Essai ANRS – Ipergay : deux poids, deux mesures ?

Nous l’avons dit et redit, à Paris comme à Montréal, l’essai Ipergay est inéthique du fait de la persistance de la présence d’un bras placebo dans l’étude [1]. Pas pour ses promoteurs, ni pour son Comité indépendant de surveillance (CIS), dont sa présidente, la Dr Costagliola, nous a personnellement adressé un courrier : Ipergay n’est pas inéthique puisque contrairement aux États-Unis, en France la prophylaxie pré-exposition (PrEP) en continu n’est pas disponible, ce qui est l’un des arguments lui permettant de justifier le bras placebo. Soit.

Sauf qu’au Québec, où une antenne d’Ipergay s’est implantée, la PrEP en continu est disponible hors indication dans plusieurs cliniques médicales, c’est à dire qu’il est possible pour une personne d’obtenir cet outil permettant de se protéger du risque d’infection au VIH. Le ministère de la santé québécois vient de confirmer son intérêt dans un récent avis officiel [2]. De ce fait, l’ANRS, le Comité scientifique d’Ipergay et son CIS n’appliquent pas les mêmes standards éthiques selon les territoires : si le bras placebo n’est pas inéthique en France car la PrEP en continu n’est pas disponible, le bras placebo d’Ipergay est alors inéthique au Québec puisque cette dernière est disponible. Pourquoi deux poids deux mesures ?

Nouvelles perspectives : usagers de drogue ?

Une étude thaïlandaise qui vient d’être publiée, renforce l’intérêt de la PrEP et sa nécessité de mise à disposition rapide auprès du public. En effet, cette dernière démontre que l’usage d’antirétroviral (Ténofovir) diminue le risque d’acquérir ou de transmettre le VIH par injection intraveineuse. Même s’il convient d’être prudent sur ces résultats provenant d’une seule étude dont les résultats ne font pas l’unanimité, le CDC américain vient de publier une recommandation de PrEP en continu pour les usagers de drogue par injection « à haut risque » comme il l’avait fait pour les hétéro- et homosexuels l’année dernière.

Alors même que le slam émerge dans les communautés gaies (voir rapport ci-joint), et parmi des hommes pas ou peu éduquées à la réduction des risques liés à la consommation de drogue, la PrEP pourrait être un outil de prévention pertinent pour ces populations, plus généralement pour les usagers de drogues par injection et pourquoi pas pour les consommateurs de drogues dont on sait qu’elles abaissent la vigilance préventive… La recherche sur la PrEP avance plus vite que sa mise à disposition en France.

L’offre de PrEP doit être diversifiée et s’adapter aux gens, pas le contraire !

La majorité des gais vivent des périodes de sexe sans latex [3], notamment les plus jeunes d’entre nous. Ils n’ont pas choisi d’appartenir à une communauté où le VIH est très présent et donc d’avoir considérablement plus de risques que leur homologues hétéros de rencontrer celui-ci. Il parait donc impérieux que les gais séronégatifs puissent si besoin bénéficier au plus vite de la PrEP en continu. Et c’est dans ce sens que Warning en a demandé comme Aides un accès via une recommandation temporaire d’utilisation (RTU) [4]. Nous espérons que l’engagement de la ministre de la santé en faveur de la PrEP sera suivi d’une accélération du traitement de ce dossier par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Le risque de PrEP sauvage, c’est-à-dire par l’acquisition sur internet, ou le détournement d’usage, est bien réel. Nos institutions doivent prendre rapidement leur responsabilité à cet égard, et offrir une prévention pleinement diversifiée.

 

[1L’essai ANRS-Ipergay doit être interrompu : La prévention française est en pleine confusion : http://www.thewarning.info/spip.php…

[2PrEP : le Québec dit oui à son tour ! : http://www.thewarning.info/spip.php…

[3Seulement 1 gai sur 6 utilise systématiquement le préservatif sur une longue période : http://www.thewarning.info/spip.php…

[4Pourquoi Warning soutient l’idée d’un accès à la PrEP via la RTU : http://www.thewarning.info/spip.php…

Documents joints

SLAM : premire enquete qualitative en (...)
SLAM : premire enquete qualitative en (…)