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Le fait que la promotion à la santé en France soit en général liée à une pathologie ou à un comportement spécifique plutôt qu’à une approche plus globale en termes de santé, peut être à l’origine d’un effet pervers : l’apparition (ou renforcement) d’une corrélation entre le public cible et la pathologie visée. De même, centrer des campagnes de prévention sur des comportements ou actes à proscrire favorise la création d’une dichotomie entre de « bons » et de « mauvais » citoyens au sein même de leur groupe, ainsi répartis en fonction de leur réussite ou non à s’approprier efficacement des consignes de prévention.

Comment, alors, mettre en œuvre un programme de promotion à la santé visant spécifiquement les gays et les lesbiennes ?

Déjà, devons-nous promouvoir la santé auprès des personnes ayant une identité homosexuelle ou, d’une manière plus large, auprès de tout un chacun attiré(e) par des personnes de même sexe ? Serait-il question d’une promotion de la santé ayant une « vraie » vocation généraliste, mais au sein de laquelle des thèmes spécifiques relatifs à la santé sexuelle, y compris à des styles de sexualité « alternatifs » (minoritaires), trouveraient leur place légitime ? Quelles seraient les possibilités et les moyens de mettre en place un tel dispositif, surtout en vue de la question de la socialisation des « jeunes gays et lesbiennes », notamment de ceux (encore) « non-identitaires » ? Devons-nous parler de désirs, d’attirances, d’actes, de comportements, de styles de vie, de sentiments ou de sexualités ? Ou ne faire référence qu’à des identités ?

La question peut être tranchée (à défaut d’être résolue) si nous décidons justement de privilégier une approche d’éducation par les pairs, même si nous reconnaissons que cette démarche comporte également certaines limites. L’utilisation des différentes structures communautaires déjà existantes, à défaut de favoriser la création d’autres si cela se montre nécessaire, devrait également aller au-delà de la prévention spécifique du sida tout en insérant celle-ci dans une approche globale de santé sexuelle qui ferait partie d’une démarche générale de promotion à la santé.

Cette dialectique entre une vision assez ample – qui renvoie à une participation active dans la société globale (citoyenneté, participation politique…) ainsi qu’à une conception élargie de la santé – et une réflexion sur la façon dont ces généralités se déclinent d’une manière plus spécifique aux différentes minorités, ici en l’occurrence les gays et les lesbiennes, nous semble assez pertinente. Cela surtout en approchant la santé – et à fortiori les sexualités – d’un point de vue plus étendu que celui, somme toute assez restrictif, de la prévention et surtout d’une prévention qui n’a pour but que de pointer les comportements à éviter, donc à changer, dans une démarche négative qui peut être ressentie comme culpabilisante.

Rommel Mendès-Leite (Lyon)

Ce texte a été publié dans le programme de la conférence « VIH et santé gaie » organisée par Warning les 28 et 29 novembre 2005 à l’Hôtel de Ville de Paris

 

Vidéos conférence VIH et santé gaie

Ethnosociologue et enseignant au département de Psychologie Sociale de l’Université Lumière Lyon 2, Rommel Mendès-Leite est également membre du Groupe d’Études des Relations Asymétriques (GERA) et du Centre Louise Labé. Il est chercheur affilié à l’équipe Altérité, santé, sexualités du Laboratoire d’Anthropologie Sociale (Collège de France). Rommel Mendès-Leite travaille sur les sexualités masculines, et surtout l’homosexualité, depuis 1983. Il a développé de nombreux projets de recherche en France, au Brésil et en Afrique du Sud. Auteur de plusieurs ouvrages dont : « Bisexualité, le dernier tabou » (1996) ; « Le sens de l’altérité. Penser les homosexualités » (2000) et « Chroniques socio-anthropologiques au temps du sida. Trois essais sur les (homo) sexualités masculines » (en collaboration ; 2001). Son prochain livre, en collaboration avec Maks Banens, porte sur les « Paroles de séropos. Vivre avec le VIH/sida » (à paraître au premier semestre 2006 chez Calmann-Lévy).