Les gays sont des expérimentateurs nés. Ils le sont dans la mode, le sexe, l’internet, ils le sont aussi dans la pharmacologie. Nous en avions déjà parlé dans un article précédent, mais devant l’ampleur du phénomène, il semble important d’y revenir. Dans un article du 19 décembre 2005, le Los Angeles Times fait un point sur l’usage de l’antirétroviral tenofovir comme outil de prévention du VIH, en clair, la prise d’un comprimé de tenofovir avant un rapport sexuel non protégé. Ce produit serait maintenant vendu sous le manteau dans certains clubs gays américains, aux côtés du Viagra et l’ecstasy . Il est même prescrit par certains médecins pour cet usage. Des études menées sur les macaques ont montré une protection, néanmoins relative, avec l’administration quotidienne de tenofovir [1].Deux études sont en cours visant à tester l’efficacité préventive de cette molécule chez 400 gays américains (avec prise de tenofovir quotidienne pendant les 2 ans que dure l’essai).

Son usage actuel inquiète les officiels de santé et les associations de lutte contre le sida. On s’en doutait. Le CDC a mené une étude démontrant que 7% des hommes séronégatifs participant aux gays pride de 4 villes américaines prenaient un antirétroviral en préventif. Et qu’un cinquième des personnes interrogées connaissaient quelqu’un qui l’avait fait. Le phénomène se répandrait rapidement, dixit certains officiels de santé américains.

La sexualité est un besoin humain fondamental. L’être humain cherche à optimiser le plaisir tout en limitant les méfaits pour la santé. Il est donc tout à fait normal qu’il développe continuellement de nouvelles cultures de prévention dont l’efficacité varie suivant les techniques utilisées. Certaines d’entre-elles sont connues sous le terme de réduction des risques (séroadaptation, retrait avant éjaculation et positionnement stratégique). Elles sont promues par quelques experts et associations mais souvent rejetées par le discours officiel de prévention qui reste la plupart du temps axé sur le tout-capote. Ce rejet laisse alors place libre à des expérimentations hasardeuses. La prévention chimique est une voie qui porte beaucoup d’espoir, mais pour l’instant rien n’est disponible.

Un médecin de San Francisco, interviewé par le LA Times montre malgré lui l’absurdité de la situation actuelle. Il a récemment déclaré avoir prescrit du tenofovir à deux hommes séronégatifs après qu’ils lui aient dit ne pas mettre de préservatifs. Pour ce médecin, l’efficacité de ce médicament n’est pas prouvée pour un tel usage et peut-être même, ses patients pourraient prendre encore plus de risques en l’utilisant. Mais il conclut pourtant que le tenofovir, c’est mieux que pas de protection du tout.

On le voit, derrière ce sujet, se situent plusieurs problèmes :

  • En ne proposant que le préservatif, le discours traditionnel de prévention génère automatiquement le développement de méthodes alternatives de protection.
  • Le refus d’accompagner ce phénomène fait que 7% pratiquent une technique sauvage de protection dont l’efficacité, même partielle, n’est aucunement prouvée.
  • Le discours tout capote génère du risque dont il ne veut voir ni les raisons ni les conséquences

D’après le LA Times, le tenofovir serait fourni par les amis soit vendu sur internet. On trouve aussi un kit comprenant ecstasy, viagra et tenofovir pour 100 $ dans certaines discos américaines. Le département de santé de San Francisco prépare une étude pour mieux connaître l’étendue du phénomène. Il paraît qu’à Paris certains s’y sont mis.

Complément : traduction intégrale de l’article du LA Times

 

[1Mais, cette protection disparaît après plusieurs semaines d’exposition au SHIV. Tous les macaques finissent par être infectés comme ceux du groupe témoin).