Bernard Hirschel, responsable de l’Unité VIH/sida aux Hôpitaux Universitaires de Genève, l’une des sommités mondiale sur le sujet, vient de briser un tabou en déclarant publiquement dans les médias qu’« en dessous d’une certaine concentration de virus, aucune contamination ne se produit » [1]. « L’effet préventif de la trithérapie vient du fait qu’elle provoque une baisse du taux de virus dans le sang (appelé virémie) et dans tous les tissus », explique le professeur Hirschel [2]. Cela faisait pas mal de temps qu’on en discutait, que certains médecins l’évoquaient dans leur cabinet mais aucun responsable de santé n’avait osé le dire publiquement. Cette nouvelle a plusieurs conséquences en terme de prévention. Les autorités sanitaires fédérales suisses n’ont pas encore validé cette annonce très importante. Pour son directeur, Roges Staub, directeur de l’Office fédéral de la santé publique, ceci est prématuré : « les stratégies de prévention sont complexes et la question doit être investiguée ». L’office doit publier de nouvelles recommandations en janvier prochain. En France, rien de tel n’avait jamais été dit publiquement. Il serait bon que le CNS planche sur le sujet et lève lui aussi ce secret de polichinelle.

« Des études menées dès 1999 ont montré qu’en dessous d’une certaine concentration de virus, aucune contamination ne se produit. » [3]

On savait l’utilité de la trithérapie pour prolonger durablement la vie des malades du sida. Le taux de mortalité a considérablement chuté dans les pays où ces traitements sont largement disponibles. La déclaration de Bernard Hirschel, elle, ouvre de nouvelles perspectives, cette fois-ci en prévention, mais aussi sur l’espoir d’éradication de l’épidémie. Voici quelques citations de Bernard Hirschel extraites de journaux suisses ayant couvert cette annonce. Nous y reviendrons plus attentivement dans de prochains articles.

« Des études menées dès 1999 ont montré qu’en dessous d’une certaine concentration de virus, aucune contamination ne se produit » . Le professeur Hirschel ajoute : « En dépit des milliers de nouvelles infections depuis 1996, nous n’avons recensé qu’un seul cas possible genevois, datant de 1997 de transmission à partir d’un patient suivant une trithérapie apparemment efficace. Mais nous n’avons pas pu vérifier si sa virémie [4] était indétectable ou non. [5] »
« Il n’existe pas de certitude absolue, ni de risque zéro. Ce qu’on peut dire c’est que jusqu’ici, on n’a pas constaté de contamination à partir d’un porteur du VIH sous traitement efficace. On ne peut pas exclure que l’étude de cohortes plus importantes ferait apparaître une exception ici ou là. Mais nous avons affaire à une nouvelle réalité, qui change les choses dans la pratique. [6] »

Préso ou trithérapie ?
« Ce sont deux moyens de protection efficaces qui ont chacun leurs avantages et leurs désavantages, explique le médecin. Les trithérapies ne protègent pas quand on se décide le soir même, mais elles ne peuvent pas lâcher au milieu. [7] » Sur la radio suisse romande, il ajoute que « c’est une nouvelle option de prévention, qui est importante dans certaines circonstances, par exemple chez les couples stables qui se connaissent bien, chez les personnes qui veulent des enfants, là évidemment c’est difficile d’utiliser des préservatifs et le risque de contaminer quand on essaye de concevoir pèse lourdement sur la vie de couple, et là, par exemple c’est un message qu’il faut donner aux gens » [8].

Bernard Hirschel évoque aussi le traitement post-exposition : « Après une prise de risque, on peut renoncer à un traitement préventif coûteux [9] et grevé d’effets secondaires si la personne avec laquelle a eu lieu le contact critique ne présente pas de charge virale. »

C’est mon choix
« Cela fait peur aux spécialistes de la prévention. Ils craignent de brouiller un message simple qui a fait ses preuves : “jamais sans protection”. Mais nous devons constater qu’il y a des personnes qui ne parviennent pas à appliquer absolument cette consigne. Cela peut donc être utile de nuancer, d’offrir des options additionnelles. Après tout, la contraception n’est pas moins efficace parce qu’on a le choix entre la pilule et le préservatif. [10] »

L’intérêt d’en parler ?
« Nous pouvons d’abord dire aux personnes sous traitement qu’elles ne sont pas un danger public. Psychologiquement, c’est extrêmement lourd de se sentir porteur d’une maladie grave qu’on peut transmettre à ceux qu’on aime. Cela provoque un isolement terrible. Si nous pouvons les rassurer, cela vaut la peine. Ensuite, le message préventif de base ne change pas : lors d’un contact sexuel occasionnel, il faut se protéger. C’est dans les relations plus durables qu’on peut varier les stratégies. Cela nous oblige à personnaliser les messages préventifs, ce qui correspond à l’évolution de la maladie, qui n’est plus chez nous une calamité absolue mais une affection difficile avec laquelle un grand nombre de gens ont appris à vivre » indique Bernard Hirschel qui ajoute : « un message préventif qui grossit tous les risques et ne correspond pas à la réalité perd en crédibilité et en efficacité. [11] »

Il y a de multiples questions qui se posent par rapport à ces déclarations. Toutefois il ne s’agit pas de remettre en question la pertinence des propos de M. Hirschel, bien au contraire et nous reviendrons prochainement sur les points qui pourraient soulever une certaine perplexité.


[3Le Temps.

[4ou Charge virale (mesure de la présence du VIH dans le sang à un moment donné).

[5La Tribune.

[6Le Temps.

[7La Tribune.

[9En France, le traitement est gratuit !

[10Le Temps.

[11Le Temps.

Commentaires

Logo de Sylvain Rouzières
mercredi 12 décembre 2007 à 21h49 – par  Sylvain Rouzières

En effet, c’est une déclaration importante qui soulève beaucoup d’espoir mais aussi beaucoup de questions et de débats.

 

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lundi 24 décembre 2007 à 17h49 – par  Laurent

Ah oui, merci de revenir sur ce sujet dans l’avenir proche si possible, c’est quand même intéressant et très important ! :)

 

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dimanche 30 décembre 2007 à 13h25 – par  Jérôme

Cette déclaration médicale donne de l’espoir, en particulier aux personnes séropositives sous trithérapie à charge virale indétectable. Reste à savoir comment la responsabilité individuelle de chacun va réagir à cette annonce.

En est-ce fini de la prévention ? La réduction des risques deviendrait-elle la seule stratégie capable de canaliser et d’anéantir à terme l’épidémie ? Un nouveau sérotriage va-t-il se mettre en place entre les « bons » séropos et les « mauvais » séropos ?

D’un côté, cette nouvelle information donne de l’air, d’un autre, elle soulève encore beaucoup de questions sur la façon dont le message va être perçu et comment il va pouvoir s’intégrer dans les discours politiques, médicaux, associatifs, médiatiques…

 

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mercredi 2 juillet 2008 à 23h50 – par  THL

bonsoir, sous tri trithérapie depuis fin 96 j ai vecu 12 ans une relation unique. Mon compagnon a fait avec toute la peur du monde son premier test en décembre 2005 résultat NEGATIF. Une amie a concue deux tres beauxx enfants avec un séropositif sous traitement les enfants et la maman sont négatifs voila je n ai plus rien a signaler mais vous pouvez me contacter. THL