Une étude américaine vient de faire le point sur l’état de l’accès aux soins des populations gays, lesbiennes et bisexuelles. Bien entendu cette étude ne concerne que nos amis d’Outre-Atlantique, néanmoins certains éléments restent intéressants et sont probablement commun à notre pays.

L’accès aux soins est un composant important de la santé. Aux USA, il est un des 10 indicateurs de santé du programme Healthy People 2010 du département de santé américain. Il ne renvoie pas uniquement à la disponibilité géographique de services de qualité, mais aussi aux questions financières, sociales, culturelles et structurelles associées au soin. La recherche a clairement démontré que les groupes défavorisés, notamment les personnes de couleur ou celles à statut économique faible, avaient des difficultés à accéder aux soins. C’est pourquoi on peut aussi se poser la question pour les gays, bi et lesbiennes dans la mesure où cette population subit une discrimination du fait de son orientation sexuelle.

Malheureusement les recherches sur la santé LGB reste assez limitées du fait d’un manque de données basées sur des échantillons représentatifs larges. Ceci est dû notamment au fait que l’orientation sexuelle n’est pas un critère interrogé dans les enquêtes nationales de santé américaines. Par conséquent les enquêtes sur la santé LGB ont souvent été réalisées à un niveau local ou sur des échantillons faciles à analyser. L’intérêt de l’étude dont nous parlons aujourd’hui est qu’elle s’est faite à partir d’une enquête nationale de santé et via une astuce intéressante. Dans celle-ci il a été possible d’identifier qui vivait en couple et surtout qui vivait en couple avec une personne de même sexe. A contrario, il n’est donc pas possible d’étendre les résultats trouvés aux personnes célibataires.

Quatre indicateurs d’accès aux soins ont été mesurés. Certains sont plus spécifiquement américains.

  • Avoir une couverture santé ;
  • Avoir un établissement régulier de soins (non compris les Urgences) ;
  • Avoir vu un prestataire de santé dans les 12 derniers mois ;
  • Avoir eu des besoins de santé non résolus du fait d’un problème de coût.

Les résultats montrent des différences importantes entre les couples gays et ceux lesbiens, mais aussi avec les couples hétérosexuels. Les lesbiennes déclarent un moindre usage des services de santé (deux fois moins) et plus de barrières à l’accès aux soins que les femmes hétérosexuelles. Elles ont ainsi moins souvent une couverture santé et rencontrent plus de besoins de santé non résolus du fait du coût. Enfin elles voient moins souvent un prestataire de santé.

Chez les hommes gays, on constate aussi une moindre couverture de santé. Mais par contre, un plus grand usage des services de soins que les hommes hétérosexuels. (supérieur de 40%). Ils sont aussi trois fois plus nombreux à avoir vu un médecin dans les 12 derniers mois. D’un point de vue des besoins en santé non résolus du fait du coût, la situation est identique entre hommes gays et hétéros.

Pour les lesbiennes, ces résultats démontrent l’importance de l’orientation sexuelle dans les questions d’accès aux soins aux USA. Il existe des disparités importantes à ce sujet entre les couples de lesbiennes et les couples hétérosexuels. On peut supposer que la situation est semblable ou même plus aggravées pour les lesbiennes vivant seules.

Les auteurs de l’étude indiquent n’avoir pas de raison précises pour expliquer les résultats pour les gays. Ils supposent que l’épidémie de VIH a révolutionné les habitudes de santé des gays, les amenant à plus souvent consulter, à parler plus ouvertement de leur orientation sexuelle et à pratiquer plus une médecine préventive afin d’éviter les soucis pouvant être exacerbés par le VIH. Ce profond changement mérite d’être noté dans la mesure où habituellement les hommes, en général, sont connus pour consulter moins souvent que les femmes, un médecin. L’épidémie VIH a peut-être modifié la manière avec laquelle les gays interagissent avec leurs médecins. Parce que la population lesbienne est à moindre risque pour le VIH, ce changement ne se serait pas appliqué pour elles.

D’autres études montrent que les lesbiennes communiquent moins facilement leur orientation sexuelle que les gays à leurs médecins. Elles sont aussi plus intéressées à trouver un médecin friendly. Certaines études ont elles montré que les lesbiennes sont influencées par les discriminations qu’elles ont vécues avec les prestataires de santé. A ce sujet, l’étude menée par SOS homophobie va dans ce sens. Pour les gays, les études sont contradictoires, puisque d’un côté des gays déclarent des expériences de stigmatisation quand d’autres études montrent que leurs expériences des services de soins sont globalement positives. L’étude menée par Dialogai chez les gays de Genève indiquait une insatisfaction de ceux-ci face à leurs médecins.

En terme de recommandations, il est clair qu’il y a un besoin de développer des programmes afin d’améliorer l’accès aux soins des lesbiennes. Les prestataires de santé devraient être conscients des barrières auxquelles fait face cette population. Il est aussi nécessaire d’inciter les lesbiennes, via des programmes communautaires, à utiliser plus souvent les systèmes de soins.

Les médecins doivent donc avoir les compétences culturelles spécifiques pour mieux servir les gays, bi et lesbiennes. Dans certains cas, même les prestataires de santé qui avaient une attitude positive envers leurs clients LGBT montraient une faible connaissance des besoins de ces patients. Dans d’autres cas, les prestataires ne savaient pas trop comment discuter de ces besoins avec leurs patients sans les offenser. Cette situation doit être similaire en France puisque la formation sur les spécificités liées à l’orientation sexuelle, les programmes de sensibilisation sur le sujet, sont quasiment inexistants.

 

Source « Health Care Access Among Individuals Involved in Same-Sex Relationships », Julia R.Heck, Randall L. Sell et Sherri Sheinfeld Gorin, American Journal of Public Health, juin 2006.