La mise en place d’une prophylaxie pré-exposition (PrEP) à base de Truvada [1] pour prévenir le risque d’infection à VIH chez les personnes séronégatives risque-t-elle d’augmenter le nombre de souches VIH résistantes à ce médicament et ainsi diminuer les options thérapeutiques pour les personnes séropositives qui elles aussi utilisent ce médicament ? C’est à cette question qu’a tenté de répondre une analyse fondée sur 3 modèles mathématiques réalisés à partir des études PrEP menées en Afrique Sub-saharienne. La conclusion est claire : la PrEP a un impact très limité sur le développement de souches VIH résistantes au Truvada. Explications.

Un virus VIH résistant apparait généralement chez une personne séropositive si son traitement anti-VIH n’est pas optimal. Ce virus peut être transmis à d’autres personnes qui ne pourront alors pas utiliser le même traitement. L’autre possibilité d’apparition d’une souche résistante concerne la PrEP. En effet, si une personne séronégative prend une PrEP avec une observance insuffisante, la PrEP pourrait ne pas la protéger. Si alors elle devient séropositive et que sa séroconversion n’est pas détectée suffisamment tôt, elle risque de développer une résistance au Truvada (puisque le Truvada n’est pas une thérapie optimale : il faut généralement une trithérapie pour bloquer la réplication du virus et empêcher l’apparition de résistance, le Truvada n’étant qu’une bithérapie). C’est pourquoi l’argument de la résistance est souvent objecté par les opposants à la PrEP. C’est cet argument qui est contredit par l’étude dont nous parlons ici.

Selon les auteurs, les modèles mathématiques prédisent tout d’abord que la mise en place de la PrEP conjointement aux traitements anti-VIH déjà présents pour les séropositifs donnera une quantité de résistances en circulation (prévalence) plus faible que celle qui serait générée uniquement par les trithérapies seules.

Avec ou sans PrEP, la résistance au Truvada augmentera sur les 20 prochaines années, mais la part générée par la PrEP sera très négligeable par rapport à celle générée par les traitements des séropositifs.

Vingt ans après l’introduction de la PrEP, les modèles montrent que la part de résistance due à la PrEP ne comptera que pour 4% de l’ensemble des résistances générées (50 à 63% dues au traitement antirétroviral, 40 à 50% due à la transmission de virus résistants).

Ainsi la PrEP, ce nouvel outil de prévention, ne compte pour pas grand chose dans le développement de résistance. Les auteurs concluent que les inquiétudes face aux résistances ne devraient pas être une raison pour limiter l’usage de la PrEP.

Warning souhaite un accès à la PrEP en France. Dans ce cadre, nous avons demandé que soit accordée une utilisation temporaire d’utilisation par l’agence du médicament [2]une demande récemment appuyée par la ministre de la santé Marisol Touraine. La présente étude renforce les arguments en faveur du bénéfice /risque favorable du Truvada en PrEP.

 

Source : Van de Vijver et all., Preexposure prophylaxis will have a limited impact on HIV-1 drug resistance in sub-Saharan Africa : a comparison of mathematical models, AIDS. 2013 Aug 12.

 

[1Le Truvada est une combinaison de deux produits actifs contre le VIH : le tenofovir et l’emtricitabine.