La ministre de la santé, Marisol Touraine a annoncé aujourd’hui l’autorisation du Truvada en prophylaxie pré-exposition du VIH (prep) avec prise en charge à 100% par l’assurance maladie, dans le cadre d’une Recommandation Temporaire d’Utilisation. Warning évidemment salue cette annonce majeure qui fait de la France le premier pays d’Europe à s’engager dans cette voie. Notre association se bat depuis des années pour l’autorisation en France du Truvada en prep et avait demandé une RTU à l’ANSM. Nous avions d’ailleurs été une des associations auditionnées par l’ANSM en début d’année sur ce sujet.

Pour Warning, cette bonne nouvelle ne doit pas jeter le voile sur plusieurs points problématiques. La France autorise donc la pilule préventive mais trois ans après les Etats-Unis (2012) et alors qu’à Montréal les gais y ont accès aussi depuis la même année, dont d’ailleurs des militants ou sympathisants de Warning-Montréal. Au lieu de suivre les exemples américain et montréalais, les autorités médicales françaises, soutenues par plusieurs associations de lutte contre le sida et LGBT, ont préféré attendre les résultats de l’essai ANRS-Ipergay, décalant ainsi la décision alors même que les essais américains donnaient des résultats très clairs. Ces essais américains avaient conduit l’OMS à prendre position dès 2012 en faveur de la prep. Combien de contaminations auraient pu être évitées ces trois dernières années si au lieu de s’acharner à accumuler des suppléments de preuve les autorités médicales françaises avaient mis en place la prep ? L’histoire de cette autorisation met en évidence une fois encore le retard à l’allumage en terme de prévention du VIH.

Warning constate que les transmissions se poursuivent en France notamment parmi les gais à un très haut niveau, ce que viennent de montrer les résultats épidémiologiques présentés par l’InVS ce lundi. La progression des nouvelles infections à VIH chez les jeunes gais de 18 à 24 ans est particulièrement inquiétante. Les politiques de dépistage demeurent fondamentalement insuffisantes et que dire des IST qui s’envolent alors que nous n’avons pas de politique de santé sexuelle digne de ce nom.

Aujourd’hui il y a deux priorités. Il faut tout d’abord diffuser une information claire et précise autour de la prep car le niveau de connaissance sur le sujet est encore nettement insuffisant à la fois dans les populations concernées et dans le monde médical. Les résistances à ce nouvel outil révolutionnaire sont fortes. L’autre priorité est que les services hospitaliers partout en France puissent proposer celle-ci.  Mais il faut aller plus loin.

Pour étendre l’accès aux plus près des individus, il est impératif de modifier la réglementation sur les prescriptions d’antirétroviraux afin de permettre à tous les futurs centres de dépistage (Cegidd) de fournir la pilule préventive parce qu’actuellement cette prescription ne peut être faite qu’à l’hôpital. Enfin le mieux serait que les médecins de ville puissent aussi prescrire la prep car ils sont proches de leurs patients et couvrent l’ensemble du territoire.

La France a déjà perdu suffisamment de temps et il y a trop, beaucoup trop de transmissions.

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