notamment parmi les gais : « ils représentaient l’Afrique du nord comme un lieu de vices, et reproduisaient les stéréotypes raciaux sur l’Arabe, le séduisant et viril jeune homme, forcément troublant par rapport aux homosexuels européens. »[8] – « Ils renforcent le regard de l’homosexualité coloniale : un machisme qui a été et est encore recherché par tant d’homosexuels »[9]. Il ne faut cependant pas croire que les écrivains ou poètes gais et/ou Orientalistes sont coupables ! C’est la manière dont ces références culturelles ont été ré-interprétées et transformées – de façon partielles voire partiales – qui aujourd’hui a pour conséquence d’essentialiser des représentations de façon réductrice nonobstant la complexité du réel. Si ce racisme de colonialité est en partie inconscient et structurés au travers de cadres cognitifs qui naturalisent, généralisent puis fixent de façon rigide les représentations de beaucoup d’homosexuels (et pas seulement), il n’empêche que les beurs gais sont doublement stigmatisés[10] : dans leurs communautés parce qu’ils portent le stigmate[11] plus ou moins visible de l’homosexualité, par la société en générale et dans le milieu gai en particulier parce qu’il portent très souvent le stigmate du phénotype.

Pour certains des individus concernés, on peut alors observer des stratégies d’évitement et de repli communautaire, en ne fréquentant plus que ses soi-disant semblables, voire en n’ayant des rapports sexuels qu’avec eux. D’où le développement nécessaire et utile des espaces sociaux gais à thèmes ethniques. Ces espaces permettent aux sujets concernés de vivre leur homosexualité supposément sans pression ethnique ou raciale et loin du jugement familial ou communautaire. Mais cela est par ailleurs dommageable puisque premièrement la visibilité disparaît et que deuxièmement ça banalise la division ethno-raciale car ainsi elle peut être perçue comme naturelle puisque des deux côtés on la trouve légitime. Si cette adaptation que l’on pourrait qualifier d’anti-raciste semble logique, il n’empêche qu’elle opère du coup un retournement de situation : le milieu gai est à son tour essentialisé comme étant uniquement blanc, superficiel, mercantile, uniformisé, lubrique, bref socialement, culturellement, esthétiquement monolithique. Et les considérations anti-racistes deviennent discriminatoires !

Bien évidemment, cela ne constitue pas le mode de sociabilité de tous les individus en question ; certains s’en affranchissent facilement et vivent dans une mixité sociale réelle. D’ailleurs on peut illustrer cela par le fait que le look « caillera » est adopté par de nombreux jeunes gais et facilite indirectement l’intégration des beurs.

Mais le constat sociologique que l’on peut tirer de l’observation des discriminations ethniques ou raciales est que cela débouche sur une ethnicisation[12] des rapports sociaux : pour un certain nombre d’homos, l’origine ethnique, réelle ou supposée, devient cardinale pour qualifier leurs statuts et rôles respectifs (que se soit d’un point de vue sexuel, érotique ou social). L’origine ethno-raciale détermine la priorité dans le classement qu’ils se font des autres, en tant que maghrébin/beur, français « de souche », actif/passif, avant homosexuel/gai ; ce n’est donc plus le partage d’une sexualité et d’un désir en commun qui est primordial, mais l’identité ethnique ou culturelle, le rôle sexuel et les conduites sociales qu’on leur attribue. Et cela provoque des comportements d’exclusion sociale et territoriale sous prétexte de soi-disant supériorité culturelle ou d’auto-exclusion sociale et territoriale sous prétexte de discrimination (on ne se fréquente qu’entre beur ou qu’entre blancs ; on ne fréquente que certains bars, saunas et sex-clubs).

Quels impacts sur la santé et le bien-être : quels risques du point de vue psychologique et physiologique ?

Les représentations symboliques hétérosexistes [13] traditionnelles du genre masculin conduisent un certain nombre de parents d’origine maghrébine à penser le VIH comme une sanction liée à une sexualité divergente… une réponse divine au déshonneur provoquée par la déviance. Ainsi, pour un certain nombre d’individus, surtout parmi les plus jeunes, être gai c’est naturellement avoir le VIH et le mériter, donc pourquoi se protéger ?

L’ignorance des modes de transmission de la maladie induit même quelques fois une légitimation supplémentaire au bannissement puisqu’il faut éviter de contaminer l’entourage.

