Ainsi les médecins suisses avaient entièrement raison quand ils déclaraient en 2008 « qu’une personne séropositive ne souffrant d’aucune autre MST et suivant un traitement antirétroviral, avec une virémie entièrement supprimée depuis au moins 6 mois, ne transmet pas le VIH par voie sexuelle ». Cette annonce avait déclenché un tollé de protestations, de résistances, que ce soit du monde médical ou celui associatif (plus étonnant, mais véridique !). Puis progressivement presque tout le monde s’est rangé à cet avis, enfin… partiellement. De « ne transmet pas », on est passé à « il existe un risque résiduel » [1] ou encore « un risque infime, mais pas inexistant » [2], ou encore avec des formulations laissant suffisamment d’ambiguïté pour rendre l’avis inutilisable par les personnes concernées comme celle émise par le Conseil national du sida : « le traitement réduit considérablement le risque de transmission ». Histoire de ne pas trop fâcher ceux accrochés au dogme du préservatif. Le Conseil national du sida avait d’ailleurs ajouté dans son avis de 2009 tout un chapitre sur « le risque résiduel, un fait irréductible ».

Et pourtant deux études récentes viennent confirmer la justesse du protocole suisse.

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Publiée en 2010 dans le Lancet, l’étude menée par Donnel [3] et son équipe, a montré une réduction de la transmission de 92% chez les couples sérodifférents dont le partenaire séropositif est sous traitement. Mais en y regardant de plus près, ce que peu ont fait et encore moins en ont parlé publiquement, on s’aperçoit que le seul cas de transmission (qui a amené à ce chiffre de 92%) a eu lieu dans des conditions très particulières : le partenaire séronégatif a été infecté dans une période allant d’un mois avant la mise sous traitement de sa partenaire à 2 mois après. Il aurait donc pu être infecté avant la mise sous traitement de sa partenaire, ou bien avant que la réplication virale cesse chez celle-ci. Ce qui est clairement en dehors des critères suisses (avoir maintenu une charge virale indétectable depuis au moins 6 mois). Si on exclut ce cas, l’étude de Donnel montre donc 100% d’efficacité du traitement comme outil de prévention. Le préservatif n’a jamais pu faire aussi bien !

Idem pour l’étude HPTN 052 [4] dont les données complémentaires viennent de tomber lors de la conférence de l’IAS à Rome : un seul cas de transmission dans des conditions toujours en dehors des critères suisses : la transmission s’est effectuée à l’intérieur d’un intervalle de 3 mois après la mise sous traitement du partenaire. Ce qui ne permettait probablement pas au traitement d’agir sur la réplication virale et présence du virus dans les fluides.

Voilà donc deux études qui montrent que rien ne prouve qu’il existe un risque résiduel et par ailleurs que le traitement, empêche bel et bien la transmission du VIH au partenaire quand un minimum de conditions sont respectées. 
Espérons que la prochaine livraison du rapport Yéni ne chipote pas encore sur le sujet.

Photo : Grace Hebert

 

[1Avis du Conseil national du sida sur l’intérêt du traitement comme outil novateur de la lutte contre l’épidémie d’infections à VIH, http://www.cns.sante.fr/IMG/pdf/Avi…

[2Dossier sur l’AMP dans Transversal n°59. Un article qui multiplie encore, sans preuve scientifique, en 2011 les mises en garde envers la procréation naturelle !

[3Donnell D et coll. : Heterosexual HIV-1 transmission after initiation of antiretroviral therapy : a cohort analysis. Lancet 2010
http://www.natap.org/2010/HIV/hivse…

[4Cohen M. et coll. : Prevention of HIV-1 Infection with Early Antiretroviral Therapy, NEJM 2011, http://www.nejm.org/doi/full/10.105…

Commentaires

lundi 19 septembre 2011 à 23h41 – par  jcm

L’absolution donnée aux intervenants sida liée à l’irréductibilité supposée de la transmissibilité du VIh est un peu rapide. Comment imaginer la non responsabilité d’un médecin qui sait que les séropos ne mettent pas de capote en couple et ne les informe pas du tout ? On sait très bien que les procès sida sont TOUS sans exception dus au fait que les médecins traitant n’ont pas informé leurs patients de la très forte réduction du risque. Ces médecins ont fait un choix personnel qui ne résulte pas d’une désinformation ( ils savaient très bien l’ampleur de la réduction du risque liée aux traitements ) , mais ont pris la décision de sacrifier à la fois leurs patients et leurs partenaires à une politique dont la philosophie était « la fin justifie les moyens », reniant ainsi tous leurs devoirs envers les malades ….et foret heureusement pour la vraie morale, en pure perte !
Un avis tel que celui donné par le CNS soumis à des pressions « occultantes » comportait néanmoins toutes les indications qui conduisent à la pleine responsabilité des médecins traitants. Si l’interprétation des données suisses par le CNS prête à rire , n’importe quel médecin faisant abstraction des commentaires et se concentrant sur les informations pouvait très bien comprendre de quoi il en résultait quand aux conséquences de son silence!