Non, décidément, cette « Alerte au crystal » en France publiée dans le Têtu de décembre n’est pas crédible. C’est d’ailleurs pourquoi WARNING n’a pas publié de texte pour l’instant sur ce risque. Si dans l’article, Didier Jayle, qui dirige la Mildt, n’a rien à dire, c’est peut-être tout simplement parce qu’il n’y a pas de réel problème de crystal en France, en tout cas rien de nouveau (sous le soleil).

Déjà en septembre dernier, le magazine Max avait lui aussi annoncé que le crystal débarquait en France (source). Max en fait d’ailleurs un marronnier puisqu’il avait déjà publié un article en octobre 2001 : « 45 000 pilules de Ya Ba ont été saisies en Suisse » (source). Le Ya Ba est l’un des autres noms du chlorhydrate de métamphétamine. Voilà pour l’historique journalistique dans notre beau pays. Il semblerait donc que le fléau est prêt à fondre sur nos villes et nos villages, pardon, nos clubs et nos backrooms. Nous en tremblons d’avance : la drogue qui fait tomber les capotes arrive !

Et pourtant, il n’est pas nécessaire d’avoir une boule de cristal pour savoir ce qui se passe réellement. Il suffit d’aller se renseigner auprès de ceux qui travaillent sur le sujet, sur le terrain, ce que nous avons fait. Le terme de cristal ou crystal est utilisé en France pour désigner indifféremment des produits en poudre qui ont une apparence plus ou moins cristalline. Il a suffit de demander à l’équipe TREND-SINTES pour le savoir. Ce que l’on désigne par crystal correspond donc chez nous en fait à une présentation en poudre de la MDMA, ou, dans une moindre mesure, d’amphétamine ou de cocaïne. Ce sont des produits largement utilisés dans le milieu festif en France, rien de nouveau sous le soleil (exactement) pour la brigade des stupéfiants. Alors ? Qu’aurait donc bien pris ce jeune homme interviewé dans Têtu ? Il aurait fallu vérifier, parce que les effets de l’ecstasy comme, entre autres, celui désinhibiteur, n’ont rien de mystérieux. Il en est consommé depuis… au moins… oh… à vue de nez… 16 ans à Paris (et nous ne parlons pas du reste). Quiconque -malheureusement- s’intéresse au milieu du clubbing devrait le savoir. Mais apparemment c’est un oubli peut-être dû à un départ peu médiatisé de Warning. Peut-être faisons-nous encore preuve d’égocentrisme…

Par contre, l’apparition à Londres de cette IST, la shigellose, que relate Têtu est, elle, réelle. Nous l’avions signalée, tel « un phare dans la nuit » dès le 4 novembre. Notre site serait-il consulté par des journalistes de Têtu ? Peut-être même, un jour, Têtu ira jusqu’à évoquer notre existence à défaut de nous citer. Notre égocentrisme toujours…

Le dernier Têtu+ est donc sorti. Warning n’y est toujours pas mentionné. Il est vrai que notre groupe n’a été créé officiellement qu’il y a 6 mois même s’il fonctionnait déjà en décembre 2003. Plus drôle, dans l’agenda du dernier numéro, un dossier sur les priorités pour les gays sur le sida : l’ambiance est à la démobilisation. Tiens ! Têtu+ aurait des trous de mémoire ciblés ? 
2004 n’est-elle pourtant pas l’année d’un clash énorme au sein d’Act Up et la création d’une nouvelle association ? Ne parlons pas de « The Gift », ça deviendrait pathétique. Vous devinez ? Ou faudra-t-il faire un dessin ?