Ce texte sur les vidéos bareback est une traduction d’un article paru dans le journal gay américain NewYorkBlade. Son opinion et les arguments développés ne sont pas nécessairement ceux de Warning. Les videos nocapotes sont de plus en plus présentes à la vente, aux USA mais aussi en France. L’article ci-dessous débat sur ce sujet, la présence potentielle de ces vidéos dans les sex-club et l’implication sur les comportements et la prévention. L’approche reste tout de même très partielle puisque jamais n’est abordée la question des relations non protégées entre personnes séropositives, point central du discours de beaucoup de barebackeurs.

L’apologie du Bareback attise les courroux des activistes

par MIKE LAVERS, NewYorkBlade.com (11 mars)

 

Un mois après que les autorités sanitaires de la ville de New York aient annoncé qu’un dépistage sérologique révélait l’infection d’un homme par une souche virale extrêmement agressive et résistante aux médicaments administrés, l’unique bar cuir de la ville organisa une soirée qui, parait-il, inciterait aux rapports “bareback” (ici définit dans l’article par pénétration sans préservatif).

JPEG - 6.2 koLe vendredi 4 mars dernier, plusieurs représentants de Treasure Island Media, une société de production de films porno à San Francisco – comptant à son effectif plusieurs dizaines de films du genre bareback- sont venus présenter leur dernière production à l’Eagle.

Les scènes du film sont tournées dans la région de Fire Island sur les côtes de New York. Dans ce cadre pittoresque au milieu des pins, Dawson, un acteur du label, a des rapports non protégés avec plus d’une dizaine d’hommes.

Ce genre de films n’attisent pas seulement la libido des consommateurs gay, aimant voir des hommes faisant le sexe sans préservatifs, mais aussi une bourrasque de controverses parmi les homos, dont certains qui arguent au nom de la liberté d’expression et d’autres qui ne voient en cela q’une perpétuation de pratiques sexuelles mortelles.

L’avant première dans le très couru bar cuir homo situé aux environs du West Chelsea provoqua l’indignation parmi les activistes homos et les autorités sanitaires locales.

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L’acteur Dawson et le réalisateur du film « Meat Rack » (« Morceau de Viande »), Max Sohl étaient à l’Eagle pour la promotion de leur film et pour saluer les quelques 50 personnes conviées pour la soirée. Ce qui était dérangeait particulièrement les activistes était le second aspect de la soirée. En effet, il semblerait que le but de la soirée était de recruter des aspirants acteurs pour le prochain film intitulé « Dawson’s 20-Load Weekend. » ( « Le Week-end Où Dawson Jouit 20 fois ») . Le tournage du film est prévu pour le week-end prochain à New York, coïncidant ainsi avec le rassemblement de plusieurs milliers d’homos pour la grande soirée annuelle de la Black Party. Ainsi, les producteurs, prévoient de tourner les scènes durant cette même période de festivités fétichistes-cuir qui aura lieu dans l’immense salle du Roseland Ballroom.

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Jon Winkleman, un membre du  Stonewall Democratic Club of New York City, accuse la société Treasure Island Media de produire des films qui érotisent le VIH et le SIDA. Pendant l’avant première du film, Jon Winkleman essaya de distribuer des brochures mentionnant que « Treasure Island Media fait des snuff movies » (Un film snuff est supposé présenter une mort en directe sur un écran. Ndc) et que « les hommes qui délibérément contaminent et propagent le SIDA à des séronégatifs sont des assassins ».

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Winkleman, qui fut pendant les années 90 un membre actif de l’association ACT-UP décrit la décision d’autoriser Treasure Island Media de Treasure Island Media de projeter le film « Meat Rack » et faire un casting pour « Dawson’s 20-Load Weekend » à l’Eagle, comme complètement irresponsable.

« Je suis tellement choqué qu’une frange de la communauté cuir puisse promouvoir une soirée qui érotise la contamination. », accusa -t-il.

