Une nouvelle recherche est menée depuis un an à San Francisco autour de la parole des séropositifs récemment contaminés (moins de deux ans) et du récit qu’ils font de leur séroconversion. Car la compréhension individuelle des séropositifs sur la façon et la raison par lesquelles ils ont été infectés semblerait avoir un impact sur la manière dont ils choisissent de protéger ou pas leurs pratiques sexuelles, et sur la qualité de leur santé mentale.
Nous vous proposons ici quelques éléments de cette étude américaine.

La théorie sous-jacente part du principe que la vie d’une personne est structurée par le sens qu’elle impute à ses expériences et non par les expériences elles-mêmes. En faisant le récit de l’histoire de sa séroconversion, la personne séropositive entre dans un processus d’énonciation et de ré-énonciation qui produit une ré-écriture et donc une révision du sens qu’elle donne aux événements antérieurs de sa vie. Ainsi, la ré-interprétation de son histoire personnelle permet de développer des changements comportementaux positifs à l’aide d’une période de counseling qui peut aboutir par une réduction d’éventuels comportements à risque. Le but de cette recherche est d’arriver à mettre en lien le récit (l’histoire de la séroconversion) de la personne avec les pratiques de prévention post-contamination dont elle use, sachant qu’il y a souvent une influence prédominante du contexte (psychologique, social ou de lieu) dans lequel les relations sexuelles se produisent.

Au bout d’un an, il se dégage quelques résultats qui doivent être enrichis et affinés lors de la prochaine année. Les récits de séroconversion sont souvent précis, approfondis, et mettent en lumière les vulnérabilités spécifiques à chaque individu, qu’il s’agit de travailler ensuite en thérapie. Les thèmes évoqués le plus souvent sont, par ordre d’importance : alcool et drogues, perte significative (d’un amant, d’un travail), force de caractère ou pas et prédisposition ou pas à la débrouille, profond isolement, manque de communication avec le partenaire sexuel, alcool et drogue utilisés pour se démettre des émotions les plus difficiles à vivre.

Les raisons avancées pour expliquer la contamination sont, par ordre d’importance : utilisation de drogue, prise de risque délibérés, déménagement, supposition à propos du partenaire, perte/dépression, accident exceptionnel, mésinformation à propos du partenaire, excitation sexuelle, Internet, prostitution/travail du sexe, abus/traumatisme, manque sexuel, amour/romance, manque d’information à propos du VIH, naïveté.

On observe selon les individus de multiples réactions et tactiques post-séroconversion afin de ne pas – très majoritairement – transmettre le VIH ; elles changent au cours du temps et en fonction du contexte. Par ordre d’importance : célibat par peur de transmettre, période de sexe non-protégé juste après l’annonce du diagnostic puis célibat, utilisation de préservatifs, révélation/divulgation systématique du statut sérologique aux partenaires sexuels, célibat par désespérance, sélection stratégique de pratiques sexuelles spécifiques, réduction du nombre de partenaires sexuels, sélection des partenaires sexuels, réduction des usages de drogues/alcool, pas de stratégies du tout, tenter de se débarrasser des ses tourments, stabiliser sa vie.
D’une manière générale, tous évoquent leur intention réelle de ne pas contaminer d’autres personnes.

A partir des données récoltées, l’équipe a créé des groupes de parole sur les thèmes et stratégies évoqués.

Pour l’instant, le projet SNAP n’a pas pu encore faire de liens directs entre les récits de séroconversion et les stratégies post-contamination. Mais on peut relever quand même que le célibat serait choisi lorsque la séroconversion l’a été dans une situation improbable (comme du sexe oral non-protégé). Il semblerait d’ailleurs important voire essentiel de tenter de réduire l’anxiété des séropositifs vis-à-vis de la transmission accidentelle dont ils pourraient être la source. Aussi, les personnes infectées depuis le plus longtemps auraient semble-t-il de meilleures stratégies de prévention, plus efficaces et plus solides. Enfin, comprendre les récits de séroconversion améliorerait l’attention envers les enjeux de prévention qui concernent les séropositifs comme les séronégatifs.

À suivre…

 

Seroconversion Narratives for Aids Prevention