Contrairement à ce que nous avions indiqué récemment, les jeunes camerounais emprisonnés pour délit d’homosexualité n’ont pas encore été relachés. Leur détention a été prolongée. Le procureur de la république s’est en effet opposé à la decision du président du tribunal, et refuse de libérer les 9. La procédure a été annulée pour vice de forme et a été donc ramenée devant la barre pour examen de fond.

La nouvelle association Alternatives – Cameroun soutient les neuf hommes actuellement poursuivis pour homosexualité et suit les audiences publiques du procès dont voici un compte-rendu.

Compte rendu de l’audience du 22 Mai 2006

Mme le président du tribunal a appelé les prévenus et a présenté brièvement les faits apres quoi elle a fait appel aux témoins dont seul le dénommé E.M. était présent. Quand elle a voulu renvoyer l’affaire pour manque de témoins, A.C., le plus jeune des détenus s’est mis à pleurer et s’est plaint des sévices sexuels qu’il subit en prison.

Me Duga a donc posé la question de savoir l’intérêt à garder les détenus pendant plus de 11 mois alors que les témoins principaux notamment le chef de quartier ne viendront jamais ?

C’est alors que Mme le président a décidé de procéder au jugement en demandant aux prévenus s’ils reconnaissaient les faits, ce qu’ils ont tous niés à la barre. Elle a donc demandé à Mme le Procureur de « rafraîchir la mémoire » de la cour. Mme le procureur qui déclare être désagréablement surprise qu’ils nient les faits alors qu’ils auraient fait appel a une ONG américaine défendant les droits des homosexuels (IGLHRC ndlr ) pour les défendre. Elle s’attendait à ce que les détenus lui facilite la tâche pour que justice soit rendue, car dans tous les procès verbaux 8 des 9 détenus présents auraient reconnu les faits.

Mme Le procureur a donc lu ces différents procès verbaux des détenus et le prévenu Y.B. de dire que les aveux lui auraient été arrachés par la torture au poste de police où ils étaient gardés à vue, il dit encore avoir mal à la plante des pieds (1 an après).

Le juge leur conseille, pour ceux qui ont reconnu l’orientation homosexuelle d’aller chercher l’aide d’un prêtre tout en faisant des petites remarques sur le caractère efféminé, l’habillement et le décapage [1] comme caractéristique des homosexuels et s’offusque du fait que l’un des prévenus de 36 ans n’était pas encore marié.

Apres interrogation de chacun des prévenus sur les faits qui leur étaient reprochés, Mme le président a fait venir Mr E.M. devant la Barre comme témoin ce qui ne fut d’aucune aide pour le ministère public vu que le seul témoin, qui ne vit pas au Cameroun et n’était pas là au moment des faits, a dit ne reconnaître aucun des prévenu et n’a appris leur supposée homosexualité que par les voisins.

A la fin de la contre interrogation de Mr E.M. par Me Bell Hagbe, Me le juge a passé la parole au Ministère public pour ses réquisitions. « Ils devraient être reconnus coupable des faits qui leur sont reprochés tout en considérant les circonstances atténuantes » a dit Mme le Procureur. Me Duga de la défense, a demandé un acquittement sans amende ni charge car il n’y a aucun élément susceptible de les condamner dans le dossier remis au juge. Me Bell Hagbe qualifiant les charges retenues contre les neuf comme basées sur un délit du faciès, dit qu’il n’y a eu aucune preuve matérielle apportée devant la cour, a invoqué l’anticonstitutionalité de l’article 347 bis du code pénal et a demandé la libération immédiate des prévenus.

A la clôture des débats le juge Mme AKOA a renvoyé les délibérés pour le 12 Juin 2006.
Fin de l’audience 12h48.

 

[1Le décapage est l’usage des produits cosmétique pour dépigmenter la peau