Il y a un an et demi, je suis allé chercher mes résultats de dépistage VIH et syphilis dans un CDAG parisien, comme je le faisais régulièrement, tous les six mois environ. On me fait patienter dans la salle d’attente, je suis alors seul. Une patiente arrive et s’assoit à côté de moi. Quelques minutes plus tard, alors qu’elle était arrivée après moi, on l’appelle en premier. Tiens, c’est bizarre qu’elle me passe devant me dis-je. Puis je vois un médecin passer, que j’entends chuchoter avec quelqu’un dans le couloir (sic.). Il m’appelle, et dans son bureau m’annonce la nouvelle qui va bouleverser ma vie : « vos tests VIH et syphilis sont positifs, je suis désolé… c’est sûrement dû à la rupture de préservatif dont vous m’avez fait part lors de notre premier rendez-vous… » Après s’être enquis de ma réaction, il m’explique les démarches à suivre et me demande de revenir quelques jours plus tard, d’une part pour rédiger une lettre que j’apporterai dans l’hôpital qui sera chargé de mon suivi thérapeutique, et d’autre part pour faire une injection de pénicilline afin de soigner la syphilis…

Deux jours plus tard, je reviens le moral bas. Le médecin, par ailleurs très gentil et plein de compassion, me confie à l’infirmière chargée de me faire la piqûre de pénicilline. Il s’agit d’une seringue énorme dont je n’avais jamais vu un diamètre et une longueur d’aiguille aussi grands. L’injection en question se compose de pénicilline en poudre (extencilline) que l’on dilue (si l’on peut dire) dans dix centimètres cubes de liquide physiologique. Elle me prévient : « ça fait mal monsieur, mais ce n’est pas moi qui va vous faire mal, c’est la quantité et la nature poudreuse du produit… » Je lui dis que ça va aller. En voyant mon dossier elle me dit : « c’est vous le jeune homme dont on a annoncé la séropositivité il y a deux jours ? » − « oui » (bonjour l’anonymat !). Elle me rassure en me parlant de l’efficacité des traitements contemporains… Et l’injection commence, en pleine fesse… douleur insupportable, dont la durée semble infinie ! Et pourtant je n’ai jamais été extrêmement sensible à la douleur ; mais là sur une échelle de dix, comme disent les médecins, ça valait bien un huit ! Bref, on ne peut se relever qu’au bout de quelques minutes, et l’on boite pendant les deux ou trois jours qui suivent. Il vaut mieux être accompagné par quelqu’un sur qui s’appuyer lorsque l’on ressort du centre… faudrait-il le savoir !

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Deux semaines plus tard, j’ai mon premier rendez-vous au service des maladies infectieuses et tropicales d’un hôpital parisien. Le médecin qui me reçoit m’explique alors qu’étant donné que je suis séropositif, le protocole thérapeutique exige que l’on me fasse une deuxième injection de pénicilline pour éradiquer la syphilis car le VIH peut freiner l’efficacité de l’antibiothérapie. Je réagis mal et lui demande si c’est vraiment nécessaire car ça fait vraiment mal, et étant donné que personne ne m’accompagne, j’ai peur de ne pas avoir la force de rentrer chez moi tout seul à cause du boitillement qui va s’en suivre. Etonné, il me demande si ça fait si mal que ça. Je réponds que oui ! Elle m’explique qu’il n’y a pas le choix et qu’elle pense que l’infirmière va ajouter dans la seringue un anesthésique pour réduire la douleur. L’infirmière confirme et m’explique qu’elle va mettre un centimètre cube de xylocaïne dans le mélange. L’angoisse au ventre elle commence l’injection et là, ô miracle, je ne sens pratiquement rien, je ne boite pas trop par la suite. Etonné, je lui explique qu’au CDAG il n’avait pas mis d’anesthésique dans l’injection. Lorsque j’en parlerai à un autre médecin plus tard, celui-ci m’expliquera : « c’est la douleur vue comme punition vis-à-vis de la prise de risque… » La punition vue comme un moyen d’éducation ! J’aurais préféré une bonne fessée en règle !

Qu’elle est cette politique ? Pense-t-on qu’en infligeant une piqûre douloureuse, les patients prendront moins de risques par la suite ? Comme en coupant la main d’un voleur ? On sait bien que la syphilis est très contagieuse, qu’elle s’attrape aussi bien en faisant une fellation qu’en pratiquant la sodomie ; or, on ne se protège quasiment jamais lorsque l’on suce, malheureusement. Alors je m’interroge, est-ce que quelqu’un n’aura pas envie de se dire : « quitte à choper la syphilis, fais-toi enculer au lieu de te faire sucer, au moins tu jouiras à fond… la douleur de l’injection châtiment sera ainsi plus facile à digérer puisque t’auras pris ton pied ! »

