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La dernière conférence CROI organisée à Boston a donné lieu à une présentation de résultats sur l’efficacité d’un traitement prophylactique à base de Tenofovir administré à des singes rhésus exposés au VIH par voie rectale. Les résultats sont pour l’instant décevants. Si le Tenefovir semble avoir un intérêt à l’avenir pour prévenir la contamination, cette molécule ne paraît pas convenir pour des expositions répétées au VIH. En cas d’expositions répétées, le Tenofovir ne fait que retarder la contamination.

En 1995, une étude avait démontré la protection contre la contamination sur des singes lors d’une exposition massive de SIV. Dans l’étude présentée cette fois-ci à la CROI, réalisée par le CDC, les singes sont exposés de manière répétée, durant plusieurs semaines au SHIV (enveloppe du VIH-1 et protéines internes du SIV) par voie rectale (environ 400 000 copies par ml). Trois singes ont reçu du Tenofovir quotidiennement, 4 autres une fois par semaine. L’administration était réalisée 2 heures avant l’exposition au SHIV. Enfin 4 singes ne recevaient pas de traitement préventif (groupe contrôle).

Après la première inoculation, deux singes du bras contrôle ont été infectés (puis 1 après 2 inoculations et 1 après 11 inoculations.)

Pour les singes ayant reçu oralement du Tenofovir, la contamination n’a pas été empêchée mais retardée. Dans le cas de l’administration quotidienne de Tenofovir, 2 singes ont été infectés après 6 inoculations, un après 9 et un après 14 inoculations.

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Ceci veut donc dire que le Ténofovir augmente le temps médian pour qu’une infection se fasse. Si dans le groupe de contrôle, il faut 1,5 semaine pour que les singes soient contaminés, il en faut 7 pour les singes avec administration hebdomadaire de teno et 7,5 pour l’administration quotidienne.

Dans ses commentaires, Bob Grant, de l’Université de Californie, qui présentait le point sur les études à base de Tenofovir, pense qu’il faut donc être d’un optimisme prudent face à l’intérêt du Tenofovir mais qu’il ne faut pas être désappointé. Pour lui, si le Tenofovir avait été un vaccin et en considérant chaque exposition rectale comme un événement séparé, on arrive à une protection de 70 %. La probabilité d’infection après chaque exposition étant de 50 %, le Tenofovir la réduit à 15 %.

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Selon Grand, l’étude sur les singes par exposition par voie rectale est un modèle plus proche de ce qui se passe chez l’homme, mais cela n’est pas encore comparable. D’où l’intérêt des essais sur les humains qu’il a bien entendu défendu sans toutefois vraiment revenir sur les gros problèmes d’éthiques liés à ces essais récemment mis en cause par Act Up-Paris.

Dans un essai précédent, réalisé par l’équipe du professeur Von Rompay, le tenogovir offrait 66 % de protection chez les macaques nouveaux nés à qui on avait administré une grosse quantité de SHIV pour simuler une transmission mère-enfant.

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Références :
Subbarao S. Chemoprophylaxis with oral Tenofovir dispropoxil fumarate delays but does not prevent infection in rhesus macaques given repeated rectal challenges of SHIV. Twelfth Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections, Boston, abstract 136LB, 2005.

Grant R. Pre-exposure prophylaxis. Twelfth Conference on Retroviruses and Opportunistic Infections, Boston, abstract 137, 2005.

Van Rompay K et al .Two low doses of Tenofovir protect newborn macaques against oral simian immunodeficiency virus infection. Journal of Infectious Diseases 184:429-438. 2001.

 

Présentation vidéo du point sur le Tenofovir à la CROI 2005