On le sait par plusieurs études, les populations LGBT ont un risque accru de problèmes de santé mentale. Par contre à l’exception des questions VIH, la santé physique est un domaine qui a été peu étudié. On peut noter par exemple l’étude menée par Jen Wang et l’association Dialogai dont la publication scientifique ne devrait pas tarder. Jen était venu à notre conférence santé gaie et son intervention est consultable en vidéo sur notre site (ici. L’étude, ici présentée, de Theo Sandfort est l’une des première à établir un lien entre orientation sexuelle et santé physique à partir d’un échantillon de population nationale.

Pour la santé mentale, les travaux existent par exemple sur le suicide, la dépression, l’anxiété mais aussi l’abus de substances, les désordres alimentaires ou encore crises d’angoisse [ L’étude de Dialogai montre par exemple que les gais déclarent plus souvent que la population générale des états dépressifs ou un niveau d’anxiété élevé. ndc]. On peut expliquer les disparités en santé mentale chez les gays et lesbienne du fait d’un stress résultat de l’état de minorité. De même ceux-ci peuvent être plus à risque pour la santé physique pour diverses raisons. Par exemple du fait de l’impact du mental sur le physique, comme dans le cas de la dépression. Des études menées sur d’autre groupes minoritaires ont démontré que des problèmes physiques pouvaient résulter d’une discrimination. Chez les gays et lesbiennes, cela résulte le plus souvent du fait des traumatismes au niveau social et une prise en charge médicale insuffisante. En santé physique, les différences peuvent provenir des modes de vie. Par exemple, l’alcool serait plus encouragé chez les gays que chez les hétéros. Le fait que les lesbiennes aient moins souvent des enfants pourrait entraîner un risque accru du cancer du sein.

Peu de recherches ont donc été faites en santé physique en lien avec la préférence sexuelle, à l’exception de celles sur les IST et le VIH. IL y a pourtant des liens démontrés entre le cancer anal et la pratique de la sodomie. Les lesbiennes semblent déclarer plus souvent des problèmes cardiaques que les femmes hétérosexuelles. Une étude a prouvé que les lesbiennes avaient plus de risque de cancer du sein bien qu’une autre n’ait rien trouvé de tel. Le tabagisme est plus fréquent chez les gays et lesbiennes, ceci dans plusieurs pays [ce qui était indiqué pour les lesbiennes, mais pas chez les gays dans l’étude menée par le Kiosque info sida avec toutefois un échantillon restreint de gays et lesbiennes fréquentant le milieu festif. ndc]. On trouve les mêmes différences pour l’usage d’alcool [l’enquête Kiosque ne montrait pas de différence ni en fréquence ni en quantité. L’enquête suisse de Dialogai montrent plus de gays indiquant une consommation élevée (11% contre 3%) et une tabagie plus importante]. Certaines études suggèrent un usage important de drogues. Enfin, il existe des éléments qui indiquent une obésité plus fréquente chez les lesbiennes et moins habituelle chez les gays.

L’étude ici présentée a été faite à partir d’un échantillon important de la population néerlandaise déclarent les auteurs, sans toutefois indiquer la taille.

Les résultats

Plusieurs différences ont été trouvées en terme de santé physique en lien avec la préférence sexuelle.

  • D’une manière générale, les problèmes physiques ou mentaux indiqués par les participants sont systématiquement plus élevés chez les gays et lesbiennes, et à un moindre niveau chez les bisexuels ;
  • Les gays et lesbiennes déclarent plus de symptômes psychiques aigus que les hétéros ;
  • Leur état mental général est aussi moins bon ;
  • Ils et elles déclarent plus de symptômes physiques aigus et des états chroniques que les hétéros ;
  • Les différences en santé physique peuvent en partie s’expliquer par une prévalence plus élevée de problèmes de santé mentale chez les gays et lesbiennes.

Les comportements de santé

Les différences sont ici moins systématiques.

