Nous venons d’apprendre le décès de Denis Germain à l’âge de 48 ans. Pour ceux qui ne le connaissent pas, Denis, c’est l’un des fondateurs et pilier de Warning. C’est sa première folle bear, comme il se définissait lui-même à l’époque, et son graphiste en chef. Ancien d’Act Up dès sa fondation, il avait participé à la création de Warning pour renouveler la prévention du VIH et faire connaître la santé gaie en France. Dans le ron ron, le train train de la lutte contre le sida du milieu des années 2000, Warning foutait le bordel. Nous étions drôles et nous nous foutions de la gueule de la sidacratie ou encore de Têtu magazine avec qui on était vraiment pas d’accord sur le sida. Denis s’était fortement impliqué sur les aspects esthétiques: il était le directeur artistique de Warning et un élément essentiel de sa communication. Il avait créé notre premier logo, le biohazard et d’autres logos plutôt bien sentis, comme celui de 2005 quand Warning s’était engagé contre le projet de constitution européenne.

NONOn reconnaissait tout de suite sa « patte » dans un graphisme et un discours qui s’inspiraient directement de l’esprit « follitude » des années 70-80. Là où régnait le consensus dans le milieu « lutte contre le sida » autour de la culture du deuil il avait résolument introduit à Warning une culture de la fête, de la couleur, de la liberté, du plaisir. Denis aimait ajouter sa touche d’humour à nos textes ce qui en donnait l’aspect décapant et camp. Il participait aux nombreuses traductions d’entretiens faits par Warning d’activistes anglo-saxons. Il a été un des piliers de notre conférence en 2005 où il avait animé avec brio plusieurs sessions, rappelant à l’ordre avec sa baguette de fée les curés d’Act Up venus faire du chahut. Denis était aussi et surtout LE correcteur premier de Warning: il excellait dans l’orthotypographie et l’anglais n’avait pas de secret pour lui, compétence essentielle pour nous qui avions dès le départ beaucoup travaillé sur les textes et articles anglo-saxons.

photoDenis était très chaleureux, et bougon en même temps, c’était son côté bear, que l’on aimait. Au fil du temps, il s’était éloigné de la lutte contre le sida, tout en continuant discrètement à se tenir informé, et demeurait un ardent défenseur (« advocate » en anglais) des nouveaux outils de prévention comme les microbicides et la PrEP.

Très impliqué dans la musique. Ancien clubbeur, passionné des musiques actuelles les plus pointues, il participait à la conception d’interfaces graphiques de logiciels informatiques reproduisant les sons des plus fameux synthétiseurs des années 70. Il était un pilier de l’animation du forum Mac Music. Denis aimait Warning et l’a toujours soutenu car c’était un homme fidèle.  Mais il s’est aussi investi dans d’autres domaines politiques : opposé au vote électronique, il s’était engagé dans le Parti Pirate en France mais aussi en Suisse. Notre ami possédait les deux nationalités et les deux cultures. Denis a aussi soutenu de nombreuses luttes: contre les OGM; Notre Dame des Landes; contre le nucléaire suite à la catastrophe de Fukushima; soutien aux serres d’Auteuil contre le projet d’extension du stade Roland Garros. Cette dernière cause n’était pas étrangère à la passion qu’avait Denis pour les orchidées, jardin secret que peu dans la lutte contre le sida connaissait.

Nous sommes profondément émus par le départ de Denis. Dans cette difficile épreuve, nous adressons toute notre sympathie à la famille et aux proches.

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