L’essai iPrEx-Open Label Extension, dont les résultats ont été présentés en juillet 2014 à la conférence AIDS2014, a été mené pendant 72 semaines sur 1 604 hommes ou femmes trans dans différents pays (Pérou, Équateur, États-Unis, Brésil, Afrique du Sud et Thaïlande). Ces personnes, séronégatives, ont participé précédemment à l’étude iPrex originale ou à d’autres études sur la PreP aux États-Unis. Mais à la différence des essais précédents, iPrEx-OLE n’a pas de bras placebo.

Des 1604 personnes, 76% ont donc demandé la PrEP, ce qui est un pourcentage important et montre le grand intérêt en faveur de la pilule préventive. Ce qui a donné 2 bras : celui avec PrEP (1225 personnes) et celui sans (378). Ce deuxième groupe était suivi médicalement et permettait d’établir des comparaisons.

Une protection contre le VIH importante

Il y a eu 41 séroconversions durant l’essai dont 13 dans le groupe sans PrEP. Soit une incidence annuelle de 2,6% (ou 2,6 infections par 100 personnes/année) dans le bras sans PrEP et 1,8 infections par 100 personnes/année dans le bras PrEP.
Dans 33% des visites, les participants avaient une concentration équivalente à une prise de 4 à 7 pilules par semaine. Prendre 4 à 7 pilules donnait une protection de 100% (avec une courbe statistique – intervalle de confiance entre 87% et 100% – puisqu’on ne peut aller au delà de 100%.) Prendre 2 à 3 pilules par semaine donnait une protection de 90%.

Observance

En moyenne, dans les premières semaines de l’étude, 71% des 1225 personnes avaient une trace de Truvada dans leur plasma sanguin (83% des Américains, 63% des Péruviens). Le Truvada est un composé de deux molécules qui composent la PrEP. Les chercheurs ont aussi collecté des gouttes de sang sec sur papier buvard chez tous les participants à chaque visite de suivi. Cette méthode de détection du Truvada semble avoir plus de sensibilité que l’analyse du plasma sanguin. L’ensemble des gouttes de sang des participants qui ont séroconverti pendant l’étude a été analysé. Un échantillon aléatoire (1/3 des participants) des participants séronégatifs a été analysé pour établir des comparaisons.

Facteurs expliquant l’observance

Les participants plus âgés, plus éduqués, ayant plus de relations anales réceptives sans condom, plus de partenaires sexuels, un historique de syphilis ou d’herpes, des partenaires séropositifs, avaient plus de concentration de Truvada dans leur sang. Fait à noter : il n’y avait pas de lien entre l’observance et l’usage d’alcool, de cocaïne ou de méthamphétamine.

Pourquoi certains refusent la PrEP ?

Les raisons suivantes expliquaient ce refus :

  • 50% avaient peur des effets secondaires ;
  • 16% ne voulaient pas prendre une pilule par jour ;
  • 13% n’aimaient pas prendre de pilules ;
  • 14% préféraient d’autres méthodes de prévention ;
  • 7% avaient peur que les gens pensent qu’ils sont séropositifs ;
  • 3% avaient peur que les gens pensent qu’ils sont des hommes qui baisent avec des hommes.

Sexualité durant l’essai

Le nombre de partenaires sexuels, les relations anales réceptives sans condom, les relations anales insertives sans condom ont diminué dans le groupe PrEP durant l’étude :

  • Baisse significative de relations anales réceptives sans condom dans le bras PrEP (34% à 25%) et le bras sans PrEP (27% à 20%).
  • L’incidence de la syphilis était similaire dans les deux groupes. Les auteurs ont constaté la même tendance à l’égard des comportements à moindre risque quel que soit le bras, ce qui suggère que la participation à l’essai et l’accès aux services complets de prévention fournis celui-ci, ont été des facteurs forts de ces tendances comportementales. Rendre disponible la PrEP donne plusieurs avantages indirects : engagement des personnes à risque, dépistage et diagnostic d’infection VIH (y compris des infections aiguës), diagnostic et le traitement des ITS, et conseils à plus long terme. Les avantages directs incluent une réduction substantielle de l’incidence du VIH parmi les hommes et les femmes trans qui ont des rapports sexuels avec des hommes, avec notamment un haut niveau de protection parmi les utilisateurs actifs.

 

Source : Robert M Grant & all. « Uptake of pre-exposure prophylaxis, sexual practices, and HIV incidence in men and transgender women who have sex with men : a cohort study » The Lancet, juillet 2014.