C’était probablement inévitable, c’est maintenant réalité: la marche annuelle de la Fondation Farha devient la marche ALDO ©2005-2015. le groupe ALDO Inc. Tous droits réservés. Comme les autres événements du genre à travers le Canada qui eux sont devenus, depuis des années, des marches Scotiabank AIDS Walk for LifeTM.

Peut-être est-ce un reflet de notre époque où « la cause » ne suffit plus ? Peut-être est-ce notre ère où un branding est nécessaire pour amener des gens à montrer de la solidarité et à se mobiliser ? À cela, Ça marche marque un pas de plus. Elle se requalifie : « Une parade pour vaincre le VIH/sida », rien de moins. Musique, animation, campagne publicitaire hipstérisée de danseurs en noir et blanc avec des logos ALDO. #placementdeproduit #oups!

D’une marche/manifestation de solidarité, on en élimine tout l’aspect solennel et politique pour une reconversion en party où le « Piknic Électronik se chargera de l’ambiance ». Bref, pas mal plus #cool #hip #imagedemarque…

L’année dernière, Warning a critiqué les communications de la fondation : images inappropriées, statistiques erronées et référence aux « victimes du sida » en contradiction avec les Principes de Denver de 1983, manifeste phare du mouvement de lutte contre le VIH. La fondation a réagi, bien que leurs bonnes intentions ne justifiaient pas ces manquements. La question centrale reste : mobiliser pour une cause impose de faire preuve de leadership, d’écoute, d’expertise. Se revendiquer « Le chef de file québécois de la collecte de fonds » ne sous-entendrait-il pas une capacité à fédérer, par l’excellence et le porte-flambeau ? C’est donc la légitimité de la fondation, acquise à travers les années, qui est de plus en plus ébranlée.

Avec leur nouveau site, les statistiques auront été corrigées [1] et on y retrouve un langage plus approprié. Des actions de concertation ont été menées avec différents groupes communautaires du Québec… Des résultats ? Ah si, justement ! Quelques jours après la fermeture des inscriptions à la mar…parade 2015 (donc une fois les gens bien ancrés dans le bateau), la fondation annonce l’arrivée d’ALDO comme partenaire majeur. Autrement dit, comme acheteur du concept… Et du même coup, acheteur du support des organismes ?

Bref, le sida est devenu un produit de consommation. Nouveau site internet, nouveau lieu de départ et d’arrivée de l’événement, coup de peinture sur les visuels, mais toujours pas d’adhésion à des valeurs communes, à une voix de membres qui sont fiers de marcher aux couleurs d’un leader de 23 ans de lutte !

On ne peut pas faire porter à la Fondation Farha la responsabilité de l’ensemble de la situation. Prenons un recul, regardons le contexte : ils agissent avec les meilleures intentions pour préserver un événement de levée de fonds de manière à aller chercher une centaine de milliers de dollars pour des organismes. Un événement qui amène des gens de partout au Québec et souhaite rallier des acteurs. Nous comprenons, de façon solidaire, que le domaine est plus que dans le besoin, spécialement cette année suite aux mesures d’austérité des gouvernements, tant provincial que fédéral.

Remarquons aussi que les grands événements disent-tous qu’ils ne peuvent plus survivre sans l’argent des compagnies privées. La Banque TD présente Fierté Montréal, le Black & Blue devient de plus en plus petit chaque année, pour ne mentionner qu’eux.. La rhétorique ? De plus en plus de commanditaires pour des événements de plus en plus colorés et joyeux ! Résultat ? De moins en moins de place pour la dissidence, la critique et les revendications politiques ou encore le « communautaire ». Soit.

Ça marche était fièrement portée par les organismes, bénévoles et marcheurs, eux-mêmes bien souvent portés par des valeurs de transparence, de dépassement, d’innovation, de démocratie et de santé communautaire. Maintenant qu’elle est portée par une compagnie privée, devons-nous continuer dans ce sens ? Devrions-nous nous arrêter et nous poser des questions ? Avons-nous le droit d’être déçus ? Ah, peut-être faisons-nous partie du problème et bloquons la solution…

De façon plus large, l’évidence : une réflexion collective s’impose, pas que sur la fondation mais plutôt sur la mobilisation des différents paliers de gouvernement, des organismes communautaires et des personnes séroconcernées dans la question. Quelle mobilisation pour quelle problématique ? Qui sont les leaders ? Qu’inspirent-ils ? Quelle vision ? Vaincre le VIH/sida implique la participation de toutes et de tous. La question devient : de quelle façon ? Pour changer quoi ?

Bonne parade!

Vive le sida. Fuck le sida.

Rendez-vous ce dimanche pour marcher contre la criminalisation des personnes vivant avec le VIH derrière la bannière VIH/HIV ≠ CRIME aux côtés de ACCM et du Séro.Syndicat (RDV à Montréal : Rue Clark coin Ontario ouest –  9h45)

 

Aider financièrement Warning? C’est possible! -> 

[1] Mentionnons qu’il reste une erreur dans la version française du site où on dit « 760 : nombre estimé de nouveaux cas de VIH diagnostiqués au Québec ». En fait, il s’agit de 760 nouvelles infections (projetées par les autorités de santé) et non pas de cas diagnostiqués, qui représente un autre défi.