Piqué à vif par notre argumentaire (1) sur sa collusion avec Act Up et sa campagne inéthique contre l’INPES, le Syndicat national des entreprises gaies a réagi par un long, très long communiqué (2). Incapable de répondre de façon crédible sur le fonds aux critiques de Warning, le Sneg se défausse en utilisant des procédés calomnieux visant à jeter le discrédit sur notre association.

Selon ce communiqué du 24 juillet intitulé « Attaque de Warning contre le Sneg. De quelle légitimité parle-t-on ? », nous serions contre le préservatif. Pour ce faire, le Sneg utilise un procédé malhonnête, bien connu des spécialistes de la diffamation et de la désinformation, en tronquant le titre d’un de nos textes. Il nous fait dire que par son avis sur le traitement comme outil novateur de la lutte contre l’épidémie VIH (3), le Conseil national du sida aurait sifflé la fin du préservatif, propos évidemment caviardé du titre de notre texte « L’avis du CNS siffle la fin du tout préservatif » (4), texte où nous expliquions l’intérêt de l’avis, et du traitement comme outil de prévention « à prendre en compte au même titre que le préservatif ». Il est donc évident que nous ne remettons pas en question l’emploi du préservatif. Aucun des textes publiés sur le site de Warning ne peut d’ailleurs le laisser croire. Nous avons toujours pensé et dit que le préservatif est un outil de prévention utile et efficace.

Mais Warning n’est pas seul à « bénéficier » des procédés douteux du Sneg. Ce dernier, en compagnie d’Act Up, affirme dans sa lettre ouverte (5) du 9 juillet adressée à madame la ministre de la santé que « depuis près de deux ans, l’INPES n’a produit aucune nouvelle campagne en direction de la population homosexuelle ». En 2008, l’INPES a en fait produit une très belle campagne fondée sur la sécurité négociée dans le couple, intitulée « Avant d’arrêter le préservatif, faites le test », comportant un spot TV explicite à destination des couples homosexuels, diffusé précisément pendant l’été.

Le Sneg la joue humble et modeste. Il essaie de minimiser la place qu’il a acquise dans la politique de prévention. Il affirme que « dans les comités d’experts ou autres assemblées, le Sneg ne dispose que de sa voix ». Sauf qu’il oublie de préciser qu’avec le soutien d’Act Up auquel il s’est publiquement joint, il forme maintenant une association redoutable, puisqu’elle rassemble un syndicat qui a pour adhérents des dizaines d’établissements à travers la France (169 rien que sur la ville de Paris), et pratiquement presque tous les établissements identitaires homos de plusieurs grandes villes de province. C’est le réseau du Sneg qui distribue les campagnes de prévention de l’INPES dans ces établissements. Il peut s’appuyer sur Act Up, l’association dont on connaît la puissance d’impact et qu’il aide actuellement à diffuser ses « affiches dans le quartier parisien du Marais et les établissements gays, ayant trait à la prévention, et plus particulièrement à des informations sur les stratégies dites de réduction des risques, qui font trop souvent l’objet d’idées reçues » (6). Affiches au titre explicite : « Seule la capote protège du sida. Le reste c’est de la science fiction ». Le Conseil national du sida et l’INPES apprécieront.

C’est encore le Sneg qui a élaboré une campagne, « Notre fierté ? » (7), plaçant hors de la « communauté gay » les 3 gays sur 10 qui déclarent ne pas se protéger régulièrement [1] : ces derniers sont symbolisés par des cases vides. De leurs côtés, les gays rentrant dans le cadre préventif correspondant à l’idéologie du tout préservatif étant gratifiés de case de couleurs formant le rainbow flag. Difficile de faire plus stigmatisant et excluant. Le Sneg indique vouloir « ainsi mettre en garde contre la banalisation des pratiques non-protégées et la montée de la revendication du barebacking comme mode de sexualité ». Le Sneg assimile donc toute difficulté avec le préservatif avec le barebacking qu’il condamne.

Le Sneg et Act Up font ceci publiquement et n’hésitent pas à le rappeler à madame la ministre. Est-ce une conception du débat « ouvert », du « dialogue serein et constructif » comme nous le dit le Sneg ? Au moins les adhérents du syndicat, les clients et salariés des établissements affiliés au Sneg et l’opinion publique ont maintenant connaissance de ses pratiques.

Dans la réponse qui nous est adressée, le Sneg déclare s’inscrire pleinement dans l’avis du CNS. Mais alors pourquoi écrit-il un peu plus loin qu’« il faut arrêter de faire croire que l’on peut baiser sans capote sans aucune conséquence pour la santé de notre communauté ». Est-ce pour dire que l’utilisation du préservatif doit être le seul outil de prévention dans tous les cas de figure ? Le Sneg n’en est pas à une contradiction près. Car si on lit son « Guide SaferSex » (8), le « Sneg prévention » affirme que dans un couple homo si les deux partenaires sont séronégatifs et fidèles, ils peuvent ne pas utiliser de préservatifs s’ils confirment leur statut sérologique deux fois à deux mois d’écart, que les tests sont toujours négatifs, et qu’ils sont certains de ne pas avoir de relations sexuelles hors du couple. Le Sneg lit-il ses propres publications ? Ne met-il pas en danger par cette brochure « la santé de notre communauté » ?

