Au pays des road-movies roses et des kangourous, force est de constater que ça innove. L’Australie a souvent été leader en prévention du VIH, grâce à la qualité de sa réflexion sociologique sur la sexualité. C’est là qu’a été élaborée la prévention du VIH dans les couples (la sécurité négociée). Depuis 2013, le pays a mis en place plusieurs projets de démonstration de prophylaxie pré-exposition à base de Truvada (dénommé PrEP en France, et PPrE au Québec), suivant en cela les recommandations de l’OMS de juillet 2012. Il s’agit de l’utilisation d’une pilule prophylactique. Plus de 450 personnes prennent actuellement la prep. Et les Australiens veulent aller plus loin.

Plus de 450 personnes sous prep via des projets de démonstration dans les grandes villes

Un projet de démonstration, c’est quoi ? C’est fournir un accès à la prep à une population donnée et observer ce qui se passe. C’est donc passer d’un essai statistique d’efficacité à la vie réelle, et procurer ce nouvel outil de prévention aux personnes intéressées. Pour y faire quoi ? Par exemple, pour établir le moyen de distribution le plus approprié et plus généralement analyser les questions de faisabilité. Pour estimer les groupes de population les plus en besoin, observer les personnes qui prennent cette pilule anti-VIH, mesurer l’observance qui est un élément décisif dans l’efficacité de cet outil, et voir le niveau d’acceptabilité.

C’est donc bien différent d’un essai qui vise à mesurer l’efficacité, comme l’essai français Ipergay qui a l’inconvénient d’avoir un bras placébo, et donc n’est pas en lui-même un accès à la prep. Ici, c’est la vie réelle, en dehors des essais statistiques. Car désormais on le sait, grâce aux plusieurs essais dont celui américain iPrex, la prep, ça marche quand elle est prise régulièrement. Les projets de démonstration ont donc été l’étape suivante de ces dernières années (sauf, par exemple, et c’est un problème, en France, en Belgique et au Québec).

En Australie, il y a donc plusieurs de ces projets de mise en œuvre. Nous en avons dénombré au moins trois qui se déroulent dans les états du Queensland (capitale Brisbane), de Nouvelle Galles du Sud (capitale Melbourne) et de Victoria (capitale Sydney). Ils concernent plus de 450 personnes, gays ou hétérosexuels à haut risque d’infection VIH. Mais est-ce suffisant ?

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Besoin de recommandations nationales

A l’occasion de la prochaine conférence AIDS 2014 qui se déroule dans quelques jours à Melbourne, la Fédération australienne des organismes de lutte contre le sida (AFO) a pris position (pdf). Pour l’AFO, la pilule anti-VIH a l’intérêt de réduire le nombre de diagnostics positifs. Elle reconnaît l’efficacité de la prep, démontrée par plusieurs essais (ce qui n’est pas le cas de toutes les associations dans le Monde), et se plaint que 4 ans après les premiers résultats, il n’y ait toujours pas de règles fixées pour la prescription de la prep en Australie. Une série d’action est donc nécessaire : tout d’abord, il faut ces recommandations nationales pour les personnes à haut risque d’attraper le VIH. L’AFO rappelle que le CDC américain en a établi depuis 2011, et vient récemment de les compléter et les élargir dans leur destination. Par ailleurs le Truvada, cette fameuse pilule utilisée en prep, doit être approuvé pour cet usage en Australie, ce qui n’est pas encore le cas. Pour Rob Lake, directeur du l’AFO : « fondamentalement, la prévention du VIH, c’est d’utiliser les meilleurs outils pour le bon contexte » (StarObserver). On ne peut qu’être d’accord. L’AFO demande en conséquence que la prep soit accessible en dehors de ces études de démonstration. Par ailleurs, il faudra prévoir un accès pour les personnes incluses dans ces études lorsqu’elles seront terminées.

L’argent, le nerf de la guerre

On le sait le Truvada coûte cher. L’AFO rappelle qu’il faut évaluer le rapport cout-efficacité de cette stratégie de prévention au travers du programme national de financement des médicaments pour les résidents australiens. C’est à dire établir combien localement ça coûte et combien cela fait économiser (en termes de traitements et de coût annexes dus aux nouvelles infections VIH évitées). L’AFO rappelle tout de même qu’une récente étude étrangère a montré que la prep pourrait avoir un impact significatif sur les nouvelles contaminations et être par conséquent une stratégie qui vaut le coût en termes de santé publique. Par ailleurs, elle rappelle que la pilule anti-VIH n’est pas à prendre nécessairement tout le temps, toute l’année, mais plutôt en période de prise importante de risques par rapport au VIH. D’où des économies possibles.

Le plan national VIH du gouvernement australien est actuellement en cours d’élaboration. Les résultats des projets de démonstration devraient orienter favorablement l’élargissement de l’accès à la prep dans le pays. A suivre.

 

A propos des projets de démonstration, voir la page consacrée au sujet par l’OMS : 
http://www.who.int/hiv/pub/guidance…

Photo : fcl1971 (http://www.freeimages.com/photo/1444032)
Iconographie : Droneguard (http://www.deviantart.com/art/Emote…)