Le militantisme d’Act Up-New York en faveur des nouveaux outils de prévention met en valeur de façon cruelle l’immobilisme militant et ministériel en France et au Québec. Warning – groupe activiste politique issu d’Act Up-Paris – félicite Act Up-New York pour son action et interpelle les politiques en France et au Québec sur leur immobilisme qui favorise la diffusion de l’épidémie de sida et met en danger la santé des gais.

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Act Up-New York, soutenue par Occupy Wall Street, a organisé un die-in lors de l’intronisation du nouveau maire de New York, Bill de Blasio, afin de lui rappeler que le VIH/sida est toujours une question de vie ou de mort pour de nombreux New-Yorkais. « La prévention du VIH a échoué », « le commissaire Farley doit partir » : les militants ont appelé De Blasio à « prioriser la prévention du VIH ». Le commissaire du département de santé de la ville de New York est dans la ligne de mire des militants pour avoir échoué à promouvoir les nouvelles technologies de prévention telles que le traitement/prophylaxie post-exposition (T/PPE) mais également la prophylaxie préexposition (PrEP/PPrE), en annulant sa publicisation prioritaire. Actuellement, le budget de VIH/sida pour la prévention et pour le fond Ryan White, qui fournit des services aux personnes vivant avec le VIH/sida, a diminué de 15 %. Act Up appelle le nouveau maire à compenser le manque à gagner. Avec des milliers de New-Yorkais nouvellement infectés chaque année et des ressources décroissantes, l’épidémie ne fera qu’augmenter.

L’État de New York vient de publier un guide à l’usage des médecins pour prescrire la PrEP [1]. On le voit bien, le décalage entre la situation américaine et les nôtres – encore à l’ère du placébo – est surréaliste. Act Up-New York est de retour à l’avant-garde du combat contre le VIH/sida avec une politique combative de promotion des nouveaux outils de prévention qui renoue avec les combats historiques d’Act Up aux États-Unis (accès aux médicaments, politique pro-sexe, promotion des traitements, immersion dans les pratiques réelles des LGBT).

En France…

La situation à New York et aux États-Unis met cruellement en évidence le retard et l’enlisement de la France en matière de prévention : la demande de Recommandation temporaire d’utilisation (RTU) pour la PrEP est congelée par l’Agence Nationale de Sécurité du Médicament (ANSM) et la ministre de la santé [2], le TPE est toujours sous-utilisé et méconnu, le TasP n’a toujours pas fait l’objet d’une campagne nationale. Alors même que le Conseil national du sida (CNS) vient de rendre un avis [3]très critique sur l’action des pouvoirs publics en prévention du VIH, et que tout le monde se lamente sur les contaminations qui ne diminuent pas parmi les homos. Les structures françaises de lutte contre le sida sont vieillies. L’arrivée d’un nouveau directeur à la tête du CNS a généré un renouvellement dynamique de cette institution. Et les résultats ne se sont pas fait attendre avec l’ouverture d’auditions démocratiques, la préconisation des autotests, de la refonte des CDAG-CIDDIST, du besoin criant en centres de santé sexuelle [4]. En contraste la ministre a commandé en 2013 un rapport d’experts (dit « Morlat » [5]) dont les travaux se sont tenus dans un incroyable conservatisme hors du temps : refus d’auditer les associations, omniprésence du vieux TRT-5 qui maintient un entre soi avec les médecins, préconisations plus que tièdes qui ne sont absolument pas au niveau de ce que nécessite la forte incidence du VIH chez les gais. On sait les liens entre l’Agence nationale de recherche sur le sida et les hépatites virales (ANRS) et le Groupe interassociatif traitements et recherche thérapeutique (TRT-5) sur l’essai Ipergay à travers l’implication notamment de Aides (ou pour être plus exact de sa direction) et d’Act Up-Paris – piliers du TRT-5 et présents dans les instances de l’ANRS – essai dont Warning ne cesse de dénoncer le caractère inéthique [6] et dont une des conséquences est de bloquer l’accès à la PrEP en continu en France. Nous ne nous étonnons plus que le dossier de RTU du Truvada en PrEP soit enlisé à l’ANSM alors qu’il y a urgence au vu de l’augmentation des chiffres de transmission du VIH chez les gais.

L’immobilisme du TRT-5 est d’autant plus choquant que cet organisme a une place et un rôle historiques en France dans le combat pour l’accès aux nouveaux traitements dans la lutte contre le sida, l’accès des individus aux protocoles compassionnels, la mise en place de l’Autorisation temporaire d’utilisation (ATU). Le TRT-5 devrait être à la pointe du combat en faveur de la PrEP et il ne fait rien. Les derniers chiffres d’augmentation des transmissions du VIH chez les gais n’ont même pas fait bouger le TRT-5 d’un iota. Cet immobilisme est le signe du vieillissement de cet organisme qui non seulement ne s’est pas renouvelé mais est resté fermé sur ses acteurs et militants historiques enferrés dans leurs certitudes « d’experts » et éloignés des réalités du vécu des gais. Il faut réformer d’urgence l’ANRS et la division VIH/sida de la Direction générale de la santé. Si on était à New York, toutes ces institutions seraient zappées. Le ministère doit à l’avenir ouvrir les groupes d’experts aux associatifs. Nous nous indignons de la situation française. Il est urgent de susciter un nouveau militantisme, de secouer les consciences face à la situation scandaleuse de la France en matière de prévention.

Au Québec…

La PrEP en continu est disponible mais les associations de santé communautaires rechignent à prendre leur responsabilité pour le moment en la promouvant comme il se devrait [7], malgré l’avis intérimaire et les directives à son propos de la part du MSSS [8]. Cela fait 5 ans qu’on nous promet un rapport sur les états généraux de la prévention (2006-2009) qui n’arrive toujours pas…On attend quoi ? Qu’est-ce que c’est ce mépris ? À Warning on n’attend même plus un avis de la santé publique sur la corrélation entre niveau de la charge virale plasmatique et risque de transmission sexuelle… plus de 6 ans après les « déclarations suisses » ! [9] L’accès à la PPE n’est toujours pas gratuit : 85$ avec la RAMQ ; son coût est même prohibitif pour les personnes qui possèdent des assurances privées ou collectives ! Il faut la rendre réellement accessible aux populations particulièrement séroconcernées : hommes gais et bisexuels, femmes trans, travailleuses(rs) du sexe, utilisateurs de drogues par injection (UDI)… Alors que l’incidence du VIH augmente chez les jeunes gais, que font les autorités concernées ? Ils attendent quoi au juste ?

 

Source sur l’action d’Act Up-New York (traduction libre) : http://actupny.com/actions/index.ph…