La mauvaise foi du Sneg est évidente. 
Mais surtout il apparaît que cette phrase du Sneg qui défend la position du « tout préservatif » est une charge explicite contre l’avis du CNS, car ce dernier a bien expliqué que «  le traitement peut constituer un instrument précieux pour éviter de nombreuses contaminations chez des personnes qui, de fait, pour de multiples raisons, n’utilisent pas, ou pas toujours, ou pas de façon adéquate le préservatif ». Le Sneg cite d’ailleurs ce passage dans la réponse qu’il nous a adressée, avec une phraséologie digne de la novlangue d’Act Up : « En l’état actuel des choses, nous ne souhaitons pas que le climat ambiant sur la minimalisation des prises de risque prenne le dessus sur la prévention et ses règles fondamentales, qu’aucune recherche scientifique poussée n’a jusqu’à ce jour pu remettre en cause ». Et le Sneg avertit : « Nous ne souhaitons pas… » !

Bref, le Sneg nous explique tranquillement qu’il est mieux placé que ce qu’il appelle « le gay lambda » (les gays apprécieront !) pour décider ce qui est bien pour les homosexuels. Il s’estime plus compétent sur la prévention, ses règles fondamentales et la recherche scientifique que d’éminents spécialistes, des sommités de la recherche scientifique sur le VIH, comme les professeurs Willy Rozenbaum (professeur à l’Hôpital Saint-Louis à Paris et président du CNS), Julio Montaner (directeur du Centre d’excellence sur le VIH de Colombie Britannique à Vancouver et président de l’International AIDS Society, qui regroupe plus 10 000 professionnels du VIH de 180 pays et organise entre autres la Conférence mondiale sur le sida tous les deux ans), ou Bernard Hirschel (directeur de l’unité VIH des hôpitaux universitaires de Genève, et à qui notre très sérieuse ANRS vient tout de même de confier la co-direction d’un groupe de travail sur l’utilisation du traitement en prévention au Sud).

Le Sneg vit-il dans le royaume d’Ubu ? Comment peut-on accorder le moindre crédit dans le domaine de la prévention à un syndicat patronal qui débite de telles âneries ? Comment a-t-on pu en arriver là en France ? Peut-on imaginer un seul instant les réactions à l’étranger si les spécialistes et acteurs de la prévention lisaient une telle prose ?

Le Sneg n’a rien à faire au « comité d’experts prévention homo » de l’INPES, comme il n’a rien à faire non plus dans tous les comités consultatifs de prévention. Le Sneg devrait revenir à ce qui fut sa mission d’origine : favoriser la diffusion dans les établissements du matériel de prévention. Sortant de la neutralité qui lui avait permis dans le passé, avec le soutien de l’Etat, d’acquérir une légitimité dans le champ de la prévention, il s’est malheureusement éloigné de cette mission parce qu’il a voulu élaborer sa propre politique de prévention. Ce n’est pas le rôle d’un syndicat patronal d’imposer sa vision et on en voit aujourd’hui les effets néfastes.

Le 30 juillet le « comité d’experts prévention homo » se réunira à l’INPES avec le Sneg et Act Up, c’est-à-dire les Laurel et Hardy de la prévention. Bon courage à l’INPES !

Au-delà de l’immobilisme que veut nous imposer le Sneg et Act Up, le plus important pour nous est l’avis du CNS, sur l’intérêt du traitement en prévention, qui doit être diffusé largement non seulement dans la communauté homosexuelle mais aussi dans l’opinion publique. Cet avis est un tournant majeur en France en faveur d’une prévention plus efficiente et respectueuse de la qualité de vie des personnes séropositives, des couples séroconcordants ou sérodifférents, quelque soit leur sexualité.

C’est pour cela que Warning n’a pas l’intention de se laisser impressionner par les tentatives d’intimidation du Sneg et continuera à soutenir l’avis du CNS ainsi que la liberté des personnes homosexuelles, même si cela déplait !


1 – Campagne du Sneg et d’Act Up contre l’INPES : un manquement éthique et une collusion dangereuse pour la liberté des salariés et des clients <br>

et Avis favorable pour 129 000 euros mais… <br>

et Lettre ouverte à Madame Roselyne Bachelot-Narquin : l’INPES est-il vraiment neutre ? <br>

2 – Attaque de Warning contre le Sneg. De quelle légitimité parle-t-on ? <br>

3 – Avis suivi de recommandations sur l’intérêt du traitement comme outil novateur de la lutte contre l’épidémie d’infection à VIH/Sida <br>

4 – L’avis du Conseil national du sida siffle la fin du tout préservatif <br>

5 – Lettre ouverte à Madame Roselyne Bachelot-Narquin, Ministre de la Santé et des Sports <br>

6 – ibid. <br>

7 – TBWA-MAP et le Sneg cosignent une campagne visant à interpeller les gays face aux phénomènes de prises de risque <br>

8 – SaferSex Guide, page 35 <br>


[1Entendre qu’ils n’utilisent pas de préservatif.

Commentaires

jeudi 17 septembre 2009 à 13h59

Bizarre, après tout ce tapage pendant l’été, Warning ne dit plus rien. Je suppose que vous avez obtenu votre place dans le groupe de travail à l’INPES…? Ou une subvention de la DGS ?

 

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vendredi 18 septembre 2009 à 13h47 – par  SB

On a compris que votre message ne se voulait ni objectif ni bienveillant. Pour répondre à vos insinuations : Warning n’ a « obtenu » ni place à l’Inpes ni subvention de la DGS. Quand on connaît les rapports entre Warning et la DGS votre remarque donne plutôt envie de rire, côté DGS et Inpes adressez-vous plutôt au SNEG et à Act Up-Paris. Nous avons envoyé un courrier au président du SNEG lui proposant une rencontre pour discuter de nos désaccords. Nous restons sur nos positions.