Alors que l’Eagle n’a pas souhaité réagir aux demandes répétées de commentaires concernant la revendication ou la réprobation de l’événement, Saul Austin, porte parole de Treasure Island Media, déclara que les accusations de Winkleman sont infondées. Il a ajouté que la Treasure Island Media pourrait saisir la justice contre Winkleman et d’autres personnes auteurs du contenu des brochures.

« Ces déclarations anonymes n’étaient pas seulement infondées dans leurs propos infondés mais aussi diffamatoires à l’égard de notre société et de nos modèles. », nous fit part Austin. « Les auteurs de ces brochures ont mal interprété notre style et le contenu. Et sans nous avoir contactés pour de plus amples explications, ces personnes ont littéralement traité la Treasure Island Media ainsi que ses modèles, d’assassins. » dit-il.

La critique autour des vidéos Bareback

Dan Carlson, co-fondateur du Forum VIH de New York, a indiqué que la promotion faite à L’Eagle est « socialement irresponsable ». « Nous vivons encore dans l’ère du VIH et du SIDA, et nous devrions reconnaître qu’il s’agit d’une maladie dure à supporter au quotidien, », dit il. « Des Soirées comme celle-ci ne contribuent guère à une mentalité de prévention. », ajouta-t-il.

De son côté, Jay Laudato, directeur exécutif de la Callen-Lorde Community Health Center, (Centre hospitalier pour gays et lesbiennes situé dans la zone métropolitaine de NY), est de plus en plus inquiet quant au gain de popularité de ce genre de films parmi les gays. “Il est évident qu’il s’agit d’une activité dangereusement compromettante”, dit -il, « cela me choque et m’attriste que la communauté continue à considérer ce genre de pratique comme aguichante bien qu’elle ne le soit pas, c’est en effet une pratique destructive ».

En septembre dernier, The Blade a signalé que les films bareback y compris ceux produits par la Treasure Island Media, pourraient être trouvés en vente libre ou en location chez Rainbows & Triangles sur la Huitième Avenue à Chelsea et dans d’autres vidéos et DVD clubs dans la ville.

Carlson, qui a réitéré à maintes reprises la nécessité de récolter des fonds destinés à la prévention du VIH, dit que l’avant première de “Meat Rack” à l’Eagle souligne le besoin d’informer sur les dangers des pratiques sexuelles à risques. “la question pour nous est celle de méditer autour des changements de normes du sexe protégé au Bareback, pour comprendre les enjeux et le contexte qui règne tout autour”, dit il.

Carlson admet que chez certains homos comme ceux engagés dans des relations monogames de longue date et où les deux partenaires sont testés séronegs, peuvent se sentir à l’aise avec les relations non protégées. Pour lui, le bareback présenté dans ces films est une toute autre question.

« Le Bareback dans un contexte sexuel dans un bar ou bien un sex club est tellement différent de celui pratiqué chez soi avec un partenaire monogame de longue date et qui pour le plus est séronégatif », ajoute Carlson.

Ana Oliveira, directrice exécutive du collectif Gay Men’s Health Crisis, pense que l’industrie pornographique peut jouer un rôle important dans la prévention du VIH. Oliveira reconnaît le rôle positif que joua le porno gay dans la promotion du sexe sans risque dans les années 1980. Cependant, elle n’hésite pas à critiquer les boîtes qui selon elle, préfèrent “ faire du fric facile” plutôt que “promouvoir une sorte comportement sanitaire viable pour ses clients. 
“Alors que les vidéos bareback pourraient filmer des fantasmes sans risques, la dure réalité est que les rapports non protégés continuent à nous amener de nouvelles infections au VIH », ajouta-t- elle.

Winkleman est d’accord avec cela. Ce dernier pense que les New Yorkais devraient prendre une position ferme contre les films bareback et les sociétés qui les produisent.

« Nous avons besoin d’entamer le dialogue à propos de cette question pour défier les notions qui définissent comme sexy et érotique le fait d’éjaculer un bon jet dans le cul de quelqu’un, sans connaître leur statut sérologique. », accusa Winkleman. « En un mot, recevoir un jet dans ton cul n’est pas bien ».

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