Souvenez-vous, il y 2 ans, l’institut national de prévention et d’éducation pour la santé (INPES) faisait une campagne affirmant qu’une charge virale indétectable ne rendait pas moins contaminant. Nous avions, ainsi que AIDES, fait part auprès de l’INPES de notre étonnement devant une telle affirmation en contradiction avec les recherches scientifiques existantes. La prévention pour qu’elle soit crédible auprès du public se doit d’être fondée sur des vérités scientifiques afin de permettre aux personnes d’adapter de manière éclairée leur comportement de prévention.

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((…sans soulever une tempête de protestation et de terreur imposées notamment par Act Up-Paris))La situation a maintenant basculé. Les autorités médicales et sanitaires françaises reconnaissent aujourd’hui publiquement que le traitement antirétroviral réduit la transmission et que par conséquent plus la charge virale baisse, plus le risque de transmission est moindre. Le désaccord porte, part rapport à ce qu’avancent les médecins suisses, sur le niveau de risque restant et sur l’approche en terme de prévention : faut-il considérer que ce risque de transmettre le VIH est suffisamment négligeable, comme par exemple quand on prend un avion ? Ou faut-il partir du principe que tout risque est déjà un risque de trop ? Un grand pas vient d’être franchi puisqu’il va être maintenant possible dans les réunions de travail d’évoquer cette évidence : oui le traitement réduit la transmission, sans soulever une tempête de protestation et de terreur imposées notamment par Act Up-Paris et un silence complice des représentants de l’Etat.

Les autorités médicales viennent donc de s’engager. Ainsi pour Jean-François Delfraissy, directeur de l’agence nationale de recherches sur le sida et les hépatites, « même s’il est très faible, l’on ne peut pas dire en termes individuels que le risque de transmission a totalement disparu lorsque la charge virale est devenue indétectable » [1]. Cette réduction du risque vient encore une fois d’être confirmée par la dernière étude présentée lors de la conférence de la CROI à Boston qui indique une réduction de 91 % du risque de transmission sur 3 ans.

((en réduisant la charge virale on réduit le risque de transmission))Jean-François Delfraissy a aussi ajouté dans la presse que « le traitement antirétroviral doit être bien sûr considéré avant tout comme un traitement de la personne elle-même, mais aussi comme un nouvel outil de prévention puisqu’en réduisant la charge virale on réduit le risque de transmission. [2] »

Le conseil national du sida s’est aussi exprimé publiquement sur ce point. Il reconnaît que les données fournies par les études épidémiologiques réalisées dans différentes populations, ou parmi les couples sérodifférents montrent que l’utilisation des traitements puissants actuels « réduit le risque de transmission de 60% à 80% dans les populations étudiées » [3].

Quoique plus prudentes, les autorités sanitaires vont désormais dans le même sens. La direction générale de la santé estime maintenant qu’il est nécessaire de savoir dans quelle mesure la charge virale permet de prévoir le risque de transmission du virus.

En cela les autorités sanitaires et médicales confirment que les approches de prévention fondées sur la réduction des risques commencent à pouvoir être audibles, ce qui était déjà le cas à la fin du 20e siècle dans des pays comme la Grande-Bretagne, l’Australie et la Suisse ou même chez nous mais dans la prévention du VIH auprès des usagers de produits psychoactifs.

De son côté, le syndicat national des entreprises gaies (SNEG) publie un nouveau guide de prévention. On y parle là aussi de l’impact du traitement sur la transmission dans un paragraphe sur la surinfection. Je cite :

JPEG - 6.4 ko« Les risques de surinfection 
Ils sont d’autant plus forts que la personne-source de la surinfection n’est pas sous traitement, ou que son traitement n’est pas assez efficace. Plus le virus est sous contrôle, moins les risques de surcontamination sont élevés. Ce qui ne veut pas dire qu’une personne avec une charge virale indétectable n’est pas contagieuse, ou n’est pas susceptible d’être surinfectée, mais qu’elle l’est moins qu’une personne dont la charge virale est élevée. Un virus contrôlé par un traitement chez une personne peut devenir plus virulent lorsqu’il est transmis à une personne déjà infectée mais qui n’a pas une réponse thérapeutique efficace contre ce nouveau virus. »

Formulations passablement alambiquées et maladroites certes, du genre « ils sont d’autant plus forts », « plus … moins » avec réserve compliquant le tout « Ce qui ne veut pas dire que …. ». Et puisqu’aucune étude n’a démontré un risque d’être surcontaminé quand on est sous traitement, pourquoi inquiéter les séropositifs sous traitement ? Toutefois il est intéressant de noter que le SNEG devient maintenant partisan de la réduction des risques. Bien sûr on n’y parle que de la surcontamination et non pas dans la gestion du risque de transmission primaire du VIH, mais c’est un réel progrès.

Faites attention, un de ces jours, la prévention financée par l’Etat finira par être de bon conseil.

 

[1in Le Monde du 6 février, « Les recommandations suisses sur le sida font polémique »

[2Quotidien du Médecin n°8296 du 24 janvier 2008

[3Communiqué du CNS du 30 janvier 2008. On se demande bien où le CNS a trouvé ce chiffre ridiculement faible de 60%.