mise au point du 3 décembre 2006 : Warning n’utilise plus comme traduction de serosorting le terme sérotriage, car ce dernier ne reflète pas ce qui est réellement à l’oeuvre à San Francisco. Nous préférons le terme de séroadaptation que l’on peut définir par le choix des pratiques sexuelles, protégées ou non, en fonction du statut sérologique du partenaire. ndc]

Si au niveau national, les américains ont constaté 11% d’augmentation des contaminations chez les gays, ( dans les Etats où le comptage a été pris en compte, ce qui exclut des villes comme New-York ou San Francisco), la ville de San Francisco montre un profil intéressant et moins décourageant. D’après le dernier bilan épidémiologique qui concerne l’année 2003, l’épidémie a pris un nouveau virage dans cette ville. Auparavant on observait une résurgence de la transmission HIV chez les gays, en fait dans les dernières années de la décennie précédente. Mais les conclusions étaient fondées sur les tendances à l’augmentation des comportement sexuels à risques, des infections sexuellement transmissibles et de l’incidence VIH elle-même qu’on trouvait dans certaines études [1]. Les auteurs du présent rapport détectent maintenant une forme plus complexe de l’épidémie.

Les dernières données montrent en effet que l’incidence VIH s’est tassée ces dernières années. S’il y a eu un pic d’infections en 99, depuis et jusqu’en 2003, l’incidence est stabilisée. Par contre, les gonorrhées rectales et la syphilis ont augmenté. Ces augmentations vont de pair avec l’augmentation des relations non protégées.

L’augmentation de la pratique du sérotriage (le fait de chercher des partenaires sexuels du même statut sérologique) pourrait expliquer l’apparente contradiction entre l’augmentation des IST, des comportements à risque et l’incidence VIH qui reste stable. Les données comportementales soutiennent cette hypothèse, explique le rapport. Bien qu’il y ait plus de gays ayant des rapports non protégés en 2003, les relations avec un partenaire de statut inconnu sont elles, en diminution. Les données suggèrent aussi que les gays ont moins de partenaires pour lesquels une transmission VIH pourrait advenir et qu’ils utilisent les préservatifs quand le partenaire a un statut sérologique différent ou inconnu. Et puis, on observe une diminution de la proportion des séronegs déclarant une pénétration non protégée avec une personne qu’ils savent séropositive. Mais ceci seulement en cas de pénétration réceptive.

C’est donc de la sélection du partenaire dont il s’agit, comme stratégie complémentaire de prévention aux côtés de l’usage du préservatif et du choix des pratiques sexuelles suivant le statut du partenaire. Les auteurs du rapport suggèrent aussi que la large utilisation des thérapies antivirales peut aussi avoir amorti l’incidence VIH. La faible charge virale se traduisant en un risque moindre de transmission. Mais ces stratégies ne sont pas parfaites puisqu’elles dépendent de la connaissance de son propre statut sérologique et de celui de ses partenaires, concluent-ils [2] .

Les pistes d’explication du présent rapport nous montrent bien que les gays de San Francisco sont clairement dans des stratégies de réduction de risques, en utilisant notamment le sérotriage, pratique qui reste largement suspecte en France. Fin mars, Aides Ile de France, jusqu’alors réticente, devrait rejoindre la stratégie de réduction des risques des autres groupes Aides. Face à des conseils aussi dingos du genre « sans capote, mets au moins du gel », ne faudrait-il pas proposer quelque chose de plus efficient ? Vous pensez à quoi ?

 

HIV/AIDS Epidemiology Annual Report 2003

 

[1 Incidence : le nombre de nouveaux cas de contaminations par an

[2Au même moment, les relations non protégées avec partenaire de statut inconnu ont augmenté durant la même pédiode en Angleterre. Source : http://www.aidsmap.com/en/news/99CE…