Le Sigma Resarch, un groupe exemplaire de recherche en sciences sociales sur les questions VIH, basé à Londres, continue son exploration des différentes composantes des populations gays anglaises. Face à l’état dramatique de la recherche française, il est réconfortant de voir qu’à l’étranger la situation n’est pas similaire.

Après s’être intéressé aux difficultés d’intégration et aux vulnérabilités, dans la communauté gay, des migrants homos mais aussi aux autres groupes ethniques ou sociaux gays vivant à Londres, Sigam Research vient de publier des résultats inquiétants sur la situation des gays noirs vivant au Royaume-Uni.

Si l’on compare par rapport aux gays britanniques blancs, les hommes d’origine asiatique sont 3 fois moins atteints par l’infection VIH. Mais pour les gays noirs , ceux-ci sont deux fois plus souvent séropositifs. D’autre part, du point de vue des prises de risques (relation anale non protégée), les gays noirs prennent plus souvent des risques avec un partenaire séropositif ou dont le statut est inconnu. 

La vulnérabilité vis-à-vis du VIH du fait socio-culturel est une réalité qui est de plus en plus mise en avant par diverses études, aussi bien aux USA qu’au Royaume-Uni. Dans une récente news-letter, l’agence de protection de la santé du Royaume-Uni a indiqué qu’elle estimait que 17% des contaminations chez les gays avaient eu lieu à l’étrangerLe Parade Project a lui, signalé en 2002, après une étude réalisée sur les séropositifs de Londres d’origine africaine, qu’un sur 5 était exclusivement gay. En France, rien n’existe sur le sujet. C’est le flou total.

On a beau savoir qu’existe un racisme ambiant dans la société, que des gays vivent parfois dans des environnements familiaux et des cultures où l’homosexualité reste complètement tabou, que différentes conceptions de l’homosexualité coexistent (préjugés sur les « passifs »), que l’origine sociale peut constituer un handicap dans la vie… on a beau observer depuis quelques années une relative émancipation des gays africains, antillais et maghrébins à Paris qui se constate par le nombre important de soirées « ethniques », la santé publique se moque de savoir si ces personnes en voie d’intégration dans l’identité gay ont besoin ou pas d’une attention particulière concernant le VIH.


L’étude anglaise a été menée par l’équipe du docteur Hickson à partir des données recueillies par l’enquête Gay Men’s Sex Survey qui s’est déroulée en 2001 (17,205 répondants). Les résultats ont été recoupés avec le recensement national de la même année. L’appartenance ethnique a été demandée aux répondants. Ainsi plusieurs catégories ont été constituées, permettant alors de comparer la vulnérabilité par rapport au VIH : Britanniques Blancs, autres Blancs, Noirs/Noirs Britanniques (dont origine Caraïbes, Afrique, métis et autres), Asiatiques/Asiatiques britanniques/ (dont origine Inde, Pakistan, Bangladesh, métis et autres), autres (dont origine Chine, métis, tous les autres).

Sur la pratique du test de dépistage : 
55% des répondants avaient déjà fait un test. Après ajustement des résultats, on constate un écart entre les groupes ethniques :

  • autres Blancs : font 1,83 fois plus le test
  • Noirs : font 1,54 fois plus le test
  • Asiatiques : font 0,71 fois moins le test

Sur la prévalence VIH : 
10 % des répondants ayant déjà fait un test sont séropositifs. Après ajustement, on constate :

  • chez les Noirs, 11,6% sont séropositifs et qu’ils sont 2,26 fois plus à vivre avec le VIH que les gays britanniques blancs
  • chez les Asiatiques : 1,5 % sont séropositifs. Ils sont 0,32 fois moins à vivre avec le VIH.

Sur les comportements sexuels à risque vis-à-vis du VIH : 

avec partenaires dont le statut séropo était connu

Parmi les 94,6% qui n’étaient pas séropositifs et avaient eu une relation avec un partenaire de même sexe dans l’année précédente, 9,6% avaient eu un contact sexuel avec un partenaire qu’il savait HIV+. 
On constate alors les points suivants :

  • les autres Blancs, ainsi que les hommes vivant à Londres avec un niveau d’éducation élevé, ceux dans la trentaine et la quarantaine ont plus souvent des relations sexuelles avec une personnes qu’ils savent séropositives
  • les Asiatiques le font moins
  • les hommes noirs, bien qu’ils soient en faible nombre (< 2%) à avoir eu une relation anale non protégée avec un partenaire qu’ils savaient séropo, ont 2,76 fois plus souvent ce genre de pratique que les gays britanniques blancs.

avec partenaire de statut inconnu

La pratique sexuelle, de tout type, avec un partenaire de statut inconnu est courante ( concerne 77% d’hommes se disant non séropos dans l’année écoulée). 20% des répondants se déclarant non séropos avaient eu un rapport insertif non protégé. Les Noirs le font 1,46 fois plus que les Britanniques Blancs. Il n’y a pas de différence entre les groupes ethniques pour la pénétration réceptive non protégée (18% des répondants)

Pour les auteurs, ces résultats tendent à consolider l’hypothèse selon laquelle parmi les hommes ayant des rapports entre eux, l’incidence VIH est plus élevée chez les gays noirs et plus basse chez les gays asiatique. En outre, l’étude soutient l’idée que la prévalence est plus élevée pour les Noirs.

Les auteurs ajoutent que cette incidence élevée chez les gays noirs provient du fait que ces gays sont plus souvent exposés sexuellement au VIH, spécialement lors de la sodomie active. Selon eux, les programmes de promotion de la santé à destination des hommes gays ne s’adressent pas suffisamment aux gays noirs.

Il faut par ailleurs distinguer entre les gays africains et ceux des Caraïbes pour la prévention. « Il peut être particulièrement fructueux de s’adresser au savoirs et croyances qu’ont les gays noirs à propos du risque de contamination lors des pratiques insertives réalisées par un homme séronégatif.


The following table shows how proximity to the epidemic varied by ethnicity.

All men
% by ethnic group
Asian/Asian British(n=196)

Black/Black British(n=142)

Mixed(n=266)
White British(n=12071)

White other(n=1495)

All others(n=200)

Diagnosed HIV positive
4,1
14,1
8,6
6,0
8,4
5,5
Thinks he is HIV
2,0
3,5
4,5
3,0
3,3
2,5
Has positive partner
0,5
2,1
0,8
1,5
2,1
3,5
Knows someone positive
24,5
43,7
41,7
38,4
48,0
29,0
Does NOT know someone positive
68,9
36,6
44,4
51,1
38,3
59,5

(source : On the move Findings from the United Kingdom Gay Men’s Sex Survey 2003 )

 

Source

Hickson F et al. HIV, sexual risk, and ethnicity among men in England who have sex with men. Sex Transm Infect 80 ; 443-450, 2004.

Liens

Sigma Research

Outsider status : stigma and discrimination experienced by Gay men and African people with HIV (2004).

Ethnic minority gay men : redefining community, restoring identity (2004)

Migrant gay men : redefining community, restoring identity (2004).

Working class gay men : redefining community, restoring identity (2004).

<img108|left>On the move. The main report of Vital Statistics 2003 – the Gay Men’s Sex Survey. This 72 page report summarises all the major findings from our UK-wide survey of 14,551 men who have sex with men. It includes data on proximity to the HIV epidemic, sexual behaviour, unmet HIV prevention needs and access to condoms.