Vous songiez à commencer la prophylaxie pré-exposition (PrEP) [1] continue pour l’ajouter à vos stratégies de prévention du VIH ? Le mois de janvier annonce le début d’une nouvelle année fiscale. Avec elle, la mise à zéro du compteur de votre assurance médicament. Janvier est peut-être le meilleur mois pour le faire !

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Le Truvada (DIN 02274906) fait partie de la liste des médicaments couverts par les régimes d’assurance au Québec. Votre assurance, qu’elle soit publique ou privée, ne peut donc pas refuser sa couverture.

Combien coûte une PrEP au Québec ?
Si l’on se fie à une enquête sommaire de quelques pharmacies, le prix du Truvada sur le marché québécois varie entre 902 $ et 982 $ par mois, soit entre 10 824 $ et 11 784 $ par année.

Qui assumera les coûts ?
Une partie viendra de vous, comme tous médicaments d’ordonnance, et une partie sera assumée par votre régime d’assurance, qu’il soit public ou privé.

Le coût d’une PrEP, pour vous

 [2]

Régime public de la RAMQ
Dans le cas du régime public d’assurance médicament, ce coût se résumera à la contribution mensuelle maximale de 82,66 $, peu importe si vous prenez d’autres médicaments ou non.

Régime d’assurance privée
Dans le cas d’une assurance privée, votre contrat avec la coassurance vous guidera à cet effet. La couverture de votre assurance privée varie selon votre contrat. Dans tous les cas, il y a une franchise annuelle : un montant maximum assurable annuellement à un certain pourcentage et tous les montants excédentaires couverts à 100 %.

Par exemple, une assurance typique pourrait avoir une franchise de 50 $ par année, un montant maximum assurable annuellement de 3 300 $ à 80 % et tous les montants excédentaires couverts à 100 %. Dans ce cas, vous payeriez 710 $ annuellement (50 $ + (20 % X 3 300 $).Si vous preniez d’autres médicaments en plus, le coût de la PrEP dépasse déjà le montant annuel assuré à 80 % (3 300 $ dans l’exemple) et donc le coût annuel demeurera à 710 $.

Vous pouvez aussi faire le calcul de l’ajout d’une PrEP à votre médication actuelle par l’équation inversée. Si nous prenons les mêmes paramètres de l’exemple, le coût de la PrEP sera la différence entre 710 $ et vos coûts annuels de médicaments actuels. Par exemple, supposant que vos médicaments actuels coutent 100 $/mois (donc 1200 $/année), vous payeriez déjà 280 $ par année (50 $ + 1150 x 20%). L’ajout d’une PrEP à votre médication actuelle représenterait alors 430 $ (710$ – 280$ = 430 $), soit environ 36 $ par mois. Faites le calcul !

Régime privé et les obstacles à considérer
Quel est donc le plus grand « hic » des régimes privés ? Les coûts totaux de la coassurance devront être assumés dès maintenant, au rythme des achats, jusqu’à l’atteinte du maximum de la coassurance, pour ensuite être gratuits. De là l’importance de commencer une PrEP en janvier dans le but de commencer le plus tôt possible !

Si l’on reprend le détail du scénario ci-haut (et votre franchise a déjà été payée), ce sera donc entre 180 et 196 $ qui devront donc être assumés lors du premier achat (20 % de 905 à 982 $). Et le même montant à débourser jusqu’au paiement de 710 $. (Soit la franchise et le maximum de la coassurance.)

Certains régimes privés fonctionnent à paiement différé, ce qui vous demandera de payer 900 $ dollars en pharmacie et devous faire rembourser plus tard. Dans ce cas, il peut être avantageux de contacter votre assureur et de s’informer sur les modalités d’accès à une carte de paiement direct. Vous devrez alors qu’assumer la partie non couverte de la coassurance.

Réflexions

Vous aurez compris : être PrEParé financièrement pour 2014 différera selon votre assurance médicament. Les personnes couvertes par le régime public auront une plus grande facilité à commencer une PrEP à n’importe quel moment dans l’année (étant moins désavantagées) alors qu’une personne couverte par un régime privé gagnerait à débuter en janvier, pour des aspects purement monétaires.

Nous avons abordé ci-dessus la question uniquement sur le plan financier, reprenant à notre compte les perspectives individualistes rationnelles de souci de soi qu’offrent nos sociétés libérales. Nous avons aussi tenu pour acquis qu’une personne commençant une PrEP l’effectuait de façon continue, en prenant un comprimé de Truvada une fois par jour, comme le recommandent les experts internationaux et le MSSS [3] pour un maximum de protection. Ceci dit, nous savons que les réalités des membres de nos communautés sont amplement complexes et riches.

À titre individuel, si vous êtes séronégatif et que votre sexualité comporte un niveau de risque élevé, c’est-à-dire que vous n’utilisez pas le condom systématiquement avec vos partenaires de statut inconnu ou positif avec charge virale détectable, cette option mérite minimalement d’être explorée. Savoir comment demander une prescription pour la PrEP à votre médecin pourra être un défi pour vous. Discutez de votre réalité. Discutez de vos connaissances. Votre médecin pourra vous dire que le Truvada n’est pas encore homologué au Canada pour cet usage en ce moment. Cependant, informez-vous autour de vous. Certains professionnels pourraient être plus au fait de la science que d’autres. Une clinique médicale montréalaise en a même fait la promotion à l’endos du Fugues récemment, le saviez-vous ?