La perte d’estime de soi conduit certains individus à se droguer, ce qui ajoute un vecteur supplémentaire de prise de risque. Elle peut conduire aussi l’individu à penser au suicide, et alors le VIH est vu comme un moyen de se donner la mort. Des témoignages montrent qu’à partir d’un certain âge, où il ne serait pas normal de ne pas être marié et père, certaines personnes viennent à se demander s’il ne serait pas plus simple de contracter le VIH pour en finir avec une vie ratée, une insertion ethnico-sociale impossible.

Il faut noter aussi que la situation migratoire à tendance à renforcer l’ignorance générale vis-à-vis de la maladie.

A l’inverse, pour beaucoup d’autres jeunes beurs homos, se protéger devient un acte politique et revendicatif contre l’amalgame homo = sida, et un moyen de retourner le stigmate de l’homosexualité en emblème de fierté dans leur milieu d’origine. Car il ne faut pas voir tout cela comme des possibilités individuelles polarisées, mais comme un continuum allant d’un côté à la dépression et de l’autre à un certain empowerment. Les individus se trouvant en fonction de leurs expériences de vie à un endroit ou un autre du continuum, de façon mobile, et pas forcément systématiquement à ses extrémités.

Comme pour l’homosexualité en tant que telle, le racisme induit, par réaction, des considérations contre-racistes à propos du VIH où il est perçu comme occidental. Alors on ne couche qu’avec des Maghrébins car ils seraient par essence propres : « pas besoin de capote, je ne tape que dans le hallal ». Dans cette même logique, le comportement sexuel protègerait ou pas du sida. Les gais blancs étant uniquement dans la débauche sexuelle et la consommation rapide pulsionnelle, ils attraperaient le sida, alors que les Arabes, plus sentimentaux et ne couchant pas toute de suite en seraient protégés. C’est illustré par l’expression que j’ai entendue à plusieurs reprises : « avec un beur tu parles pendant 3h et tu baises 3 min, avec un français, tu parles 3 min et tu baises pendant 3h… », sauf qu’il peut suffire de 3 secondes pour attraper le VIH. Il y a comme un mythe de l’ethno-protection…
On peut relever aussi une représentation d’ordre physique très répandue, qui est plus ou moins polémique, où la circoncision est considérée comme un limiteur voire un protecteur de contamination. Aujourd’hui les études tendent à démontrer qu’il s’agit d’un facteur limitant de contamination, faut-il le mettre en avant ? Dans une logique de prévention conventionnelle non, mais dans une logique de réduction des risques certainement.

En conclusion, il faudrait prendre en compte pour mieux répondre aux besoins d’une population dont la situation présente des dimensions spécifiques :

  • L’énorme pression que constituent les représentations liées à l’identité de genre masculine car elle peuvent conduire les individus qui ne peuvent prendre du recul a une perte d’estime de soi, donc un équilibre psychologique mis à mal. Que peut-on faire pour évaluer l’incidence de ces aspects culturels sur un individu concerné, sachant qu’il n’est pas toujours facile de parler de son orientation sexuelle et de sa culture d’origine, ni même d’avoir une opinion individuelle tranchée sur ces questions ? On pourrait bien évidemment le leur demander et pour cela ne faudrait-il pas tout simplement des recherches ?
  • Les discriminations ethno-raciales en général et celle du milieu gai commercial en particulier, car elles provoquent une ethnicisation des rapports sociaux en isolant par discrimination ou auto-exclusion des groupes sur la base de la supposée appartenance ethnique. La marginalisation qui s’en suit peut freiner les actions de prévention parmi des jeunes beurs homos qui préférant se regrouper en deviennent moins visibles et donc parfois moins accessibles. Comment établir un contact avec ces groupes minorés voire marginalisés ? Faut-il passer par les associations communautaires ou religieuses, par les associations de soutien beur gaies ou investir les lieux de sexualité récréative qui organisent des soirées à thème ethnique ?
  • Le fait que d’une manière générale, selon la culture, la sexualité, le corps et la maladie ne sont pas pensés, vécus et perçus de la même façon. Comment former les professionnels de santé à ces réalités ? Avec des stages d’ethnopsychiatries, d’anthropologie de la médecine, du corps et de la santé ? Et aussi embaucher plus de beurs et notamment des gais dans les secteurs concernés ?

