Le Pr Petignat est Médecin-chef du service de gynécologie des Hôpitaux Universitaires de Genève. Il a répondu aux questions de Warning concernant l’étude DEPiST qui évalue l’autoprélèvement HPV dans le dépistage du cancer du col de l’utérus. Cette étude est menée par les Hôpitaux Universitaires de Genève. Warning l’a également interrogé sur la vaccination contre le HPV pour les hommes, sujet important concernant la santé anale pour les gais, et la question du développement des autotests notamment dans le VIH. Interview.

Avez–vous rencontré des difficultés dans la mise en œuvre de l’étude, notamment avec le comité d’éthique ?

L’étude a été relativement bien acceptée. Nous nous adressons à une population mal dépistée, ce sont les 30% de femmes qui ne participent pas au dépistage, celles qui ne consultent pas de gynécologue. Nous savons que les femmes qui ne sont pas dépistées ont un risque de développer un cancer du col de l’utérus. C’est pourquoi l’étude a été très bien acceptée par les professionnels de la santé et le comité d’éthique. Je précise aussi que l’autoprélèvement peut être, aujourd’hui, très bien encadré, nous proposons un encadrement avant le test, pour la réalisation du test, et après pour le résultat.

Quels développements peut-on imaginer suite à l’étude DEPiST ?

Dans l’avenir, Je peux imaginer que le médecin de famille posera la question : « avez-vous déjà fait un test du HPV dans les dernières années ? » et en fonction de la réponse le proposer avec l’autoprélèvement. Cela pourrait même se faire sur place, au cabinet, par la personne elle-même, en évitant un examen pelvien. Il n’y a alors pas de gêne. D’ailleurs il a été montré que ce prélèvement est aussi fiable en autoprélèvement que s’il est réalisé par un professionnel de santé.

Je peux aussi imaginer que nous irons vers les populations précarisées, comme les populations migrantes, dans des unités mobiles : nous donnerions alors le test, les personnes le feraient à la maison et le rapporteraient pour le résultat.
Un volet de l’étude DEPiST explore pourquoi les femmes ne recourent pas au dépistage, par exemple : pourquoi elles ne veulent pas d’examen gynécologique, est-ce que c’est une question de coût, etc. ? Nous devons comprendre ces freins au dépistage pour innover et réussir à franchir ces barrières.

Concernant la vaccination HPV, pensez-vous que la vaccination puisse être étendue aux hommes qui ont du sexe entre hommes ou alors à toute la population ?

Je pense que nous arriverons à proposer la vaccination à toute la population. Nous savons que nous ne vaccinerons pas plus de 80% de la population. Par exemple, nous constatons qu’avec la vaccination HPV nous atteignons 70% de la population lorsque la campagne de vaccination s’est faite dans les écoles. Nous n’atteignons que des taux de 15 ou 20% lorsque la vaccination est proposée par les médecins de famille.

Si nous vaccinons les hommes, nous arriverons à une meilleure efficacité et aussi une protection meilleure pour les femmes contre le cancer du col de l’utérus. Inversement, la vaccination des femmes protège les hommes. En ce sens, dans certains pays nous observons une baisse de fréquentation des « consultations MST » par les hommes, grâce à la vaccination des femmes.
Il y a aussi d’autres groupes concernés, par exemple nous pouvons parler des personnes transplantées, ou immuno supprimées pour lesquelles le HPV est un gros problème car elles n’arrivent pas à s’en débarrasser. Ce qu’il faut savoir, c’est que l’infection à HPV est extrêmement courante. Presque tous les hommes et toutes les femmes l’ont eu au moins une fois dans leur vie, et après l’organisme s’en débarrasse. Sauf les personnes qui ont une immunité diminuée qui sont à risque de développer par la suite un cancer. Et puis il n’y a pas que le cancer du col, il y a aussi les cancers ORL, de la vulve, anal, du pénis. La vaccination pourra prévenir la majorité de ces cancers.

Votre étude est parallèle au développement de l’automédication et d’une plus grande autonomie des patients notamment dans son suivi ou le diagnostic, comment imaginez-vous l’avenir ?

Il y a aujourd’hui une meilleure disponibilité de l’information : flyers, internet, etc. Les patients que je rencontre ou leurs enfants, pour ceux qui sont plus âgés, ont déjà regardé sur internet. C’est un phénomène qui va s’amplifier. L’autre point, c’est qu’il y a des appareils faciles à utiliser et qui donnent des résultats fiables et compréhensibles par tous.

Je pense que la mentalité des médecins a aussi changé, nous partageons plus le diagnostic, le patient est un partenaire. Nous avions avant une médecine paternaliste, maintenant nous avons une médecine dans laquelle le patient participe au choix du traitement, au choix de l’investigation qui va être faite. En oncologie, dans ma pratique, je donne tous les résultats. Je trouve que c’est plus facile de dialoguer quand le patient comprend bien sa maladie. Selon moi, quand le patient participe, c’est la consultation idéale.

Je prendrais aussi l’exemple des patients, qui sont malades, et pour qui nous connaissons la maladie, par exemple un diabète ou de l’hypertension. L’autotest va permettre de suivre le patient. Le patient pourra faire ses mesures pour s’assurer qu’il a le bon traitement. Après il peut venir voir son médecin, avec ses résultats, et envisager de faire les ajustements possibles du traitement pour qu’il soit le plus efficace possible.

Un comité d’expert auprès de la FDA a donné un avis positif pour la mise sur le marché grand public d’un test rapide salivaire du VIH. Qu’en pensez-vous ?

Je pense que c’est une infection qu’il faut dépister, que toute la population ne participe pas au dépistage, et qu’il faut favoriser ce dépistage et toutes les possibilités innovantes pour atteindre les populations à risque qui n’y participent pas. J’insiste encore sur la nécessité d’un encadrement par des professionnels de la santé ou des personnes qui possèdent des connaissances suffisantes pour informer ces personnes : sur la signification du résultat et aider à la réalisation du test. Je pense qu’il faut un accompagnement de l’autotest, pas nécessairement pas des médecins, mais par des personnes qui connaissent bien la maladie, qui sont bien formés, qui savent bien orienter et qui savent bien communiquer.

À l’inverse, je ne pense pas que nous soyons prêts pour avoir des tests en pharmacie à faire soi-même et surtout avoir un résultat chez soi sans qu’il soit accompagné, avec un conseil avant sur ce que signifie ce test et après pour le résultat. Par exemple le test du HPV, c’est un test pour le cancer, alors imaginez un mauvais résultat. Il faut aussi que le test soit validé et de qualité car il y a des tests qui peuvent donner des faux positifs ou des faux négatifs. Ce qu’il faut voir avec le dépistage, c’est que nous nous adressons à une population en bonne santé et nous lui offrons de l’être encore plus. Mais si nous donnons un mauvais résultat ou si nous pratiquons mal le test, cela va avoir un impact important sur sa qualité de vie.

Propos recueillis par Nicolas Charpentier