Je m’insurge contre ce qu’on pourrait croire structuré par une idéologie empreinte d’un moralisme quelque peu douteux aux relents homophobes ! Faut-il attendre que la syphilis touche plus de monde pour que les CDAG changent ce protocole médical ! Ils savent bien que ça fait mal et qu’il existe des moyens médicaux pour pallier à cela. Ca me rappelle d’autres temps ou les pédés crevaient en silence parce que le Sida ne concernait soi-disant qu’eux ! Les CDAG, et heureusement qu’ils existent, jouissent du monopole de l’anonymat, et pour bon nombre de personne, c’est le seul lieu où ils peuvent se faire dépister car parler de leur sexualité ou de leur consommation de drogue est impossible avec le médecin de famille. Mais j’ai peur que cette politique de la punition-rééducation, qui ne peut pas être productive, ne devienne contre-productive en éloignant un certain nombre d’individus de la nécessaire culture du dépistage que l’on doit arriver à banaliser dans les esprits de nos concitoyens, surtout parmi les plus exposés d’entre eux.

Bruno

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Commentaires

dimanche 25 juin 2006 à 12h01
sa me tenterai de recevoir une tel piqure j aime les piqures qui font tres mal
 

vendredi 29 décembre 2006 à 14h32 – par  Lionel

J’aurai préféré une vraie rupture !
Depuis 7 ans avec mon compagnon, je développe il y a 1 mois tous les symtomes de la syphilis que je reconnais en voyant les photos des premières pages de mon guide Spartacus. Le verdict médical est confirmé : la syphilis, verdict qui me confirme les infidélités de mon compagnon qui nie… Un mois plus tard soit 3 jours après Noel ou 3 jours avant le réveillon du nouvel de 2007, j’apprends de sa bouche qu’il est séropositif. Quel cadeau de Noel ! Je dors mal mais j’accuse le coup. Ce matin prise de sang et cet après midi le verdict est simple : je suis séropositif. Je suis seul. Je veux rester seul pour pleurer car je n’ai pas su (ou pu) passer au travers des gouttes. Ca n’arrive pas qu’aux autres, moi qui croyait à 34 ans avoir été épargné par cette peste moderne. Je veux être soigné et je gagnerai.
Pour le coup même si j’aime bien les fessées, je demanderai un petit anestésiant dans ma piqure pour en finir avec la syphilis ! 
Bonne année 2007à tous et bonne santé (si vous savez en prendre soin !).
Lionel.

 

vendredi 22 août 2008 à 19h03

Bonjour.
J’ai été traité à l’Extencilline il y a plusieurs années pour un rhumatisme articulaire aigu (l’autre indication du traitement !) J’ai eu des injections mensuelles d’Extencilline pendant une dizaine d’années (de l’âge de 4 ans à celui de 14 ans). Je me souviens parfaitement de la douleur de l’injection, de la lenteur du procédé, de la claudication qui suivait et j’en garde aujourd’hui des séquelles puisque lorsque le temps est humide, j’ai des douleurs musculaires dans les fesses, là où je recevais le produit. Je n’ai pas bénéficié non plus de Xylocaïne, car mon médecin traitant redoutait un choc provoqué par ce produit, pouvant conduire au coma. Je ne remets pas en doute votre ressenti vis à vis de cette douleur (vous dites 8/10, je serai même tenté de pousser jusqu’à 9), ni même l’analyse du médecin sur « la punition par la douleur », mais la raison de l’absence de Xylo lors de la première injection est peut être due au fait que l’infirmière ne connaissait pas vos antécédents allergiques et ne voulait pas prendre de risque.
Cordialement.
Manu.

 

dimanche 22 mars 2009 à 20h54 – par  Marie

Bonjour,

j’ai eu des piqûres de pénicilline à l’âge de 7 ans (pour un strepto), aujourd’hui j’en ai trente et je me souviens encore de la douleur (pour la 1ere je m’attendais à une banale douleur type vaccin qui ne m’effrayait pas), j’avais l’impression que ma fesse se liquéfiait de l’intérieur…

 

jeudi 28 juillet 2011 à 22h52 – par  nico78

Bonjour,

Il y a quelques jours j’ai appris que j etais atteint de la syphillis. Grâce a ce site j ai demandé au médecin de me prescrire de la procaine avec l injection de la peniciline. Tout ce que j espère c est que je n aurais pas mal car a l idée de voir tous ses messages sur ces piqures je suis terriblement angoisé.
Merci a ton site !! je vous dirais si j ai eu tres mal

 

lundi 26 décembre 2011 à 14h06 – par  jep11

je confirme en tous points. Actuellement en attente des résultats sérologiques, j’ai néanmoins SUBI une première injection d’extencilline pour blanchir une syphilis potentielle. C’est insupportable : suis parti en syncope, l’injection n’a pu être faite qu’aux 4/5éme.
A l’heure ou on prétend évaluer la douleur des patients, pourquoi leur en infliger ?
Nous sommes plutôt des victimes… de l’incivisme ou de l’insouciance de ceux qui nous ont infectés. Pourquoi nous torturer davantage ?
Donc : le fabricant du produit DOIT préconiser l’adjonction extemporanée d’un anesthésiant à son produit, et informer les médecins prescripteurs de la douleur provoquée.