Ne faut-il pas, pour optimiser la santé et le bien-être des populations homosexuelles ethnicisées, parler aussi et côte à côte de religion, de tradition, de sexisme, de machisme, de racisme et de stigmatisation ? Cela permettrait par exemple une ré-interprétation du dogme coranique et conséquemment une ré-appropriation de l’identité musulmane de façon à ce qu’elle ne soit plus pensée comme intrinsèquement antithétique à l’orientation (homo)sexuelle ou l’identité érotique minoritaire. Les chrétiens et les juifs gais l’ont fait tout au long des dernières décennies. Et certains musulmans gais s’y attellent dans le monde – comme a pu le constater Warning lors de la « 23ème Conférence Mondiale de l’ILGA » (Genève, du 27 mars au 3 avril 2006) – tels l’Imam malais Muhsin Hendricks de l’association sud-africaine Inner Circle, ou le plasticien Vanya Hamzic originaire de Bosnie-Herzégovine, qui militent tout deux pour une mise en application entière du devoir et du droit d’« Itjihad » [14] conférés aux musulmans dans le Coran. Voir aussi la Fondation Al-Fatiha, un réseau à l’origine nord-américain qui défend les intérêts et les droits des musulman-e-s gais, lesbiennes, bisexuel-le-s, transgenres, intersexuées et en questionnement, à travers le monde (elle organise chaque année une conférence internationale).

Finalement, ne faut-il pas de façon systématique prendre plus en compte la diversité sociale, culturelle, générationnelle, sexuelle et de genre qui traverse le milieu gai ?

 

Sébastien Barraud

Article en partie tiré de la communication donnée lors de la Conférence Internationale « VIH et Santé Gay, Nouveaux Concepts, Nouvelles Approches » (Paris, novembre 2005), durant la Table ronde « Diversité et VIH ».

 

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Références :

OUVRAGES

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CRUZ-MALAVE, Arnaldo. MANALANSAN IV, Martin F. (dir.). (2001). Queer globalizations ; citizenships and the afterlife of colonialism. New York : New York University Press, 274 p.

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PERIODIQUES

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GROTTI, Laetitia. DAIF, Maria (2004). Etre homo au Maroc. Tel Quel, mars-avril, n°120.

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ZERAOUI, Fouad (dir.). (2004-2005). Baby Boy, novembre-novembre, n°1-17, Paris : Kelma Group.

TRAVAUX UNIVERSITAIRES ET RAPPORTS

BARRAUD, Sébastien. (2005). Etre un homme homosexuel et d’origine maghrébine à Paris et en région parisienne : stratégies psychosociales, identités intersectionnelles et modernité. Mémoire de DEA interdisciplinaire en migrations et relations interethniques, sous la direction de François VOURC’H, Université Paris VII – D. Diderot, Paris.

HAMEL, Christelle. (2003). L’intrication des rapports sociaux de sexe, de « race », d’âge et de classe : ses effets sur la gestion des risques d’infection par le VIH chez les français descendants de migrants du Maghreb. Thèse de doctorat d’anthropologie sociale et d’ethnologie, sous la direction de Marie-Elisabeth HANDMAN, EHESS, Paris.

HAMZIC, Vanya. (2005). Queer Muslims : Time of Itjihad (or Coming Out to Creator). Philadelphia : Meeting of American Academy of Religion.

MONHEIM, Monique. (2004). Destin de l’homosexualité masculine maghrébine : entre unions « imposées », prostitution et mort sociale ? Bruxelles : Rapport au C.A.W. Mozaïek Adzon.

ROMANS, FILMS ET ARTICLES DE PRESSE

DJELLAD, Djallil. (2000). Cet Arabe qui t’excite. Paris : Balland (coll. Rayon), 186 p.

LANGE, Rémi. (2003). Tarik El Hob. Le Chemin de l’Amour. Film, Eklipse Video, 70 min.

RACHID O. (1995). L’enfant ébloui. Paris : Gallimard. Du même auteur : Plusieurs vies (1996), Chocolat chaud (1998), Ce qui reste (2003).

VALOIS, Philippe. (2005). Un parfum nommé Saïd. Film.

ZERAOUI, Fouad. (1997-2005). Articles de presse : reportages, interviews, débats. Sur l’Internet : http://www.kelma.org/PAGES/DOCUMENT….


Notes :

* Ecole doctorale E.E.S.C. (n°382) : Economies, Espaces, Sociétés, Civilisation : pensée critique, politique et pratiques sociales / URMIS : Unité de Recherche Migrations et Sociétés, laboratoire CNRS – UMR 7032.

