Parce qu’à Warning nous sommes fier-e-s d’être LGBTI et que nous savons bien que les exclusions se combattent dès le plus jeune âge, nous nous joignons pleinement à l’exigence portée par la Marche des Fiertés 2008 : « pour une école sans AUCUNE discrimination ! » Mais comme une discrimination en cache souvent une autre, Warning tient aussi à clamer haut et fort sa fierté d’être séropositive !

Qu’on ne se méprenne pas ! La sérofierté n’est pas exclusive : on peut assurément être fier d’être séronégatif… Seulement, les personnes séronégatives ne subissent pas de violences sociales et symboliques en lien avec leur sérologie !

Etre séropo en 2008 reste une situation toujours difficile à vivre. La séroconversion, les effets secondaires des traitements, les discriminations sociales et professionnelles ont des impacts maintenant bien connus et bien décrits sur les droits, les santés [1] et le bien-être des personnes séropositives.

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Comme le « black is beautiful » ou le « pride to be gay », il est aujourd’hui temps d’énoncer un empowerment concret vis-à-vis de la séropositivité. Singulièrement parmi une population gaie où l’importante prévalence VIH+ [2] fait de ce virus une variable centrale dans les comportements socio-sexuels et y accroit l’impact de la séropophobie. Au regard des connaissances anthropologiques et de l’expérience politique acquises en matière de discriminations, il parait urgent de renforcer la lutte contre la séropophobie. Car comme le racisme, le sexisme ou l’homophobie, la séropophobie n’épargne personne.

Or, la prévention classique du VIH-sida en milieu gai n’a pris en compte que trop tardivement les aspects sociaux, économiques, interactionnels et psychiques en lien avec la séropositivité et la séropophobie. En examinant ces problématiques sous le seul angle du sérotriage et en tronquant le débat sur le bareback, les tradipréventionnistes ont installé une panique en instrumentalisant au profit de leurs conceptions répressives la question de la ségrégation sérologique au sein de la communauté. Dans ce même mouvement, cette agitation érige en responsables ceux qui ne rentrent pas dans le rang : les bons séropositifs d’un côté et de l’autre les mauvais, c’est-à-dire les séropréférents et/ou les séroadaptateurs. Ainsi, la ségrégation est double, d’abord dans la communauté, mais aussi parmi les séropositifs, rendant alors toute dynamique collective impossible. Qu’ils soient républicains ou se disant issus de la communauté, ces cassandres ont agit main dans la main et renvoyé les séropositifs dans un isolement individuel et équivoque ; ils ont enfermé les couples sérodifférents dans la discordance et la solitude psychologique.

L’arrivée au pouvoir d’une droite décomplexée n’arrangeant rien, on constate de plus en plus l’omniprésence médiatique de ces idées partiales et sensationnalistes. En effet, les interprétations psychiatrisantes sur l’évolution du mode de vie des gais (notamment la persistance des « prises de risques ») sont légion : en gros, les gais aimeraient plus que les autres prendre des risques dans leur sexualité, contraints à des pulsions irrépressibles et morbides tout en déniant la réalité du VIH-sida ! On glose aussi sur le fait que les séropositifs homosexuels ne se protègeraient pas non plus (mais bien entendu sans expliquer qu’en fait, pour diverses raisons, cela n’entraine pas d’augmentation des contaminations). Ces explications cliniciennes de folle honteuse ne sont malheureusement que trop reprises par nos médias nationaux et nos institutions officielles. S’appuyant sur des statistiques incertaines [3], ces « théories du déni » sont pourtant anthropologiquement non validée, socialement infantilisantes, politiquement réactionnaires et contre-productives en terme de prévention. Pire, cela conduit silencieusement à une re-pathologisation des homosexuels. L’homo va-t-il redevenir un malade ? Et le pédé séropo alors, un damné ?

En offrant un regard positif de la condition séropo, la sérofierté est d’abord une réponse progressiste et sans concession pour les gais : pour en finir avec leurs propres divisions.

La sérofierté est aussi une réplique pour toutes les minorités séropositives – et leurs proches serofriendly – qui n’acceptent plus les inégalités, les exclusions et les stigmatisations : hétérosexuel-le-s, bi-e-s, trans’, prostitué-e-s, prisonniers, africain-e-s, amoureux sérodifférents, transfusé-e-s, séropos de naissance, etc.

La sérofierté est un choix individuel, éclairé et consenti, établissant une force collective qui retourne le « stigmate » de la séropositivité en emblème de reconnaissance, de respect et d’égalité [4].

De ce fait, la sérofierté fournit le cadre rassurant, déculpabilisant et solidaire qui peut soutenir la délicate annonce d’une séroconversion et accompagner le vécu quotidien de la personne séropositive.

Car il est urgent de se réapproprier notre séropositivité et de riposter fermement à celles et ceux qui tentent de faire à nouveau de nous des bouc-émissaires. Séropos ou séronegs, nos droits, notre bien-être et nos santés ne s’en porteront que mieux !

 

[1« Santé » au pluriel, car en santé gaie il s’agit bien de santés physique/physiologique, mentale/émotionnelle/psychique et socio-économique.

[2Les gais ont 70 fois plus de risque d’être dépistés séropositifs que le reste de la population.

[3Selon les dernières données de l’InVS en date du 30 juin 2007, le nombre de contaminations par voie homosexuelle a baissé entre le 2ème semestre 2006 et le 1er semestre 2007 pour revenir au niveau du 2ème semestre 2003. Ces chiffres montrent que si le nombre de contamination n’augmente pas, c’est parce que les gais adoptent justement une attitude de prévention depuis longtemps. Rappelons que 70% des gais se protègent systématiquement ! Tous les discours alarmistes sur les contaminations par voie homosexuelle sont donc infondés voire idéologiques. On ferait mieux de s’inquiéter enfin de la situation préoccupante des départements français d’Amérique.

[4Stigmate : « dans son usage le plus fréquent, il s’agit du concept défini par E. Goffman, à savoir un « attribut qui jette un discrédit profond ». Le stigmate, en ce sens, est « une divergence négative » avec les attentes normatives propres à la routine des relations sociales. L’individu discrédité par un stigmate se voit refuser le respect, la considération et l’égalité des chances accordés à un individu « normal », c’est-à-dire correspondant aux exigences stéréotypées. Goffman distingue trois types de stigmates : les difformités corporelles (malformation, infirmité, handicap, etc.), les défauts du caractère, traits psychologiques ou comportements déviants (alcoolisme, homosexualité, criminalité, maladie mentale, etc.) et les attributs « tribaux » socialement transmis de génération en génération (race, nationalité, religion, classe sociale, etc.). » DE RUDDER, V. (2000). Stigmatisation. In SIMON, P.-J. (dir.). Vocabulaire historique et critique des relations inter-ethniques. Paris : L’Harmattan.