Le département de santé du Royaume-Uni vient d’approuver le rapport de l’association britannique sur le VIH (BHIVA, British HIV Association) et du Groupe consultatif d’experts sur le sida (EAGA, un organisme consultatif du Département de la santé au Royaume-Uni), qui viennent de rendre leurs analyses, recommandations et questions pratiques pour aider les cliniciens et les professionnels de santé à intégrer le TasP (Traitement comme Prévention), et leurs patients à prendre une décision éclairée sur l’intérêt des traitements antirétroviraux (ARV) en fonction des besoins de chacun.

5 ans après, le Département de santé du Royaume-Uni valide donc les déclarations suisses indiquant que les personnes vivant avec le VIH qui ont une charge virale indétectable depuis au moins 6 mois et pas d’IST ne transmettent plus le VIH par voie sexuelle. Le document indique que le risque de transmission dans ces conditions est « extrêmement faible », « proche de zéro » et confirme que la suppression virale réduit le risque de transmission de manière plus efficace que l’utilisation systématique du préservatif.

Il précise que si « les données publiées concernent en grande partie des couples hétérosexuels » et qu’elles seraient « insuffisantes » pour conclure que le traitement ARV fournit « des niveaux de protection similaires par rapport aux autres pratiques sexuelles, y compris les relations sexuelles anales non protégées entre hommes ou entre hommes et femmes, il est d’avis des experts qu’un risque extrêmement faible de transmission soit de mise également pour ces pratiques, à condition que les mêmes conditions indiquées ci-dessus soient remplies. »

Ainsi, « avec le niveau de preuve disponible, il est recommandé que les professionnels de la santé discutent avec toutes les personnes vivant avec le VIH de l’impact du traitement ARV sur le risque de transmission du virus à leurs partenaires sexuels. Pour ceux qui ne prennent pas encore de traitement ARV et qui seraient désireux de réduire le risque de transmission, la possibilité de le démarrer à cet effet doit être discutée. Une telle discussion doit garantir l’absence de coercition et la pleine information de la personne séropositive sur la nécessité de s’engager à long terme dans une bonne observance des traitements, un dépistage fréquent des IST et une mesure régulière de la charge virale, tout en étant conscient des effets indésirables potentiels du traitement. »

Il devient urgent que les autorités de santé et de prévention françaises, belges et canadiennes fassent de même et promeuvent clairement le TasP comme il se doit, en tant qu’une des offres possibles de la prévention diversifiée. Cette promotion doit se faire via des campagnes généralistes, mais aussi ciblées à l’endroit des communautés particulièrement séroconcernées, formation des médecins de ville et incitations à entériner cette position pour toutes les associations subventionnées, communication systématique à l’encontre des personnes séropositives et des couples sérodifférents ; et cela dans le cadre strict du consentement éclairé et des besoins (thérapeutiques, psychologiques, sexuels et sociaux) de la ou des personne(s) concernée(s).

Car le TasP n’est pas juste un moyen hautement efficace pour contrôler le VIH et sa transmission sexuelle. Il est essentiel pour lutter contre la diabolisation des séropos, la sérophobie et la criminalisation de la transmission du VIH, qui tous les trois jouent contre le dépistage, la possibilité de pouvoir dire sa séropositivité, la négociation et la mise en place de pratiques sexuelles sécuritaires. Promouvoir le TasP, c’est d’abord permettre aux personnes séropositives de prendre soin d’elles-mêmes et des autres et aussi briser la chaîne des contaminations. Mais c’est également s’attaquer aux tabous et aux discriminations qui font le jeu de la séro-ignorance et de ses primo-infections inconnues, largement responsables des nouvelles contaminations.

 

BHIVA and EAGA position statement on the use of antiretroviral therapy to reduce HIV transmission : January 2013