[1] Nous définissons l’enculturation comme « le processus par lequel l’individu acquiert, intériorise la culture du groupe auquel il appartient au cours de sa socialisation, son éducation. C’est le conditionnement culturel, le processus complexe par lequel l’individu est modelé – le plus souvent sans qu’il en ait conscience – par son environnement culturel : acquisition des techniques du corps, apprentissage de la langue, des comportements admis, des modes de vie en général, adaptation aux institutions établies, intériorisation des croyances, des visions du monde, etc.. » SIMON, P.-J. (2000). Enculturation. In Vocabulaire historique et critique des relations inter-ethniques. Paris : L’Harmattan.

[2] « Some of the medieval Christian animus for homosexuality was probably a product of culturally backward Europeans searching for reasons to feel superior to Muslim civilizations. Christian animus seems to have increased after failed Crusades. As a marker of the Muslim enemy, homosexuality became a part of antagonistic acculturation, and oftunderlined-by-Christians “moral superiority” to Muslims. » MURRAY S. O. (1997). The Will Not to Know. Islamic Accomodations of Male Homosexuality. In MURRAY S. O. ROSCOE, W. (dir.). Islamic homosexualities ; culture, history and literature. New York : New York University Press, p. 15.

[3] « Les liens entre colonialisme et homosexualité semblent souvent un travers des hommes européens profitants de la situation coloniale, qui bénéficient de leur statut d’étranger pour obtenir des faveurs sexuelles d’hommes autochtones ou d’européens infériorisés. Les homosexuels apparaissent ainsi complice de l’ordre impérial, et généralement les constatations contemporaines relatent les plus ou moins fortes idées impériales de la plupart des occidentaux. » ALDRICH, R. (2002). Anti-colonialism and homosexuality. In Colonialism and homosexuality. New York – Londres : Routeledge, p. 367 [traduction libre].

[4] « Gide became a promoter of homosexual tourism to generations of readers. Moreover, Gide’s life and work contributed mightily to the general phenomenon of eroticisation of North Africa. » ALDRICH, R. (2002). The French in North Africa. In Colonialism and homosexuality. New York – Londres : Routeledge, p. 338.

[5] « Augérias’s contradictions sum up the colonialist dilemma of attraction and repulsion to foreign places, a desire both to integrate and to dominate, the idealisation and simplification of different cultures. » ibid., p. 351.

[6] Ce qui va d’ailleurs nourrir l’homophobie métropolitaine : « Genet became involved in political affairs, taking part in protests against the Algerian war in 1955, a move that led to his being attacked in the press as a ‘professional pederast’. » ibid., p. 355. Et nourrir le racisme colonial : « ‘Be careful. You start by developing a taste for the fifteen-year old Muslim. Three months later you understand him. Then you accept his political grievances. And finally, you become a traitor to your race.’ » ibid., p. 357.

[7] Cela étant aussi le cas pour l’ensemble de l’Occident : « Morocco has also served as a mecca for the gay and bisexual literati vacationing in North Africa – many clustered around Tangier’s famous resident Paul Bowles – to say nothing of the nonliterati, those celebrities of ambiguous sexual persuasion ranging from Mick Jagger to Malcolm Forbes. [comme des artistes et intellecturels tels Tenessee Williams, William Burroughs, Allen Ginsberg, Roland Barthes]. » BOONE, J. (2001). Vacation Cruises ; or, The Homoerotics of Orientalism. In HAWLEY, J. C. (dir.). Postcolonial queer ; theoretical intersections. New York : South University of New York Press, p. 44.

[8] ALDRICH, R. (2002). The French in North Africa. In Colonialism and homosexuality. New York – Londres : Routeledge, p. 330 [traduction libre].

[9] ALDRICH, R. (2002). Artists and homoerotic ‘Oriantalism’. In Colonialism and homosexuality. New York – Londres : Routeledge, p. 154 [traduction libre].

[10] « Alors qu’ils subissent une première violence dans les quartiers où c’est quasiment impossible de dire qu’on est pédé, ils en subissent une autre dans la communauté gay où on les assigne au rôle de l’indigène baiseur, autrement dit laskar. Ce fantasme de virilité excessive, que j’appelle virilisme, colle bien avec l’image qu’on plaque sur les jeunes des quartiers qu’on imagine facilement violents et incultes. C’est déjà assez dur comme ça de faire son coming-out en banlieue, si en plus il n’y a qu’un seul modèle d’identification et qui est ultraviolent, c’est quasi impossible. A cause de l’homophobie dans les quartiers, et de ce colonialisme au sein de la communauté gay, les jeunes des quartiers sont exclus de la visibilité gay. » WELZER-LANG, D. (2005). La place du Beur dans le porno gay. Les Inrockuptibles, août, n°504, p.61.

