Je suis vraiment contre ces procès. Pourquoi suis-je contre ?

Depuis juin 2004 un séropositif est donc emprisonné. Quand on connaît le triste état des prisons françaises, il est facile d’imaginer les conditions de détentions d’un malade du sida : des prisons surpeuplées ; les tristes conditions d’hygiène des cellules, dont celles des cellules médicalisées ; les difficultés pour voir un médecin ; les difficultés pour prendre correctement ses traitements antirétroviraux ainsi que les autres médicaments prescrits en raison des effets secondaires des antirétroviraux. Rien en prison n’aide à l’observance des traitements. Rien en prison n’aide non plus à assumer sa séropositivité et à se protéger.

Dans ce climat sécuritaire aggravé par la LSI et la Loi Perben 2, l’emprisonnement est la seule réponse que la justice puisse apporter à la détresse de ces deux femmes contaminées par le même homme, dans le cadre de relations en couple.

Pourtant je comprends et soutiens ces deux femmes.

Je comprends également et soutiens la création à Marseille en 2003 de Femmes positives, association de femmes elles aussi contaminées par leur mari ou conjoint. Cinq de ces femmes ont elles aussi porté plainte contre leur ex-partenaire.

Je soutiens toutes ces femmes car nous, associations de lutte contre le sida, avons une part de responsabilité : toutes ces femmes en sont arrivées à porter plainte car elles n’ont trouvé aucun soutien de notre part. Elles n’ont jamais été écoutées et entendues alors qu’elles nous demandaient de l’aide. De l’aide pour pouvoir se reconstruire après avoir été contaminées. Ces femmes se sentaient trahies par l’homme qu’elles aimaient ou avaient aimé. Les seules réponses que nous leur ayons apportées ont été : « Responsabilité partagée des deux partenaires sexuels » et « Non à la criminalisation des personnes séropositives ».

Je soutiens toutes ces femmes car en tant que femme militante j’ai vraiment du mal à croire en cette responsabilité partagée dans un couple hétérosexuel :

Les enjeux de pouvoir de l’homme sur la femme sont bien toujours là en France en 2004. Dans un couple hétéro ce sont les femmes qui se font la plupart du temps contaminer. A l’inverse, la femme contamine peu son partenaire : si elle est séropositive elle va tout faire, par amour, pour le protéger.

En effet, dans un couple hétérosexuel, c’est la femme qui porte la responsabilité.

Au niveau contraceptif elle doit prendre traditionnellement la pilule pour ne pas tomber enceinte.

Au niveau de la prévention c’est encore la femme : si elle est séropo, elle va devoir imposer la capote à son mec pour le protéger. Si elle est séronégative et que son partenaire lui assure que lui aussi, elle va vraiment avoir du mal à parler et à imposer le préservatif puisque son partenaire demande toute sa confiance. Si son mec est séropo et qu’il lui « avoue », là effectivement c’est lui qui va la protéger ou la faire se protéger en utilisant un préservatif masculin. Mais c’est le seul cas où l’homme assume la responsabilité.

Je parle ici de préservatif masculin et non pas de préservatif féminin :
Il est déjà un peu compliqué pour les hétérosexuels, par rapport aux homosexuels, d’avoir toujours sur soi des préservatifs, pour la bonne raison qu’on ne les trouve gratuitement ni dans les bars (il n’y en a aucun !), ni dans les boîtes (et quand il y en a ils sont payants !).

Comment la réponse des associations, face à une allergie au latex, matériau utilisé pour 98% des préservatifs masculins, (en France on trouve une seule variété de capote en polyuréthane et une seule variété « en latex déprotéinisé » et tous deux à des prix dissuasifs) peut -elle être le préservatif féminin, fabriqué en polyuréthane, alors qu’ils sont toujours quasi inexistants en pharmacie hors Ile-de-France et de plus vendus à un prix prohibitif ? Certes on en trouve quelques uns dans les Plannings familiaux et dans les associations de lutte contre le sida mais ce n’est pas suffisant pour permettre aux femmes de se protéger.

Même si de plus en plus de femmes et de couples connaissent l’existence des préservatifs féminins, du fait de cette difficulté à s’en procurer, les couples l’essaient une fois (alors qu’il est prouvé qu’il faut au moins 3 essais à la femme pour qu’elle se l’approprie véritablement) et en général l’abandonnent.
Il n’y a pratiquement que les couples échangistes, grâce au travail de Couples Contre le Sida, qui se soient vraiment appropriés le préservatif féminin. Grâce à CCS ils ont pu non seulement avoir l’information mais aussi l’opportunité de le tester. Ils sont ainsi en passe de l’adopter comme outil de prévention mais aussi de plaisir. Le problème c’est que les couples hétérosexuels échangistes ne sont pas représentatifs des comportements sexuels de la majorité des couples hétérosexuels.

Quand j’entends les associations de lutte contre le sida dire qu’en couple on doit utiliser systématiquement le préservatif, ont-elles réfléchi à la finalité, toujours d’actualité, du couple hétérosexuel : se reproduire c’est à dire avoir des enfants. Là aussi l’utilisation du préservatif n’est pas si simple. C’est également occulter la question de la confiance au sein du couple qui reste l’un des objectifs principaux quelque soit le couple, hétérosexuel ou homosexuel. Continuer à imposer le préservatif après des années de vie commune est impossible.

A l’occasion du procès en appel programmé tout début janvier 2005, j’attends vraiment des associations qu’elles cessent de se réfugier derrière cette notion de responsabilité partagée et qu’elles entendent enfin ces femmes séropositives, contaminées et trahies. Il n’y a que Warning, pourtant uniquement constitué d’hommes homosexuels, qui à ce jour, se sente concerné par l’avenir de ces femmes. Ce n’est vraiment plus possible. J’attends enfin des associations qu’elles travaillent ensemble et de toute urgence sur la prévention, chez les gays mais aussi chez les hétérosexuels, en intégrant la parole des séronégatifs tout comme celle des séropositifs.

Commentaires

jeudi 24 avril 2008 à 18h18

Que revient à dire que la responsabilité est partagée entre les deux partenaires sexuels ?

Cela revient à dire que celui qui est séropositif à le droit d’oublier son état de santé si la personne qui est en face de lui n’insiste pas sur le port du préservatif.
Alors la séropositivité permet à l’homme de perdre sa conscience et toute notion d’humanité.

Cet argument de responsabilité partagée ne tient donc pas la route à partir du moment où la personne connaît son état de santé et les risques que cela comprend pour l’autre.
Celui qui est atteint du virus prend la responsabilité d’une part de ne rien dire à son partenaire, d’autre part de ne pas le protéger et même après coup (sans mauvais jeux de mots) de ne toujours pas lui révéler son état de santé ce qui permettrait à l’autre d’avoir accès à un traitement rétro virale.

La responsabilité de l’autre est d’avoir eu un comportement à risque ce qui peut peut être s’expliquer par une fragilité psychologique, une trop grande confiance en l’humanité, un amour aveugle, l’alcool ou tout simplement de l’inconscience…
Ce comportement à risque ne concerne qu’elle contrairement à celui qui est séropositif est qui choisit de mettre en danger la santé de l’autre.

Cette notion de responsabilité partagée ne peut donc s’appliquer qu’à partir du moment où les deux partenaires se pensent séronégatifs et que l’un des deux se trompent malheureusement.