  • En effet, il n’y a rien de particulier pour l’usage du tabac ;
  • Les gays et lesbiennes ont moins tendance à consommer de l’alcool mais chez en consomment, la quantité est plus importante que chez les hétéros ;
  • En moyenne, les gays commencent plus tard à consommer de l’alcool que les hommes hétéros ;
  • Il n’y a pas de différences au sujet des drogues ;
  • L’obésité n’est pas liée à la préférence sexuelle.

Limitations de l’étude

L’interprétation de ces résultats reste toutefois limitée par différents facteurs. L’échantillon des LGB de cette étude est relativement petit. Ceci limite la possibilité de détecter des différences dans les groupes de population et notamment les effets d’interaction avec l’orientation sexuelle et le genre. Il y a aussi une limite concernant la façon d’évaluer la préférence sexuelle. Que veut dire de se déclarer bi ou homo dans la vie des personnes ? Est-ce-qu’indiquer une préférence implique automatiquement une pratique ? Des études devraient être menées pour comprendre les interactions entre attirance, comportement et auto-identification. Enfin, tous les résultats ont été faits sur la base d’une auto-déclaration et il faut savoir qu’il existe des différences individuelles dans la manière de jauger sa propre santé.

Pourtant, ces limitations sont contrebalancées par des éléments forts de cette étude

  • L’échantillon est représentatif de la population néerlandaise ;
  • Le nombre total de gays et lesbiennes de cette étude est suffisamment élevé pour pouvoir traiter cet échantillon en groupe séparé dans les analyses ;
  • Non seulement la santé physique a été étudiée, mais la santé mentale aussi et les comportements en lien avec les questions de santé (tabac, alcool…) ;
  • Comparée à d’autres études, celle-ci a trouvé une proportion relativement importante de bisexuels (une des conséquences de la manière avec laquelle la déclaration sur l’orientation sexuelle s’est faite, privilégiant l’attirance plutôt que le comportement) ;
  • Les personnes qui du fait de leur comportement sont généralement classées comme gay ou lesbienne n’ont pas nécessairement une attirance exclusive ou prédominante.

Les différences socio-démographiques entre les groupes gays/lesbiens et hétéros, telles un niveau d’éducation plus élevé et un nombre moins important de personnes en couple sont celles que l’on retrouve dans les autres études. Les différence en terme de santé ne semblent pas être la conséquence d’une différence de prévalence VIH dans les groupes. Dans l’échantillon total, seuls 2 gays et une femme hétéro déclaraient être séropositifs. Ces chiffres sont en accord avec ce qui était attendu du fait de la prévalence.

En conclusion, l’étude démontre le lien entre préférence sexuelle et santé mentale mais suggère aussi que l’orientation gay, lesbienne ou bi est un facteur de risque d’une mauvaise santé physique. Il y a plus de risque pour les gays et lesbiennes que pour les bisexuels. Au contraire d’autres études, il n’y a pas de différence manifeste dans les comportements de santé (tabac, alcool, drogues) sur la base d’une préférence sexuelle. Contrairement à ce qui avait été indiqué par les études américaines, il n’y a pas de spécificité en terme d’obésité. Il est tout à fait possible qu’en poussant plus loin, avec des questions plus spécifiques liées par exemple à l’image de son propre corps ou les désordres alimentaires, des écarts seraient apparus. L’absence de différence dans les comportements de santé peut provenir d’un climat social plus favorable aux Pays-Bas vis-à-vis de l’homosexualité ou par des normes sociales différents sur le tabac, l’alcool et les produits dans la communauté homo néerlandaise comparée à celles des Etats-Unis.

 

Source : Sexual Orientation and Mental and Physical Healt Status : Findings from a Dutch Population Survey, Sandfort, Bakker, Schellevis, Vanwesenbeeck, in American Journal of Public Health, June 2006, Vol 96, N° 6.