[11] Stigmate : « dans son usage le plus fréquent, il s’agit du concept défini par E. Goffman, à savoir un « attribut qui jette un discrédit profond ». Le stigmate, en ce sens, est « une divergence négative » avec les attentes normatives propres à la routine des relations sociales. L’individu discrédité par un stigmate se voit refuser le respect, la considération et l’égalité des chances accordés à un individu « normal », c’est-à-dire correspondant aux exigences stéréotypées. Goffman distingue trois types de stigmates : les difformités corporelles (malformation, infirmité, handicap, etc.), les défauts du caractère, traits psychologiques ou comportements déviants (alcoolisme, homosexualité, criminalité, maladie mentale, etc.) et les attributs « tribaux » socialement transmis de génération en génération (race, nationalité, religion, classe sociale, etc.). » DE RUDDER, V. ( 2000). Stigmatisation. In SIMON, P.-J. (dir.). Vocabulaire historique et critique des relations inter-ethniques. Paris : L’Harmattan.

[12] « On identifie sociologiquement ou politiquement un processus d’« ethnicisation » des rapports sociaux lorsque l’imputation ou la revendication d’appartenance ethnique (celle-ci, généralement liée à ce qu’on appelle « origine », peut en fait être culturelle, nationale, religieuse ou « raciale », ces catégories s’avérant socialement et historiquement permutables et cumulables) deviennent – par exclusion ou par préférence – des référents déterminants (englobants et dominants, voire exclusifs) de l’action et dans l’interaction, par opposition aux situations dans lesquelles ces imputations et identifications ne constituent qu’un des référents parmi d’autres du rôle, du statut et, en dernière instance, de la position hiérarchique dans les classements sociaux. » (DE RUDDER, V. ( 2000). Ethnicisation. In SIMON, P.-J. (dir.). Vocabulaire historique et critique des relations inter-ethniques. Paris : L’Harmattan, p. 42).

[13] « L’hétérosexisme peut être défini comme un principe de vision et de division du monde social, qui articule la promotion exclusive de l’hétérosexualité à l’exclusion promue de l’homosexualité. Il repose sur l’illusion téléologique selon laquelle l’homme serait fait pour la femme, et surtout, la femme pour l’homme, intime conviction qui se voudrait le modèle nécessaire et l’horizon ultime de toute société humaine. » (TIN, L.-G. (2003). Hétérosexisme. In Dictionnaire de l’Homophobie. Paris : PUF, p. 208). L’hétérosexisme a pour conséquence de produire des normes et pratiques sociales et symboliques construites sur une hiérarchisation des sexes et des sexualités, selon un axe actif/passif, parallèle et superposé à l’axe viril/féminin. Ainsi le sexe masculin est supérieur au sexe féminin, conséquemment le genre masculin est supérieur au genre féminin, la sexualité masculine supérieure à la sexualité féminine, la pénétration supérieure à la réceptivité et la « normale » hétérosexualité (pensée comme une naturelle insertion de la biologique assertive) supérieure à l’anormale homosexualité (pensée comme une artificielle insertion de l’inverti assertif). L’hétérosexisme structure et en même temps justifie les idéologies, les pratiques et les comportements machistes, sexistes, misogynes et homophobes.

[14] La notion d’Itjihad réfère au devoir et au droit des musulmans à ré-interpréter le dogme coranique en fonction des réalités contemporaines des sociétés concernées. C’est sur cette base que les écoles juridiques sunnites se sont mise en place dans le passé, pour répondre à toutes les (nouvelles) situations de la vie quotidienne et à l’évolution socio-historique : le hanafisme, doctrine la plus libérale, le shafi’isme, le malikisme, plus austère que les deux précédentes, et le hanbalisme, la plus rigoriste. Force est de constater qu’aujourd’hui ce mouvement d’exégèse permanent s’est considérablement ralenti, voire rigidifier sur des positions réactionnaires dans certains cas, et notamment vis-à-vis de la (homo)sexualité.