L’étude EXPLORE montre une fois de plus le grand dynamisme de la recherche américaine sur les facteurs comportementaux et culturels de la transmission du VIH chez les HSH [1].

Selon les conclusions des chercheurs de cette étude, la grande versatilité sexuelle des homos expliquerait le maintien à un haut niveau de l’incidence VIH dans cette population. Les enquêteurs ont découvert que près des deux tiers des HSH séronégatifs ayant des rapports sexuels anaux sans préservatif étaient sexuellement versatiles, adoptant les deux positions insertives et réceptives (actif/passif, top/bottom). Les hommes versatiles, plus susceptibles de contracter le VIH quand ils se feraient pénétrer sans préservatif seraient alors hautement susceptibles de le transmettre quand ils pénètrent d’autres hommes sans préservatif. Les résultats ont également montré que seulement 17 % des hommes étaient exclusivement insertifs, ce qui expliquerait pourquoi la circoncision aurait peu d’impact sur le cours de la pandémie VIH chez les HSH américains. Même s’il faut nuancer ces conclusions qui ne prennent pas en compte l’impact des primo-infections et du niveau de la charge virale dans la transmission, il nous a semblé intéressant de vous communiquer ces résultats qui donnent des indications sur les dynamiques épidémiologiques à l’œuvre en prévention du VIH et dans la réduction des risques sexuels.

L’étude EXPLORE montre une fois de plus le grand dynamisme de la recherche américaine sur les facteurs comportementaux et culturels de la transmission du VIH chez les HSH.
EXPLORE a examiné les données obtenues au travers de 2500 hommes séronégatifs qui ont eu des rapports sexuels sans préservatif entre 1999 et 2001 (suivis 3,25 années en moyenne). Tous les six mois, on leur demandait quel rôle ils avaient adopté au cours de leurs rapports sexuels sans préservatif : exclusivement insertif, exclusivement réceptif, ou les deux (versatile). Les enquêteurs ont effectué une série d’analyses pour voir s’il y avait des facteurs associés avec le rôle et la position lors de ces ébats sexuels. Les hommes avaient en moyenne 34 ans, les trois quarts étaient blancs et deux tiers avaient un diplôme d’études supérieures de 1er cycle. L’usage de drogues non injectables – y compris les poppers – était très répandu et rapporté par 65% des participants.

Dans l’ensemble, 63% des hommes ont déclaré qu’ils étaient versatiles. Ceux-là ont rapporté en moyenne 8 rapports sexuels sans préservatif à tous les 6 mois. Seulement 17% des hommes ont dit qu’ils étaient exclusivement insertifs. Ceux-là ont rapporté en moyenne 1 rapport sexuel sans préservatif tous les 6 mois. Les 10% d’hommes restants ont déclaré n’être qu’exclusivement réceptifs. Ceux-là ont aussi rapporté en moyenne 1 rapport sexuel sans préservatif tous les 6 mois.

L’analyse a porté sur 70% des rencontres semestrielles où au moins 1 rapport sexuel sans préservatif a été déclaré : 20% ont été classés comme exclusivement réceptifs, 31% comme exclusivement insertifs, et 49% comme versatiles. Lors de ces rencontres, des rapports sexuels sans préservatif ont été déclarés 9000 fois avec un partenaire séronégatif, 5924 fois avec un partenaire de statut inconnu, et 1980 fois avec un partenaire séropositif.

Le statut sérologique des partenaires parait donc influencer le positionnement sexuel. Avec des partenaires séropositifs, 54% des cas déclarés de rapports sexuels sans préservatif étaient exclusivement insertifs. Avec des partenaires séronégatifs, une proportion similaire de rapports sexuels sans préservatif étaient versatiles. Avec des partenaires de statut inconnu, le positionnement le plus répandu était exclusivement insertif (46%).

Les individus étaient 50% plus susceptibles de déclarer être exclusivement insertifs quand ils ne connaissaient pas le statut sérologique de leur partenaire. Les chances d’être exclusivement insertif augmentaient par un facteur de 2,5 lorsque le partenaire était connu pour être séropositif.

Être exclusivement réceptif versus être exclusivement insertif semble plus probable chez les hommes déclarant avoir utilisé du poppers. Les hommes âgés de 25 ans et moins représentaient le groupe d’âge le plus susceptible de déclarer être exclusivement réceptif. Cette exclusivité passive diminue avec l’âge : elle est clairement moins répandue parmi les plus de 35 ans. Ainsi, le fait que les hommes exclusivement réceptifs lors d’un rapport sexuel sans préservatif aient tendance à être plus jeunes pourrait contribuer à l’incidence croissante du VIH dans cette population.

De plus, la versatilité semble associée à la séropositivité des partenaires : les participants étaient 34% à se déclarer plus susceptibles d’être exclusivement insertif avec un homme dont le statut VIH n’était pas connu, et 3,5 fois plus avec un séronégatif qu’avec un séropositif.

Les hommes plus âgés ou noirs seraient beaucoup moins versatiles qu’exclusivement insertif. La versatilité serait aussi associée à des relations sexuelles avec un partenaire régulier et l’utilisation de plusieurs substances psychotropes comme les poppers, les amphétamines et les hallucinogènes.

 

Ces résultats font écho aux modélisations de l’épidémie chez les hommes gais présentées dans le cadre de la conférence internationale de Washington par The Lancet. Chris Breyer et ces collaborateurs ont alors estimé une réduction de l’incidence du VIH de l’ordre de 19 à 55% si la moitié des hommes étaient exclusivement insertifs et l’autre moitié exclusivement réceptifs.

Références :

Michael Carter. “Sexual role versatility among HIV-negative US MSM contributing to high level of HIV incidence.” Aidsmap, 11 septembre 2013.

Tieu HV et al. “Anal sex role segregation and versatility among men who have sex with men : Explore study.” J Acquir Immune Defic Syndr, online edition, doi : 10.1097/QAI.0b013e318299cede, 2013.

Breyer, Chris et coll. “Global epidemiology of HIV infection in men who have sex with men.” The Lancet, juillet 2012.

 

[1Hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. On utilise l’acronyme HARSAH au Québec