Pour Warning, la PrEP reste essentiellement une innovation médicale et sociale. Si elle réduit le risque d’acquisition du VIH avec au moins la même efficience que le préservatif [4], ce n’est pas le cas contre les autres ITSS, ce qui appelle une réflexion plus large sur les enjeux communautaire et de santé publique d’accès routinier, anonyme, gratuit et pérennisé au dépistage et au soin de toutes les ITSS (voire même leur vaccination : hépatite B, VPH).

Nous avons conscience que même si elle est déjà homologuée aux É.-U., elle fait face à des débuts plus limités [5]. À cet effet, l’histoire nous a démontré que l’intégration des innovations est toujours lente et progressive, mais que celles-ci explosent subitement, et peuvent devenir un problème s’il y a un manque de coordination entre les différentes forces et acteurs en présence. C’est donc dans cet esprit que nous souhaitons réfléchir avec les organisations communautaires et les acteurs de la santé publique québécoise de manière à aborder cette réalité dans un souci de santé sexuelle et globale.

Nous savons que la PrEP est une stratégie déjà présente et utilisée dans nos communautés. Souhaitons nous jouer à l’autruche ou faire enfin baisser l’incidence du VIH dans nos communautés particulièrement séroconcernées ?

 

Questions ou commentaires ? montreal@thewarning.info

 

[1L’organisme AVAC défini la PrEP (acronyme officiel québécois : PPrE) de la façon suivante (traduction libre) : la prophylaxie préexposition, ou PrEP, est une stratégie qui implique l’utilisation de médicaments antirétroviraux (ARV) pour réduire le risque d’infection à VIH par exposition sexuelle. À ce jour, les essais scientifiques complétés sur son efficacité se sont déroulés avec un régime à base de ténofovir utilisant soit TDF / FTC (un ténofovir antirétroviral contenant (TDF) et de l’emtricitabine (FTC) qui est vendu sous la marque Truvada) ou TDF (une pilule antirétrovirale commercialisé sous le nom de marque Viread). En se basant sur ces données, la US Food and Drug Administration (FDA) a homologué l’utilisation orale quotidienne de TDF / FTC pour la PrEP en 2012.

[2 Comment fonctionne un régime d’assurance dans le cas de médicaments aussi onéreux ?À cet effet, voici un extrait du site web de la Régie de l’assurance maladie du Québec [http://www.ramq.gouv.qc.ca/fr/citoy…] auquel vous y trouverez l’information complète sur la question. Nous vous invitons à en prendre connaissance en version complète, bien entendu !

Lorsqu’une personne assurée par le régime public achète des médicaments couverts, elle assume seulement une partie de leur coût. C’est ce qu’on appelle la contribution, soit le total de la franchise et la coassurance. L’autre partie est payée par la Régie. Elle n’a aucune démarche à faire.

Franchise : La franchise est un montant fixe qui constitue la première tranche du coût des médicaments que doit payer la personne assurée à l’achat de médicaments couverts.

Coassurance : La coassurance est le pourcentage (ou la portion) du coût des médicaments qu’une personne assurée doit verser une fois la franchise payée. Autrement dit, lorsque le coût des médicaments dépasse celui de la franchise, la personne paie seulement une portion de l’excédent. C’est cette portion qu’on appelle la coassurance.

Dans le cas du régime public, la franchise est mensuelle. En règle générale, elle est entièrement payée lorsqu’une personne assurée fait exécuter sa première ordonnance du mois. Le montant de la franchise est ajusté le 1er juillet de chaque année.

Dans le cas des régimes privés, la franchise est généralement annuelle. Certains régimes n’exigent aucune franchise.

[…]

Il existe un montant maximal qu’une personne peut payer par mois et par année pour obtenir des médicaments couverts par le régime public. Cette contribution comprend la franchise et la coassurance. Ainsi, lorsqu’une personne couverte par le régime public atteint son plafond mensuel, elle peut généralement se procurer sans frais ses médicaments couverts jusqu’à la fin du mois.

Comme ce montant est onéreux, il est important de savoir que la couverture d’une PrEP est du même registre que la couverture d’une maladie chronique (le diabète, par exemple) : lorsque vous atteindrez le montant maximal de votre contribution, le médicament sera couvert à 100 %.

Au Québec, le plafond de contribution d’un assuré pour ses médicaments est de 992 $ par année, peu importe le régime d’assurance (voir à cet effet : http://www.cocqsida.com/ressources/…). Il peut être moindre dans certains régimes.

Les employés du gouvernement fédéral ou d’un organisme parapublique du gouvernement fédéral (tel Postes Canada) ne sont pas couverts par la loi et peuvent avoir des plafonds de contributions plus élevés.

[3Avis intérimaire sur la prophylaxie préexposition au virus de l’immunodéficience humaine, Ministère de la santé et des services sociaux du Québec, juillet 2013.

[4Lire Marc-André LeBlanc : Constamment incohérent….

[5David Butler, « A Resisted Pill to Prevent H.I.V. », New York Times, 30 décembre2013 : http://www.nytimes.com/2013/12/31/h…